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First Ladies - Annette-Barbara Vogel & Durval Cesetti

Septembre 2021

Elfrida Andrée

Sonate en mi bémol Majeur

Mel Bonis

Sonate en fa dièse mineur

Ethel Smyth

Sonate en la mineur



Annette-Barbara Vogel (violon)

Durval Cesetti (piano)



Ami·e·s violonistes, voici un disque à ne pas manquer : Annette-Barbara Vogel s’attaque aux sonates d’Elfrida Andrée, Mel Bonis et Ethel Smyth. Si le programme manque un peu de cohérence, on ne fera pas la fine bouche : la sonate de Mel Bonis n’était depuis peu plus du tout disponible sur les plateformes de streaming, celle d’Andrée demeurait introuvable, celle de Smyth suffisamment peu enregistrée pour que l’on puisse saluer toute violoniste désireuse d’en élargir la discographie.


Et quelle violoniste ! Dans l’ « Allegro con spirito » de la Sonate pour violon en mi bémol majeur d’Andrée, Vogel fait preuve d’une justesse impeccable, d’une précision dans les articulations et surtout d’une grande légèreté dans les piqués, qui permet de conserver le souffle de la phrase, jamais alourdie. Même pureté de son dans le bref, mais sublime « Andante cantabile », vaste méditation sentimentale qui laisse apercevoir toute la richesse harmonique de l’écriture de la compositrice, qui passe en une fraction de mesure de la nostalgie la plus douce au désespoir le plus criant. Les accords plus triomphants qui ouvrent le final sont une nouvelle occasion d’admirer la force de la projection de la violoniste, le deuxième thème mettant davantage en avant les arpèges très doux du piano de Durval Cesetti. L’écriture d’Andrée est puissante et mouvante, capable de faire naître un vrai sentiment de joie, d’exultation, avec une relative économie de moyens ; puis d’entraîner l’auditeur.ice dans les méandres d’une exaltation romantique plus sombre.


Plus sombre, la Sonate en fa mineur de Mel Bonis l’est aussi : si l’écriture de la compositrice demeure marquée par une sorte de souffle qui semble toujours porter la phrase vers l’avant, le « Moderato » prend des allures de lamentation lorsque le violon, ici plus vibrant et plus passionné, s’élance vers les aigus. Mais ce sont les transitions entre deux motifs mélodiques qui mettent le mieux en lumière l’inventivité de la plume de Mel Bonis, particulièrement habile à changer d’atmosphère en un seul arpège. Le « Presto », aux airs de scherzo, est délicieux d’espièglerie : les attaques de Vogel sont précises, les appuis sur les notes répétées de Cesetti taquins. On regrette peut-être simplement que le piano, parfois un peu en retrait (voire à la traîne) n’entre pas davantage dans un véritable dialogue avec le violon. Reprenant l’agencement des notes du « Presto », le « Lento » dessine une pesante et triste complainte, qui s’aventure parfois à la limite de la mélopée d’inspiration tzigane, plutôt bien servie par l’archet de Vogel. Là encore, l’équilibre pourrait être réajusté au profit du piano, qui semble se contenter d’un rôle d’accompagnement, alors que ses triolets sont essentiels à la construction de la tension. Le dernier mouvement, dont les longues et joyeuses dégringolades supporteraient un brin de folie supplémentaire, est peut-être ici pris dans un tempo un peu trop raisonnable, ou manque en tout cas du caractère explosif qui semble couver sous les rythmes de boléro du piano. En revanche, ses longs interludes plus chantants sont bien menés, avec un air alangui qui ne détonne pas dans cette musique.


La personnalité du duo semble moins bien convenir à la fougue d’Ethel Smyth, dont la Sonate en la mineur, op. 7, présente un premier thème mystérieux, plutôt sombre, puis de multiples fulgurances, au violon comme au piano, qui exigent de faire preuve d’une certaine puissance, voire d’une réelle violence. Si l’on sent que le violon s’efforce d’arracher certaines fins de phrases, de renforcer ses attaques, le piano de Cesetti fait parfois défaut : ses traits sont précis, ses piano auréolés de lumière, mais ses forte n’ont pas le feu que semble exiger le premier mouvement. Les deux musiciens sont plus à leur aise dans le « Scherzo », rieur et truffé de contrastes surprenants – même si l’on aimerait des progressions dynamiques encore plus amples et organiques. La « Romanze » automnale est construite sur un rythme ternaire, qui donne à l’auditeur.ice une sensation de balancement, voire de lassitude. Un deuxième thème plus placide ne permet en rien de sortir de cette atmosphère mélancolique ; et contribue à une lecture finalement un peu plate de ce mouvement. Le final, plus enlevé, mais aussi plus riche en notes piquées et en articulations délicates - ce qui permet aux deux artistes de donner du relief - est nettement plus réussi : à l’aide d’un rubato bien dosé, ils ménagent des transitions habiles entre les différentes sections et leurs différentes rythmiques, entretenant chez l’auditeur.ice la sensation de surprise permanente ; avant une conclusion impétueuse à souhait.


Le disque de Vogel et Cesetti, bien mené, souligne davantage la richesse des partitions de violon qu’ont écrites Andrée, Bonis et Smyth que leur habileté, pourtant réelle, à instaurer un dialogue avec le piano. Il demeure toutefois une formidable porte d’entrée dans la musique de chambre de ces trois immenses artistes, et donnera, espérons-le, envie à de nombreux interprètes de s’y frotter à leur tour…


Clara Leonardi


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