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Couleurs et timbres instrumentaux - Florilège

15 mai 2021

Trois compositrices britanniques sont présentes sur ce disque mettant à l’honneur la clarinette et le quatuor à cordes : Nicola LeFanu, Rebecca Clarke et Sadie Harrison. Si Rebecca Clarke est une compositrice bien connue de la période moderne, Nicola LeFanu et Sadie Harrison nous sont contemporaines.

Dans les quatre Songs without words, Nicola LeFanu écrit pour une clarinette très lyrique, aux couleurs chaleureuses mais parfois grinçantes, que le quatuor accompagne avec élégance et brio. Pièces courtes mais intenses, tantôt oppressantes, tantôt véritable vent de fraîcheur à l’image de Catalynya !, la compositrice nous offre un agréable voyage dans quatre petits univers différents qui chamboulent nos émotions.

Rebecca Clarke, compositrice romantique, nous offre un autre regard sur l’association de la clarinette aux cordes en privilégiant un duo avec l’alto dans son Prélude, Allegro et Pastorale. Si le Prélude est calme et apaisé, il laisse cependant un alto et une clarinette aux épanchements très lyriques et aux échos irlandais. À la suite, l’Allegro est beaucoup plus bouleversant, parfois cynique dans ses accents, aux allures populaires, mais d’aspect beaucoup plus contemporain. La Pastorale finale, d’un esprit très britannique, est bien plus douce.

Prenant la suite, Sadie Harrison nous offre les Fire in Songs, sept tableaux nous racontant la création du feu telle que vue par le peuple aborigène australien des Yolngu. Dans cette pièce pour clarinette et alto, avec interventions de clapsticks, Sadie Harrison nous fait découvrir la nation Yolngu et ses légendes.


Gabriel Navaridas

Quelle découverte que ce Concerto pour marimba de la compositrice Alexis Alrich ! En trois mouvements pour une durée d’environ une demi-heure, il ouvre cet album “Concertos for Mallet instruments” de la percussionniste Evelyn Glennie (sourde depuis ses 12 ans) et du City Chamber Orchestra de Hong Kong. Le premier mouvement, tout en rythmes dansants et mouvements harmoniques qui n’ont rien à envier à Hollywood, démontre les qualités d’orchestratrice d’Alexis Alrich : le marimba y est bel et bien l’instrument soliste, mais il se glisse en touches impressionnistes au sein des couleurs orchestrales, entre les mélodies tendres des cordes et de la flûte. Le motif thématique passe d’un instrument à l’autre, est travaillé, modifié, transposé. En résultent à la fois une unité indéniable et de superbes variations d’atmosphère. Plus introspectif, le 2ème mouvement est l’occasion d’un duo très poétique entre le marimba et les violons, ou encore d’un dialogue avec la harpe, rebondissant, qui laisse place à un nouveau thème à la trompette. De nombreuses teintes orchestrales se mêlent jusqu’à la fin du mouvement, et autant d’émotions : la mélancolie des cordes et des bois se transforme en espoir alors que tout l’orchestre monte en tension. Le dernier mouvement, entre phrases chantantes des cordes et des bois et accords retentissants de cuivres, sans oublier les percussions d’orchestre endiablées, conclut magnifiquement un concerto à écouter encore et encore. Et si les cadences de marimba permettent à Evelyn Glennie de montrer la richesse de son instrument, c’est dans son interaction avec l’orchestre que la magie opère, et qu’Alexis Alrich se révèle.


Marie Humbert

Pour son troisième album publié chez la maison de disque IBS Classical : « la muse oubliée », le pianiste londonien Antonio Oyarzabal livre un récital composé uniquement de courtes pièces de compositrices, parmi les plus connues. On y retrouve Mel Bonis, Ethel Smyth, Clara Schumann ou Lili Boulanger entre autres ainsi que certaines de leurs pièces phares. Il faut mentionner la présence également de morceaux moins joués notamment un prélude de l’américaine Ruth Crawford Seeger, étonnamment avant-gardiste. Notons enfin les extraits des livres de pièces pour clavier de la compositrice baroque française Elisabeth Jacquet de la Guerre qui, si elle s’est déjà fait une petite place dans les programmes des clavecinistes, est encore presque totalement inconnue des pianistes. Oyarzabal livre dans ces pièces une interprétation vivante et inspirée. Son jeu s’adapte bien aux différents styles juxtaposés ici et rend hommage à un magnifique programme.



Raphaël Godefroid

Dans cet album où le Janaček Symphonic Orchestra présente des œuvres orchestrales de compositeurs contemporains, on trouve une compositrice : Rain Worthington. Son œuvre, Within Deep Currents, pour orchestre à cordes, exprime les émotions vécues pendant la pandémie. Ce n’est pas une musique toujours angoissante qui nous est offerte ; elle présente parfois des rayons de clarté apaisante. Mais l’usage du chromatisme, toujours effrayant dans son intention, répond aux trémolos et aux glissandos. Quand les cordes ne sont pas effrayantes par leurs lignes mélodiques, elles se font inquiétantes par leurs modes de jeu, mêlant pizzicatos et glissandos, comme dans une danse inquiétante. Il n’y a pas de fin heureuse à cette histoire, mais un point d’interrogation : quelle sera la suite ?


Gabriel Navaridas



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