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Dreydl - Olga Neuwirth et l'Orchestre National de Lyon

21 mai 2022


© Nicolas Auproux

Orchestre National de Lyon

Nikolaj Szeps-Znaider, dir.



Quelles pensées peuvent traverser l’esprit d’un compositeur ou d’une compositrice lors de la création de son œuvre ? On aurait pu se poser la question en scrutant, dans une semi-pénombre, le visage impassible de la compositrice en résidence à l’Orchestre National de Lyon, Olga Neuwirth. Ce samedi 21 mai avait lieu la deuxième création de sa commande (déjà donnée la veille) : Dreydl. Dreydl, c’est une toupie yiddish, un jouet pour enfant. C’est aussi, maintenant, une œuvre magistrale, composée avec brio. Pour la compositrice, qui a notamment été l’élève de Tristan Murail, la couleur est importante – et dans son œuvre orchestrale plus qu’ailleurs. C’est pour cela qu’elle utilise la couleur toute particulière d’instruments originaux dans l’orchestre, comme la guitare électrique, accordée un demi-ton au-dessus. Cette couleur électrique, la compositrice la tient du jazz, musique avec laquelle elle a grandi, et qu’elle inclut également dans son instrumentation par l’adjonction d’un synthétiseur. Inspirée par un poème, mis en exergue au début de la partition, l’œuvre se développe autour d’une cellule rythmique, à l’image du Boléro de Ravel, qui, sans cesse, reste présente, mais en se répartissant parmi les percussions.


L’œuvre s’inscrit dans une mouvance tournoyante, où la danse se veut machinique, passant de l’humain à une mécanique bien huilée. Bien sûr, le caractère oriental est présent à travers l’inspiration yiddish. Mais l’orchestration, brillamment réalisée, s’inscrit dans une filiation directe des compositeur·ice·s français·e·s. Un crescendo architectural se déploie dans toute l’œuvre. Le grincement des cordes se fait entendre dès le début, montrant un orchestre oppressif et expressif, dont la générosité n’a d’égale que la rigueur dont il fait preuve. Les musiciens, non content d’être accordés différemment, suivent de près la direction de Nikolaj Szeps-Znaider, qui se veut au plus proche de ce qu’a pensé la compositrice. Faisant beau jeu de l’expression motivique, utilisant la cellule rythmique principale et la mélodie yiddish, Olga Neuwirth y intègre la polytonalité et la tonalité pour en arriver à une quasi-atonalité, royaume des dissonances et des consonances. Pendant les quelques dix minutes de l’œuvre, encadrée par la Tragédie de Salomé de Schmitt d’une part, et la Mer de Debussy d’autre part, Dreydl se révèle une pièce pour orchestre à la couleur chatoyante, et dont le côté cyclique pourrait aisément répondre à d’autres œuvres tournoyantes, comme le Rouet d’Omphale de Saint-Saëns ou le Vol du bourdon de Rimski-Korsakov. On aurait aimé avoir un bis, quitte à rejouer l’intégralité de la pièce une seconde fois, pour pouvoir mieux admirer les détails chamarrés, les arrêtes saillantes, les faces irisées de cette toupie musicale.


Gabriel Navaridas




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