Graciane Finzi et l'alto, un nouvel amour

15 février 2019 - Auditorium de la Maison de la Radio

Qu’il est triste de voir l’Auditorium de la Maison de la Radio si peu rempli ! Le festival Présences aura en 2019 battu des records de fréquentation, mais force est de constater que tous les concerts n’ont pas fait recette… Et que la musique contemporaine peine encore, parfois, à remplir les salles. C’est pourtant un programme particulièrement riche qui est proposé ce soir. Rihm, compositeur invité du festival cette année, est à l’honneur avec son De profundis (qui nous offre l’occasion de voir diriger Martina Batič) et une création française, In-Schrift 2. Une pièce de Berio, Formazioni, offre un éclairage complémentaire.

Mais c’est surtout la compositrice mise à l’honneur, Graciane Finzi, et sa création d’envergure, une Fantaisie-concerto pour alto, qui ont intéressé ComposHer. Représentant, pour son auteure, “un homme seul face au monde qui l’entoure”, l’oeuvre interroge : en un seul mouvement, elle juxtapose des atmosphères radicalement opposées. De l’inquiétant solo de clarinette basse, qui ouvre la pièce, avec ce mi répété qui devient obsédant, au trait final, véritable course infernale brusquement interrompue, l’auditeur est perdu, privé de repères. La succession cadences/tutti, l’irruption de moments de parfaite poésie (un lumineux tutti d’orchestre évoque Daphnis et Chloé) et le romantisme parfois fiévreux du chant de l’altiste Marc Desmons contribuent à cet égarement. Elle n’en constitue pas moins un tout cohérent, faisant poindre à tout moment une sourde et inexplicable anxiété. Les moments de répit, d’apaisement, suffisent à démontrer le talent d’orchestration de Graciane Finzi, qui obtient une palette de couleurs très riche des instruments de l’orchestre, en s’appuyant sur la précision des musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Radio France (trilles transparents des violons, aigus rutilants des cuivres). Mais ces instants ne sauraient faire oublier les incroyables traits, furieux, répétitifs et terriblement rythmiques, que la compositrice impose au soliste. De ces passages virtuoses, Marc Desmons se sort à merveille, comme d’ailleurs des longs chants, profitant d’une technique solide et d’un son très puissant. On se laisse moins facilement convaincre par les cadences, qui présentent certes un aspect improvisé, mais manquent de conduite, de direction, voire d’aisance et interrompent la fluidité du discours. Que cela ne fasse toutefois pas oublier la profonde poésie et le mystère émanant de cette oeuvre, qui sont merveilleusement rendus par les interprètes.

 

Une Fantaisie-concerto insolite, inquiétante et mystérieuse, qui ne correspond à aucune forme établie : Graciane Finzi n’a pas fini de nous surprendre…

Clara Leonardi

© ComposHer 2018. Tous droits réservés. 

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