Quatuor Akilone - Haydn | Mozart | Schubert

9 novembre 2018

Quatuor Akilone

MIRARE

Haydn, Quatuor en do majeur op. 20 n°2
Mozart, Quatuor en sol majeur KV. 387
Schubert, Quartettsatz en do mineur

Au programme du dernier album du Quatuor Akilone, trois quatuors viennois. Bien qu’il mette en avant trois figures différentes – Haydn, Mozart et Schubert – cet album marque avant tout par sa cohérence : trois œuvres de maturité dans la vie de ces compositeurs (ou annonçant directement la période de maturité), qui proposent un véritable dialogue des instruments (notamment chez Haydn et Mozart) et des chromatismes aussi audacieux que savoureux. On observe également une certaine parenté entre les deux derniers quatuors retenus et Haydn : Mozart écrit son Quatuor n°14 en hommage à celui-ci, tandis que Schubert en reprend le classicisme dans son Quartettsatz. L’ensemble de cet album offre ainsi une belle réflexion sur le préromantisme et le romantisme dans le répertoire du quatuor à cordes.

L’interprétation du Quatuor op.20 n°2 de Haydn est assez prudente, pour ne pas dire conventionnelle : les tempi sont relativement lents et les contrastes dans les nuances et les couleurs plutôt rares, au risque parfois d’alourdir le chant des instruments lorsqu’ils prennent le thème (notamment le violon dans le deuxième mouvement), d’atténuer le caractère dansant du premier mouvement ou du menuet, ou d’obliger à des rubatos malvenus. L’ornementation est très belle et particulièrement appropriée, ce qui nous rappelle combien le Quatuor Akilone connaît bien Haydn, et les instruments sont d’une justesse indéniable, mais l’ensemble manque légèrement de vie et de direction (en particulier dans la fugue du dernier mouvement qui semble une simple succession de sujets et de réexpositions, sans progression), sans que puisse se dégager une lecture personnelle de cette œuvre pourtant lumineuse. Au contraire, l’interprétation magistrale proposée par le Quatuor Hagen en 1994, nous montrait que cela était bel et bien possible.

A l’inverse, l’interprétation du Quatuor n°14 – le premier d’une série de six quatuors écrits, à l’arrivée de Mozart à Vienne en 1782, en hommage à la figure tutélaire du quatuor – est beaucoup plus convaincante. Dès les premières mesures, les musiciens semblent plus à l’aise et proposent de belles nuances chaleureuses, davantage de phrasé et un certain brio, le tout dans des tempi beaucoup plus adaptés. A l’exception du Menuet (curieusement placé en deuxième mouvement par Mozart, et d’une articulation redoutable !), moins convaincant dans son caractère et sa mesure, les trois autres mouvements sont superbement interprétés, avec beaucoup de générosité, notamment s’agissant du violoncelle.

La dernière pièce de cet album, le quatuor inachevé de Schubert, est constitué seulement d’un premier mouvement et des premières mesures du second (que le Quatuor Akilone a cependant choisi d’interpréter jusqu’à sa dernière note, terminant ainsi l’album sur cette ligne de violon qui s’éteint soudain) et correspond à une période tourmentée de la vie du compositeur. Aussi, le choix de tempo et le caractère passionné privilégiés par les interprètes sont plutôt bienvenus, au risque toutefois de se laisser par moments emporter, ou de presser le tempo (notamment dans le second mouvement) et – mais c’est sans doute lié au caractère inachevé de l’opus – sans pour autant que soit proposée une véritable lecture de la pièce.

De cet album, on retiendra finalement la confrontation judicieuse des trois compositeurs et l’interprétation qui nous est proposée d’un Quatuor n°14 de Mozart qui, grâce à des tempi plus justes et une générosité plus évidente, rehausse les deux autres œuvres choisies par le quatuor Akilone.

Pierre Videment

© ComposHer 2018. Tous droits réservés. 

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