Pirouettes et Sortilèges

12 mai 2019 - Salle Rossini, Mairie du 9ème arrondissement

C’est un programme tout en contraste et finesse que nous propose la violoncelliste Ingrid Schoenlaub pour ce nouvel Après-Midi Musical du Paris Mozart Orchestra, à la Mairie du 9ème arrondissement. Comme nous l’explique Claire Gibault en introduction, ce concert est construit autour de la pièce Spins and Spells (“Pirouettes et Sortilèges”) de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho.

Pendant une heure trente s’alternent pièces musicales, poèmes, chansons populaires, pas de danse et théâtre, le tout exécuté par la seule Ingrid Schoenlaub au milieu de plusieurs violoncelles disposés sur la scène, avec la sculpture musicale Cello Cycle de Henri-Pierre Deroux en toile de fond. On est très vite fasciné par l'enchaînement fluide du Lièvre et la Tortue récité sur fond de Concerto Grosso de Francesco Geminiani avec la première pièce, Récitation pour violoncelle de Georges Aperghis.
Vient ensuite rapidement l’interprétation de Spins and Spells de Saariaho, qui se joue sur un instrument désaccordé : au lieu des traditionnels do-sol-ré-la, les cordes à vide sont maintenant si bémol-sol-do dièse-la. Les contrastes entre les arpèges déstructurés des pirouettes et les harmoniques épurées des sortilèges sont remarquablement mis en valeur, malgré le son parfois un peu crispé du violoncelle. Il est aisé pour l’auditeur d’apprécier les changements de tessitures soulignés par l’interprète, notamment dans les graves dont le son profond ressort d’une façon particulièrement émouvante.
L’intermède suivant, une histoire de Bernard Friot accompagnée par les pizzicati du violoncelle, est emblématique de l’ensemble du concert : en « habillant » son instrument comme la sorcière du récit, Ingrid Schoenlaub humanise son violoncelle, nous le présente comme un personnage propre de sa vie quotidienne, ce qui crée une relation très touchante entre l’interprète, l’instrument et le public.
Vient ensuite le Prélude pour violoncelle seul n°1 de la compositrice russe Sofia Goubaïdulina. Il nous est présenté de manière originale, puisque tout en jouant debout, la violoncelliste récite un poème, « À quoi tient l’amour ? », de Birago Diop. L’interprétation de l’œuvre est suivie des 4ème et 5ème mouvements de la Suite op. 41 pour violoncelle seul de Florentine Mulsant. Le premier mouvement interprété est construit autour de l’accord do-sol-ré-si-fa dièse, auquel viennent se greffer différents motifs, notamment en pizzicati. Malgré quelques imprécisions dans les aigus, on est fasciné par les rythmes balancés et marqués du dernier mouvement, en doubles cordes, magnifié par le vibrato ample de la violoncelliste.

Après un dernier intermède poétique, le concert se conclut sur la Sonate de Ligeti, écrite, comme nous l’explique Ingrid Schoenlaub, lors d’un chagrin d’amour du compositeur. Le premier mouvement, “Dialogue”, est une conversation amoureuse dans laquelle la magie de la séduction n’opère pas entre les protagonistes. On est cependant séduit par l’interprétation qui nous est proposée ici, qui exacerbe les changements entre pizzicati et parties arco, sons graves et aigus, cordes simples et doubles cordes, qui nous donne l’impression d’être au milieu d’un véritable dialogue. Le deuxième mouvement, “Capriccio”, rappelle les pirouettes ensorcelantes de l’œuvre de Saariaho. Malgré certains passages qui manquent de synchronisation, on apprécie la justesse de l’interprétation et les contrastes proposés, qui nous font poser un nouveau regard sur cette sonate de Ligeti.

Ainsi, c’est, plus qu’un concert, un véritable spectacle mêlant de nombreuses disciplines artistiques et centré sur l’humanisation de l’instrument que nous offre Ingrid Schoenlaub. On aura particulièrement apprécié la pièce de Saariaho autour de laquelle a été construite la représentation. Cependant, on ne peut s’empêcher de noter que, si on a eu la chance d’entendre l’intégralité de la Sonate de Ligeti, ce ne sont souvent que des fragments d’œuvres de compositrices qui nous ont été présentés.

Noémie Bruère

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