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Neuwirth à la Philharmonie : Clinamen/Nodus ou le sentiment de catastrophe imminente

Mis à jour : oct. 13


Olga Neuwirth © Harald Hoffmann

26 septembre 2020

Philharmonie de Paris


Les Siècles (dir. François-Xavier Roth)


Son opéra The Outcast devait y être donné le 16 octobre : situation sanitaire oblige, Olga Neuwirth devra se contenter, pour ce début de saison à la Philharmonie de Paris, de la création parisienne de son œuvre pour orchestre Clinamen/Nodus (1999).


La musique de Neuwirth prend toujours le spectateur au dépourvu, et c’est encore une fois le cas ici : malgré l’absence d’instruments à vent, l’arrière-scène de la philharmonie a dû être réquisitionnée pour créer deux plateformes destinées à accueillir les percussionnistes – ils sont une dizaine. Pourquoi tant de musiciens ? L’œuvre donne immédiatement la réponse avec une introduction fracassante : l’ensemble des percussions fortissimo, le bruit d’une sirène qui retentit, et les cordes qui crissent derrière le chevalet déstabilisent l’auditeur. « Clinamen » évoque en effet pour la compositrice, en référence à Deleuze et Guettari, cette catastrophe qui arrive lorsqu’on ne s’y attend pas…


Mais ce tonnerre n’est que temporaire : un apaisement progressif conduit à de mystérieuses tenues de cordes (les seconds violons, désaccordés d’un quart de ton, ajoutent une touche d’étrangeté à l’ensemble de la pièce) puis à l’émergence progressive, autour d’une seule note – le ré qui est le « Nodus » (nœud) de l’œuvre – de deux cithares bavaroises, dont le son est ici amplifié jusqu’à évoquer celui d’ondes Martenot, et d’une guitare hawaïenne.


L’opposition entre ces interludes plus suspendus où les instruments à cordes instaurent une atmosphère méditative, et des moments d’agitation menés par les percussions (où le xylophone insistant et les notes répétées des violons instaurent parfois un rythme obstiné) est ce qui confère une forme de structure à l’œuvre, alors que chaque motif qui émerge semble invariablement s’effondrer sur le fameux ré – y compris la section centrale, vaste crescendo construit sur des effets de percussions inventifs (archets frottés contre les percussions, cloches et marteaux en tout genre…). Les soufflets exacerbés, très présents chez les cordes, et l’abondance de glissendi confèrent au jeu des instrumentistes un aspect organique, qui n’est pas sans évoquer la voix, notamment dans les sections les moins rythmiques.


Cette agitation vive s’essouffle toutefois progressivement. Une section finale menée par un ostinato de percussions aux pinceaux amène une conclusion plus méditative, autour de sons enchanteurs de la guitare hawaïenne, des percussions qui tintinnabulent et des harmoniques des cordes. La pièce s’éteint sur les suraigus des cordes – achèvement ou simple répit ?



Clara Leonardi




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