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Fanny Mendelssohn: Piano sonatas

Octobre 2021



Fanny Mendelssohn

Sonate en sol mineur, H-U 395

Ostersonate

Sonatensatz en mi H-U 44

Sonate en do mineur, H-U 128


Gaia Sokoli, piano




Pour son premier album sous le label Piano Classics (une filiale de Brillants Classics), la pianiste italiano-albanaise Gaia Sokoli, ancienne élève de Roberto Prosseda, spécialiste internationalement reconnu de Félix Mendelssohn, frère de Fanny, et lauréate de plusieurs prestigieuses compétitions internationales, a réuni quatre sonates pour piano de Fanny Mendelssohn.

Il s’agit plus précisément des deux sonates complètes en do mineur et en sol mineur, du fragment « Sonatensatz » ainsi que de la « Ostersonate » (sonate de Pâques), redécouverte il y a seulement quelques années. Le but avoué d’un tel programme n’est donc pas seulement de remettre le travail de Fanny Mendelssohn sur le devant de la scène mais également de montrer que la compositrice ne fut pas qu’une fameuse autrice de courtes pièces de salons. En effet, l’aboutissement dans la conception de ces sonates témoignent d’une grande maîtrise des formats plus longs et plus complexes.


La première à apparaître sur l’album est la grande sonate en sol mineur H-U 395. Dès les premières notes, Gaia Sokoli fait montre d’un grand contrôle du clavier et parvient à faire ressortir toute l’agitation des deux premiers mouvements. Les traits rapides ressortent parfaitement bien et la précipitation ne prend jamais le dessus sur l’élégance générale de l’écriture. Le mouvement lent, bien que parfois animé par la main gauche, est bien plus serein que le reste de la sonate et permet de souffler avant le « Presto » final.


La « Ostersonate » est peut-être la découverte de cet album. Redécouverte récemment et à notre connaissance encore jamais portée sur disque, elle témoigne pourtant du grand talent de construction d’une sonate et de gestion des transitions entre les différentes cellules musicales par Fanny Mendelssohn. Le premier mouvement est d’une légèreté pastorale, laquelle n’est pas sans évoquer le travail contemporain de Franz Schubert. Le mouvement lent « Largo e molto espressivo » contraste avec une attention particulière portée au chant, plaintif et nostalgique. Le dernier mouvement, bien que commençant fougueusement, achève la sonate dans le calme bucolique qui régnait dans ses premières pages.

Dans ces deux premières pièces, le jeu de Gaia Sokoli se démarque par sa retenue, insufflant à ces sonates un raffinement et un classicisme remarquables. Les deux sonates ont une ambiance propre que la pianiste rend bien.


La Sonate en do mineur H-U 128, qui clôt le disque, est mélancolique, plus lancinante que les autres, mais alterne néanmoins entre des passages assez sereins et au contraire des traits furieux et virtuoses. Elle met en valeur la capacité de la compositrice de créer des transitions fluides entre la multitude d’ambiances et les thèmes qu’elle met en scène. Il n’est pas étonnant que de son temps, Fanny Mendelssohn a été reconnue et admirée pour son écriture, malgré les obstacles qui ont entravés sa carrière

Ce disque permet donc non seulement de lui rendre justice en enregistrant ces œuvres, mais également, ce qui n’était jusque là quasiment jamais le cas, de mettre en lumière des pièces de grande ampleur (ici des sonates). Pourtant, Fanny Mendelssohn n’a jamais été apeurée par l’entreprise de compositions ambitieuses, que ce soit en musique de chambre (on pensera à ses quatuors) ou pour le piano. En effet, elle composa ses premières sonates ou ébauches de sonates entre ses 15 et 20 ans et reviendra à cette forme jusqu’à ces dernières années. Ainsi, la Sonatensatz présente sur ce disque fut composée à 17 ans et la Sonate en sol mineur H-U 395 en 1843, soit 4 ans avant sa mort tragique et prématurée. Nous avons donc, présentées ici, quatre œuvres s’étalant sur toute la durée de la vie de Fanny Mendelssohn et proposant un panorama de son travail à différentes périodes de son existence. Le disque et le travail de la pianiste Gaia Sokoli est donc un travail important et mené avec une maestria certaine. De bout en bout sa technique pianistique ne fait jamais défaut et sert une lecture fluide, humble mais néanmoins personnelle de ces œuvres.



Raphaël Godefroid

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