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Du concerto pour clarinette de Gipps à la chaconne de Gubaidulina - Florilège

1er mai 2021

Chez ComposHer, on commence à bien connaître Ruth Gipps (1921-1999). Et on suit avec bonheur la lente redécouverte de ses œuvres. Au sein d’un disque entièrement consacré aux premiers enregistrements mondiaux de concertos pour clarinettes inconnus, celui de la compositrice britannique est un bel ajout au répertoire. L’orchestre ouvre un premier mouvement en forme sonate qui sert de cadre à la créativité de Gipps : la clarinette dialogue avec l’orchestre tantôt joyeusement, tantôt avec une mélancolie pastorale toute britannique. Un style quasi improvisé qui mène à l’exubérante cadence finale dans laquelle subsiste une touche d’inquiétude, qui se résoudra progressivement dans le contemplatif deuxième mouvement. L’orchestre n’y rejoint le hautbois et la clarinette, entièrement seuls dans un superbe mélange de timbres, qu’après plus d’une minute. La clarinette reste ensuite seule avec les cordes, et l’atmosphère se fait de plus en plus sereine et lumineuse dans ce mouvement très poétique. Enfin, le troisième mouvement, dansant et joyeux, renoue avec le caractère populaire déjà présent dans le premier, comme en témoignent les rythmes pointés et les pizzicati des cordes. Le clarinettiste Robert Plane, accompagné du BBC Scottish Symphony Orchestra, nous offre avec talent un concerto aux couleurs variées en passant avec fluidité d’une palette d’émotions à une autre. On en redemande !


Marie Humbert

Avec Musica Libera, c’est la Pologne de la deuxième moitié du XXe siècle qui est mise à l’honneur. Grazyna Pstrokońska se tient aux côtés de Krzysztof Penderecki, Krzysztof Meyer et Witold Lutosławski. On ne s’étonnera pas alors de voir, dans l’œuvre de la compositrice, un travail pianistique virtuose et de grande ampleur. Seule œuvre pour piano seul de tout un album mettant surtout en avant le violon, La Vetrata est une œuvre poétique où se mêlent à la fois un travail du timbre et un travail harmonique de grande ampleur. Cette œuvre à l’esprit minimaliste fait jouer, pendant un quart d’heure, toute la tessiture pianistique, du grave profond aux aigus les plus clairs. On se laisse ainsi bercer par les couleurs sonores presque brutes, la virtuosité pianistique et la recherche acoustique ne permettant plus de distinguer que les harmonies, par touches tantôt petites et fines, tantôt larges et brutes. Sans être tonale, l’œuvre cherche à exprimer à travers les consonances et les dissonances, les harmonies et les timbres du piano, toute la poésie que son nom transporte : c’est un vitrail sonore qui nous est offert par Grzegorz Biegas.

Gabriel Navaridas

Si la Chaconne est un genre déjà pluriséculaire, il n’est pas pour autant tombé en désuétude, puisque Sofia Gubaidulina s’en empare dans sa propre Chaconne pour piano. C’est une œuvre conséquente qui nous est donnée, mais où les fantômes des chaconnes passées pèsent encore sur cette partition, l’une des premières œuvres de la compositrice. Avec pourtant des aspects parfois bien plus moderne, il est possible d’apercevoir en filigrane l’influence de la période baroque, où règnent le contrepoint et la fugue. Mais les harmonies présentent sont résolument du XXe siècle, d’un masque moderne sur une figure passée. Sous les doigts de Clare Hammond, c’est une pièce à l’équilibre subtil, où toutes les influences qu’a pu avoir Sofia Gubaidulina se ressentent encore, probablement par jeu. Comment ne pas entendre Jean-Sébastien Bach transparaître dans cette chaconne ? La compositrice se joue de nos influences musicales propres pour créer une musique complexe, et qui nous fait voyager en nous-même au travers de ce que nous connaissons. Écouter cette chaconne revient à faire une véritable introspection musicale.


Gabriel Navaridas

Disque après disque avec le label Navona, le Trio Casals ne cesse de nous faire découvrir le répertoire contemporain. Chaque album est le résultat d’un large appel à compositions et d’une sélection, et le programme final est toujours mixte, et toujours varié. Dans “Moto eterno”, deux compositrices : Diane Jones d’abord, avec Crooked lake. La pièce est infiniment contemplative. Elle s’inspire d’un lac de l’état de New York, et les longues phrases dans le grave du violoncelle, bientôt rejoint par quelques pizzicati de violon puis quelques touches de piano, nous plongent vite dans une atmosphère de patience et d’observation, de calme et de légère inquiétude face à l’immensité du lieu. Le silence et la résonance jouent un grand rôle dans la pièce et Alexandr Kislitsyn (violon), Ovidiu Marinescu (violoncelle) et Anna Kislitsyna (piano) parviennent à écrire une histoire en finalement peu de notes, en jouant subtilement sur des couleurs à la fois intérieures et émouvantes. En contraste, la pièce de Katherine Price, Heliotrope, a une écriture plus volubile (notamment dans le piano). Le tapis minimaliste et mouvant du piano, souvent en notes aigues perlées, permet au violon et au violoncelle de créer un duo en mélodies entrelacées, écrites dans des registres proches (grave pour le violon, medium-aigu pour le violoncelle) sans être extrêmes. Il en résulte une atmosphère lumineuse, tournée vers le soleil. Deux œuvres à savourer, avant d’aller écouter à nouveau les autres albums du Trio Casals.


Marie Humbert



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