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Celebrating women! - Hague String Trio

Novembre 2021


Miriam Hyde - String Trio

Emmy Frensel Wegener - Suite for violin, viola and cello

Dame Ethel Smyth - String Trio in D major, op. 6

Irene Britton Smith - Fugue in G minor


The Hague String Trio :

Justyna Briefjes (violon), Julia Dinerstein (alto), Miriam Kirby (violoncelle)


Le répertoire des compositrices est souvent peu enregistré. Heureusement, le Hague String Trio prend les choses en main avec « Celebrating Women! », constitué entièrement d'œuvres jamais enregistrées. Le disque, de la maison Cobra, commence par un trio de Myriam Hyde, et c’est avec plaisir que l’on écoute la pièce de la compositrice australienne. L’œuvre, datant de 1932, n’a rien d’avant-gardiste, mais elle nous fait voyager par l’originalité de ses couleurs, où les graves du violoncelle nous font vibrer pendant que le violon nous invite à la rêverie. L’alto, certes discret, n’est pas en reste, et il accompagne, dans de magnifiques contrechants, les deux autres voix. Dans le premier mouvement, les trois instruments à cordes nous invitent, dans un « Allegro, non troppo », à l’apaisement. Le deuxième mouvement, « Moderato grazioso », présente un lyrisme de la part des trois instruments qui ne cesse d’impressionner l’auditeur, avec ses élans oscillants entre Schumann et Ravel. Le troisième mouvement est un « Andante cantabile », qui est tout aussi chantant que les deux mouvements précédents, bien que légèrement plus mélancolique. Enfin, le quatrième mouvement, « Vivace », apporte une singulière énergie à l’ensemble, offrant une fraîcheur inopinée. Les quatre parties forment un tableau gracieux et élégant, à l’image d’une photo sépia que l’on aurait négligemment laissée dans un tiroir et que l’on retrouve avec nostalgie.


C’est ensuite au tour d’Emmy Frensel Wegener (1901-1973). C’est avec une Suite pour violon, alto et violoncelle en cinq mouvements que l’on découvre l’œuvre de cette compositrice hollandaise. Le premier mouvement, de facture très française, présente une mélodie légèrement éclatée, alternant entre les trilles et les pizzicatis. Le deuxième, plus grave, fait la part belle à chaque instrument, dans un fugato à la mélodie aux inspirations baroques. C’est le troisième mouvement, un scherzo, qui est le plus finement travaillé et entraînant. Il emporte chaque instrument dans une danse virevoltante et légère, malheureusement bien trop courte. L’Andante, quatrième mouvement et le plus long de tous, est lui très mélancolique, et fait penser autant à la musique anglaise qu’à la musique française de cette époque, jetant comme un pont entre les esthétiques des deux rives de la Manche. Le Finale porte une vigueur presque angoissante, et, s’il est noté « Rigoroso », fait preuve d’un certain humour.


On ne présente plus la désormais connue Ethel Smyth, Dame de l’Ordre de l’Empire britannique. C’est avec son Opus 6 que les musiciennes du Hague trio suivent les traces de la très anglaise compositrice. Là aussi, quatre mouvements, comme pour répondre au trio de Miriam Hyde. Le premier mouvement est très tortueux, d’aucun dirait torturé, encore dans la période germanique de la compositrice qui est alors très influencée par les grands maîtres de l’époque, notamment Brahms, dont elle admirait le travail. On aurait peine à croire que c’est un trio et non un quatuor qui joue, tellement l’écriture instrumentale est dense et complexe. Le deuxième mouvement est un « Allegretto gracioso », plus léger, en comparaison avec le premier mouvement. Le troisième mouvement, « Adagio (non troppo) » est d’un lyrisme qui prédit ce que la compositrice créera plus tard comme opéra ou comme mélodies. On y trouve déjà toute la beauté du son orchestral qu’elle déploiera, tout en n’ayant pourtant que trois instruments, dont les chants se mêlent en tresses de notes pour ce qui est, probablement, la section la plus réussie de son trio. Enfin, le Finale a quelque chose d’indéfinissable, d’ineffable, on ne saurait dire quelles influences sont présentes, mais on sent déjà la patte de la compositrice : les scènes orchestrales se juxtaposent, dans une succession très vive de couleurs instrumentales.


Enfin, c’est au tour d’une compositrice états-unienne de faire son entrée dans la cour du Trio. Irene Britton Smith nous présente sa Fugue en sol mineur, datant de 1938. C’est une pièce qui peut, certes, paraître rigoureuse du point de vue de la forme, mais qui n’en est pas moins intéressante sur le point mélodique. L’inventivité des lignes rivalise avec le contrepoint de la fugue, et on n’a aucune peine à suivre le chant de chacun des instruments tout du long de la pièce.



Gabriel Navaridas

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