Les femmes à la rencontre de la mélodie française

03 février 2019
Salle Rossini, Mairie du 9ème arrondissement

Mon obsession pour la parité frappe encore.” : ce sont à nouveau Claire Gibault et le Paris Mozart Orchestra, à travers les Après-Midi Musicaux à la Mairie du 9ème arrondissement, qui mettent en lumière des compositrices et des interprètes féminines. Ce dimanche 3 février, c’est la richesse de la mélodie française qui nous est présentée par la soprano Omo Bello et la pianiste Camille Jauvion. Deux femmes sur scène, et deux compositrices contre quatre compositeurs pour un programme qui avait à coeur de montrer tous les contrastes du répertoire français, et ceux de la voix d’Omo Bello.

C’est Pauline Viardot qui ouvre le récital avec Haï Luli, mélodie dont la chanteuse fait une interprétation toute théâtrale et dramatique. Il faudra cependant attendre les deux mélodies de Massenet qui suivent pour entendre un son plus ample et rond, où l’émotion est contenue dans l’expression musicale plus que dans le théâtre. Nouvelle rupture avec la musique plus moderne de Lili Boulanger et deux mélodies issues du cycle Clairières dans le Ciel : Omo Bello adapte très habilement son timbre de voix au caractère plus grave des pièces et aux harmonies plus riches du piano. On reconnaît dans l’interprétation de la soprano ce que la compositrice indiquait sur sa partition : “toutes ces mélodies devraient être chantées avec le sentiment d'évoquer un passé resté plein de fraîcheur”. Le piano de Lili Boulanger reste discret, laisse de la place à la voix, mais sait exprimer de nouvelles choses qui font une beau prélude à la pièce qui suit, pour piano seul cette fois : la Sonatine de Ravel. Avec son jeu clair et fluide, Camille Jauvion laisse Ravel nous entraîner. Elle met en valeur les contrastes de l’écriture, tout en faisant ressortir précisément les différentes lignes mélodiques.

Omo Bello revient sur scène pour les 5 mélodies de Venise, op. 58 de Gabriel Fauré. La chanteuse semble plus libre sur cette deuxième partie, avec des aigus plus purs et moins contraints, et de longues phrases soutenues et dirigées, tout en conservant la belle incarnation du texte déjà marquante dans la première partie. On pourra regretter le petit manque de relief entre les différentes mélodies, qui portent une atmosphère douce et légère mais se distinguent peu. Arrive alors Apparition, de Claude Debussy : une pièce manifestement chère à la soprano, à la structure bien plus libre que les différentes mélodies en couplets entendues plus tôt. Omo Bello fait entendre beaucoup de passion et d’émotion, et sa voix s’ouvre sur de superbes vocalises, très lyriques. Les contrastes de registres sont bien maîtrisés, avec des aigus clairs et des médiums timbrés mais simples, et ce même vibrato léger dont la soprano fait usage depuis le début du récital, donnant du relief et de l’ampleur à sa voix avec juste le dosage nécessaire.

Le public semble conquis par ce programme de mélodie française, malgré un répertoire parfois difficile à aborder, notamment par la difficulté que la langue française représente. On aura en effet eu parfois du mal comprendre le texte, qui n’a pas toujours mis en valeur la voix d’Omo Bello. En entendant son superbe bis, un air de Puccini, on ne peut s’empêcher de penser que c’est sans doute un répertoire qui met la soprano plus à l’aise tant sa voix gagne en ampleur et en facilité.

Marie Humbert

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