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Créatrices - Duo Alma

Dernière mise à jour : 4 juin

Février 2022

Marguerite Canal - Sonate pour violon et piano

Clara Schumann - Trois romances, op. 22

Mel Bonis - Sonate pour violon et piano en fa # mineur

Amy Beach - Romance, op. 23

Duo Alma (Clara Danchin, Anna Jbanova)


Si des doutes subsistent sur la vitalité de la création musicale des compositrices françaises et européennes au tournant du 20e siècle, ce disque les lèvera vite ! Le Duo Alma y rassemble quatre grandes Créatrices autour de la musique pour violon et piano, dans un programme d’une grande cohérence que l’on prend plaisir à découvrir.


Ouvrant le disque, la Sonate pour violon et piano de Marguerite Canal en est la pièce maîtresse et justifie à elle seule le détour. Dès les premières notes, le Duo nous entraîne dans un roman musical, où chaque mouvement déploie un univers propre. Composée un an après que Canal a reçu le prix de Rome, cette sonate - sa première œuvre de musique de chambre - est une merveille de richesse et d’inventivité. L’œuvre s’ouvre sur un « Andantino » nostalgique et énigmatique, une déambulation du violon dans un décor pianistique tout en subtilité. Le jeu de Clara Danchin au violon, au son dense et aux graves riches et sombres, est particulièrement mis en valeur. Le second mouvement, pensé « Sombre et haletant » par la compositrice, est également amusé et parfois presque joyeux. On ne regrette pas ce choix d’interprétation, dans laquelle Anna Jdanova, au piano, déploie une grande technique et musicalité. La partition tranche avec le 1er mouvement, se fait ici lyrique et emportée. Le déchirant « adagio espressivo » qui suit témoigne d’une nouvelle facette du talent de compositrice de Marguerite Canal, immense mélodiste. Dans le dernier mouvement, un « allegro con bravura », la prise de son paraît un peu sèche et le violon manque parfois de précision et de rondeur dans les aigus. La partition est inventive et surprenante, une succession de passages follement gais et d’instants mystérieux. Tout au long de la sonate, on suit avec passion les interprètes, qui s’approprient pleinement cette partition, osant une recherche de tempi, de nuances et de respirations qui donnent du corps et du mystère à la musique de Canal, sans jamais lui faire perdre de sa clarté.


Les deux musiciennes nous présentent ensuite les superbes Trois romances Opus 22 de Clara Schumann. Leur choix d’interprétation, un jeu tout en rubato et mystère qui faisait des merveilles dans Canal, ne fera peut-être pas l’unanimité, et le violon manque parfois de générosité. Mais on prend du plaisir à (re ?)découvrir ces bijoux de romantisme, trois pièces aux caractères différents qui dévoilent autant de facettes de l’immense talent de Clara Schumann.


Le second temps majeur de l’album est la Sonate pour Violon et Piano de Mel Bonis. Le Duo Alma s’épanouit dans cette musique. Les deux interprètes semblent cheminer dans le premier mouvement (« Moderato »), se rejoindre et se replonger dans leur pensées. Le lien entre les deux discours du violon et du piano n’est jamais rompu, mais chaque voix conserve pour autant sa singularité. Anna Jdanova et Clara Danchin nous guident dans la musique exigeante (harmonies subtiles, articulations délicates) de Mel Bonis, nous la dévoilent tout en conservant ses ambiguïtés. Elles s’engagent pleinement dans le fougueux « Scherzo (presto) », puis savent changer radicalement d'atmosphère alors que le violon introduit la lente déambulation qui compose le 3ème mouvement : Mel Bonis écrit ici une pièce intime, poétique et lyrique, et impressionne par sa capacité à émouvoir tout en retenue, grâce à une écriture dense, où chaque note compte. Le “Final con moto”, d’abord mélancolique et poignant, chemine vers une conclusion résolue, Mel Bonis déployant un sens de la dramaturgie admirable. Le Duo excelle à ces changements de registres. Tout est crédible : les instants de tristesse et de doute comme les éclaircies joyeuses !


Pour clore en beauté cet enregistrement, la Romance op. 23 d’Amy Beach apporte une pointe de légèreté. Romantique, touchante, sans être dépourvue de passion et de tension dramatique, la pièce est interprétée tout en simplicité.


Tout au long du disque, le Duo Alma nous invite donc dans les univers fascinants de quatre grandes Créatrices, et on les en remercie !



Marguerite Clanché

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