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Émotion, diversité et voyage - Florilège #1

Mis à jour : mai 2

24 avril 2020


Flosman, Feld et Bodorová : deux compositeurs et une compositrice, tous Tchèques, pour un disque résolument moderne. L’altiste Jitka Hosprova, accompagnée par le Radio Symphony Orchestra de Prague, présente trois concertos dont le Plankty (Passion Plays) de la compositrice Sylvie Bodorová. D’un thème lancinant sur tapis sonore de l’orchestre à l’anxiété violente des cuivres saturés, il faut en effet se préparer à passer d’une émotion à l’autre. Dans l’orchestre, percussions et timbres très caractérisés (comme ce solo de hautbois au début) permettent de nombreux effets pour une atmosphère souvent sombre et inquiète, quelques fois apaisée, tantôt répondant à l’émotion de l’alto et tantôt l’interrompant. L’alto apporte des moments de grande poésie, avec des motifs mélodiques en grands intervalles, lents et répétés. Le dernier solo s’efface dans l’orchestre qui conclut la pièce à coups de cloches, comme une fatalité qui interrompt finalement l’agitation.


Marie Humbert

Le trio Anima Mundi propose une plongée de l’Angleterre au tournant du XXe siècle grâce à des trios pour piano, violon et violoncelle peu connus du grand public. La découverte des trios de Rosalind Ellicott, Samuel Coleridge-Taylor et Harry Waldo Warner, accompagnés d’un prélude de Rutland Boughton et d’une chanson populaire de James Cliffe Forrester, est un délice. L’album forme un tout cohérent, dans lequel couleurs lumineuses, envolées vives et accents plus mélancoliques se succèdent au gré de l’interprétation des musicien.nes, à la fois sobre et sensible. L’accord du trio australien est parfait, et leur jeu harmonieux et juste. Le son particulièrement remarquable, rond et chaleureux, de la violoncelliste Noella Yan porte les teintes éclatantes de sa collègue violoniste Rochelle Ughetti, avec l’appui majestueux du pianiste Kenji Fujimura. Mention spéciale à l’adagio du trio en sol majeur de Rosalind Ellicott, servi par le délicat entremêlement des trois instruments, chacun avec son timbre propre : le résultat rend hommage au talent de la compositrice anglaise (1857-1924), considérée comme l’une des plus brillantes de sa génération.


Alice Lacoue-Labarthe

Dans une année submergée par Beethoven, le nouvel album du Chineke!Orchestra est l’occasion de (re)prendre conscience du rôle social que peut aussi jouer la musique. La formation, composée quasi essentiellement de musiciens noirs et de minorités ethniques (BME en anglais), présente dans l’album « Spark Catchers » les œuvres de compositeurs et compositrices contemporains « BME ». La plupart, sans citer musicalement leurs racines, font pour autant références à la culture et à l’actualité touchant les minorités : citation de Martin Luther King, ou référence à l’assassinat du jeune Stephen Lawrence dans l’émouvante Elegie de Philip Herbert. D’influence baroque ou jazz, cet ensemble d’œuvres aux matériaux composites est autant une offre musicale originale qu’un acte engagé et courageux.


Amaury Quéreillahc

Dulcie Holland, Linda Phillips, Miriam Hyde, Margaret Sutherland, Moya Henderson, Katia Tiutiunnik, Elena Kats-Chernin, Katy Abbott, Mary Finsterer, Amanda Cole, Miriama Young, Rachel Bruerville, Natalie Nicolas, Ella Macens, Deborah Cheetham, Nardi Simpson. En un disque, Women of Note présente 16 compositrices australiennes, du 20ème siècle à aujourd’hui. Musique de chambre ou orchestre, ce qui rassemble toutes ces pièces aux atmosphères diverses c’est bien leur écriture vivante et imagée. La joyeuse et touchante image de Village Fair, la fraîcheur délicatement minimaliste du marimba de Glocken Blocken, la simplicité et la poésie de Dancing on Tiptoes se mêlent au mystère de Kudikynah Cave, aux questions du violon de la sonate de Dulcie Holland, ou à l’angoisse dramatique des Haunted Hills. Toutes ces œuvres peignent une création riche et colorée qu’il faut prendre le temps de découvrir.

Marie Humbert

Entre Beethoven et Bridge, le Quatuor Esmé taille une place confortable, dans son dernier album, à la compositrice Unsuk Chin. Ses Parametastrings, commande du Kronos Quartet qui mélange les timbres du quatuor à cordes et d’une bande enregistrée, sont construits comme une juxtaposition d’effets quasi-bruitistes, qui construisent progressivement une atmosphère mystérieuse. Les trémolos sul ponticello qui ouvrent l’“Allegro” forment la base d’où émergent peu à peu des glissendo vers le grave, puis des cliquetis dans l’aigu qui évoquent un mystérieux bruitage informatique, à la teneur plutôt inquiétante. A la rythmique obstinée du violoncelle qui ouvre l’“Andante”, s’ajoutent des bruitages col legno, puis des accords mystérieux, sans cesse recomposés, qui font naître un climat aussi méditatif que sombre. L’“Andantino” joue à nouveau sur la complexité harmonique d’accords qui, évoluant par une succession de glissendo, lui confèrent un caractère presque mystique, qui vole en éclats avec les ricochets très percussifs du final. L’ensemble force l’admiration : la justesse impeccable des Esmé leur permet de souligner toutes les subtilités harmoniques de l’œuvre, et surtout, un sens du rythme et de la mise en place fait que les quartettistes se muent sans difficulté, quand c’est nécessaire, en d’implacables percussionnistes…


Clara Leonardi


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