Un acte, plus d'un fou rire

19 janvier 2019 - Théâtre Marigny

Ceux qui ne le savaient pas l’ont appris en admirant la Traviata de Deborah Warner ou Pelléas et Mélisande par Katie Mitchell : oui, les femmes savent imaginer des mises en scène et diriger des acteurs ! Et pour ceux qui doutent encore, la délicieuse démonstration de Lola Kirchner au théâtre Marigny, dans deux “bouffonneries musicales” en un acte de Hervé et Offenbach, saura convaincre les derniers sceptiques.

Deux opérettes d’une demi-heure, deux acteurs-chanteurs, un pianiste et des décors simples : c’est la recette du minimalisme façon XIXème siècle, grâce auquel les théâtres de l’époque pouvaient proposer des productions à bas coût. Mais que peut donc faire la mise en scène avec si peu ? La réponse de Lola Kirchner est simple : faire rire.

 

Les Deux aveugles d’Offenbach, Raphaël Brémard et Flannan Obé, juchés sur un promontoir rouge censé incarner un pont, coiffés de perruques, grimés comme des mimes, tirent le meilleur parti des dialogues humoristiques parlés du livret. Chaque inflexion du texte est soulignée par un jeu d’acteur fantasque, tirant sur le burlesque, toujours juste, toujours hilarant. Les rares éléments de décors, comme les panneaux des deux mendiants truffés de fautes d’orthographe, sont bien pensés. Les airs chantés, ponctués de quelques notes criardes que les acteurs tirent sur des instruments-jouets pour enfants (une trouvaille judicieuse de la metteuse en scène), sont relevés de grimaces et de mouvements de danse. Les pitreries des acteurs, qui dialoguent avec le public et le prennent à parti, culminent dans un combat grotesque au sabre laser, coup de maître décalé de Lola Kirchner qui tire de grands éclats de rire d’une salle déjà hilare.

 

Après un changement de décor en musique durant lequel les deux comédiens dansent et jouent une brève scène de marionnettes (encore un détail bien pensé !), c’est au tour du Compositeur Toqué (Hervé), mais surtout de son valet Séraphin d’entrer en scène. Certes, les airs d’Hervé (comme ceux d’Offenbach auparavant) demeurent plutôt simplistes, mais le public mélomane sera ravi grâce aux multiples plaisanteries du livret, qui tournent autour de la figure du musicien. Notre mention spéciale revient à l’hilarant Flannan Obé lorsque, muni de deux couvercles de casserole, il imite un cymbalier qui a oublié de compter ses mesures. Cette fois, le talent de Lola Kirchner s’exprime entièrement dans le jeu des acteurs, qui, pendant les passages musicaux, grimacent, dansent, soupirent, ou simplement, taquinent le public du regard. Le pianiste, lui, reste imperturbable, accentuant encore le décalage loufoque qui s’installe entre un compositeur “toqué” et son interprète sérieux.

 

Entre des décors ingénieux, et un jeu d’acteurs parfait tout au long de la soirée, Lola Kirchner aura su remettre au goût du jour cet humour vieux de plus d’un siècle !

Clara Leonardi

© ComposHer 2018. Tous droits réservés. 

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