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Camille Pépin à Radio France : une mystérieuse clarté

Mis à jour : oct. 13


18 septembre 2020

Auditorium de la Maison de la Radio - Paris


Musiciens de l'orchestre Philharmonique de Radio France

Mikko Franck (direction)

[ Revoir le concert ]



Prouvant une nouvelle fois que les sources littéraires lui tiennent à cœur (on se souvient de son disque Chamber Music, sorti en 2019), Camille Pépin fait référence avec Avant les clartés de l’aurore à un poème de Pouchkine. A mi-chemin entre musique de chambre (seulement douze musiciens) et orchestre (Mikko Franck dirige l’ensemble avec finesse), l’œuvre est un nouvel exemple de la richesse des textures instrumentales dont la compositrice a le secret. D’une durée d’une dizaine de minutes environ, elle est séparée en quatre sections qui évoquent, sans pour autant les illustrer littéralement, les quatre vers de Pouchkine :


“Ainsi la lune sur la rose,

Que la pluie alourdit encore,

Répand sa mystique lueur,

Avant les clartés de l’aurore.”


La pièce débute par de mystérieux aplats successifs, animés par le son métallique des cordes qui jouent sul ponticello. De cette atmosphère lumineuse émergent avec un naturel extrême des solos de clarinette, puis, peu à peu, des rythmes plus marqués – notes répétées chez les violons (qui rappellent notamment l’écriture de Pépin dans The Road not Taken) et ricochet chez les violoncelles.


Outre la richesse de son matériau sonore, l’œuvre impressionne par les passages de témoin impeccables qu’elle exige régulièrement des instrumentistes - la tenue de la clarinette semble se prolonger naturellement chez la trompette, avec un simple changement de timbre – et par ses contraintes en termes d’effets d’écho et de dialogue : deux par deux (deux violons, deux clarinettes, deux percussionnistes, etc.), les instrumentistes du Philharmonique de Radio France sont parfois éloignés de leur homologue, placé à l’autre bout de la scène, et rivalisent de concentration pour lui répondre au bon moment, avec la même justesse. La mise en scène est complétée par un éclairage progressif qui passe du bleu à l’orange, évoquant l’arrivée de l’aube, et par les deux trompettes placées dans les gradins des spectateurs à l’arrière-scène, dont les interventions ressemblent d’autant plus à un écho.


Véritable invitation au voyage, l’œuvre s’éteint dans un bruissement : impressionniste, naturaliste, poétique, elle plonge le spectateur dans un climat de méditation profonde… duquel on aimerait ne pas émerger !



Clara Leonardi




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