Chef.fe, la websérie subtilement féministe

09 juin 2020

Lucie Leguay

Très subtilement féministe, la websérie de Camille Ducellier est avant tout une jolie approche du métier de chef.fe d’orchestre et de ses défis. Avec cinq épisodes d’une dizaine de minutes, la réalisatrice, qui filme à la verticale, veut proposer un format court et percutant, qui dépoussière un métier encore trop souvent considéré à l’aune de clichés datant du siècle dernier.

 

Le résultat ? Camille Ducellier a choisi de suivre la cheffe Lucie Leguay, de son succès au Tremplin jeunes cheffes d’orchestre (en novembre 2018 à la Philharmonie de Paris) au concert avec l’orchestre Les Siècles (en novembre 2019, là encore à la Philharmonie), qu’elle a eu l’opportunité de diriger grâce au Tremplin. Les épisodes, qui se concentrent chacun sur un projet spécifique – un concert avec l’orchestre des jeunes de l’Académie du Festival de Verbier, une visite à son ancien professeur Jean-Sébastien Béreau – la montrent essentiellement au travail, à la table face à ses partitions, ou au pupitre, face aux musicien.ne.s. Mais ils sont entrecoupés, assez poétiquement, par les excursions que Lucie Leguay entreprend avec son compagnon, un passionné de photographie pour lequel elle pose, habillée en cosmonaute, dans des paysages spectaculaires. 

Visuellement, la série est plaisante : le format vertical se prête assez bien à l’observation de la cheffe en mouvement, et quelques trouvailles rendent certains épisodes particulièrement ludiques – notamment la juxtaposition d’angles de vue différents, qui permet d’avoir un bon ressenti de la multiplicité des regards des musiciens. Si certains plans, notamment ceux des montagnes qui entourent Verbier, se distinguent par leur beauté, Camille Ducellier se plaît toutefois un peu trop à juxtaposer côte à côte deux fois la même image, en miroir – on finit par se lasser de l’effet obtenu.


En termes de contenus, l’apport de la série est plus tangible. Lucie Leguay, outre un charisme évident, possède un solide sens de l’humour qui la rend très sympathique, une ouverture d’esprit qui semble à toute épreuve (les épisodes la présentent en train de diriger un orchestre sur de l’électro, dans une comédie musicale, ou dans l’Octuor de George Benjamin), aux antipodes des préjugés du grand public, qui supposent d’ordinaire les chefs d’orchestre plutôt rétrogrades et autoritaires. Mais elle est également le personnage féminin qui rend cette série presque militante : d’abord parce qu’elle n’a rien de délicat ou de fragile – elle souligne elle-même que son principal défaut est de vouloir tout contrôler … Mais aussi parce qu’elle est finalement une cheffe comme les autres : une travailleuse acharnée, une musicienne qui se plaît à diriger, et une mélomane passionnée. Et c’est bien cela qui la rend passionnante : lorsqu’elle explique son goût pour la musique de Ravel, dans le dernier épisode, et que l’on voit son regard s’échapper vers le ciel alors qu’elle dirige le Tombeau de Couperin… On comprend que Lucie Leguay se trouve assurément à l’orée d’une très belle carrière.

par Clara Leonardi