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A l'Opéra ! La maîtrise de Radio France à l‘auditorium de Bondy

25 mai 2022


Chœur de filles de la Maîtrise de Radio France direction Morgan Jourdain

Brigitte Clair (clavecin et piano)


Le chœur de filles de la Maîtrise de Radio France dirigé par Morgan Jourdain et accompagné par Brigitte Clair (clavecin et piano) nous a embarqué de Monteverdi à Isabelle Aboulker, à travers un survol des plus grands airs, ensembles et chœurs d’opéra. Pour accompagner le déroulement chronologique, un changement de plateau du clavecin au piano marque le passage de l’époque baroque à l’époque classique. Si le choix du clavecin s’avère judicieux d’un point de vue historique, il l’est moins du point de vue acoustique : bien que placé à l’avant-scène ,l’instrument ne peut que difficilement soutenir et accompagner seul et sans sonorisation une trentaine de chanteuses. En revanche, la qualité des voix, la justesse et la précision qui contribuent à la réputation de la maîtrise, ont pu éclipser le sentiment d’inconfort jusqu’à l’arrivée du piano. Les chanteuses, majoritairement à deux voix, ont alterné entre petits et grands ensembles, passages en solo et tutti, le tout dans une harmonie des timbres et une douceur sonore remarquable.


Le langage de la tragédie lyrique baroque, inspiré de la rhétorique et de la mythologie grecque, se caractérise par différents effets et figures de style, comme le contraste de masse sonore (« Shepherd, shepherd leave decoying » et « Two daughters of this aged stream », extraits de Le Roi Arthur, Purcell) ; le suspiratio (notes répétées entrecoupées de soupirs) qui figure les frissons (« What power art thou ? » air du génie qui se transforme en glace, Purcell) ou les marches harmoniques aux chromatismes descendants qui figurent la sensualité et la mélancolie (Intermède pour Le Mariage forcé, Charpentier ; « Qu’Hébé de fleurs toujours nouvelles », Castor et Pollux, Rameau). Les chanteuses ont ajouté quelques bruitages chuchotés et sifflés de vent sur les passages instrumentaux d’Isis « L’hiver qui nous tourmente » de Lully, insufflant davantage d’imaginaire au caractère merveilleux du genre tout en soulignant la ritournelle « La neige et les glaçons nous donnent des frissons ! ».


Soutenus par le jeu coloré et orchestral au piano de Brigitte Clair, les extraits de Carmen (« Avec la garde montante », Bizet), des Contes d’Hoffmann (« Barcarolle ») et d’Orphée aux enfers (« Galop infernal ») d’Offenbach nous emmènent vers davantage de contrastes, d’affirmation dans la diction et de performance. Le langage harmonique du XIXe siècle s’élargit avec l’expansion des voyages et leurs influences orientales, comme l’utilisation du pentatonisme chez PucciniLa, sui monte del l’Est », Turandot), où le chœur chante en homonymie syllabique sur un balancement harmonique de deux accords. Maurice Ravel et Kurt Weill s’intéressent aux gammes hispanisantes et de tradition juive, dans les extraits respectifs « Adieu pastourelles » (L’Enfant et les sortilèges) et « Youkali » (Marie-Galante).


Cette exploration musicale nous donne à regarder de plus près comment, suivant les époques, les compositeurs cherchent à transcrire au mieux les émotions humaines, et à travers le prisme de l’opéra, qui permet plus de fantaisie, d’onirisme, de drame et d’extravagances que la musique dite pure, cela met en parallèle la volonté de dépeindre la vie dans un genre musical fictif. Autrement dit, comment traduire en musique les sentiments humains de la manière la plus authentique dans une forme qui paraît si loin du réel.

Joséphine Laffaille



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