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Du lied romantique au minimalisme - Florilège #2

08 mai 2020


Un disque sur les couples dans l’histoire de la musique qui présente l’oeuvre musicale de l’homme et de la femme plutôt que de ne voir l’une que comme la muse de l’autre, et qui ne fait pas figurer le couple Schumann, il faut en profiter. C’est ce que proposent ici la soprano Sabina Bisholt et le pianiste Bengt-Åke Lundin, dans un album d’une grande unité stylistique : nous sommes indubitablement en plein romantisme germano-scandinave. Ingeborg Bronsart von Schellendorf (1840-1913) est allemande d’origine suédoise, et ses Mirza Schaffy Lieder sont en suédois - tandis que Julius Röntgen en propose une version en allemand dans le même disque. Ces 5 lieder sont incarnés avec une passion que justifie la musique, mettant en valeur le registre medium-grave de la soprano accompagnée par un piano délicat. Les quelques pièces d’Amanda Röntgen-Maïer (1853-1894) qui suivent sont plus virtuoses et la soprano s’offre la liberté d’un timbre plus opératique. On ne peut que saluer cet enregistrement au disque de compositrices bien trop peu jouées, dont on a ainsi la chance de découvrir un nouveau pan de répertoire.


Marie Humbert

La flûtiste Lindsey Goodman propose une plongée dans le monde de la toute nouvelle musique contemporaine pour flûte. En compagnie du duo Chrysalis et du trio Leviathan, elle explore des pièces extrêmement variées, allant du jazzy Bluez… de Josh Oxford (né en 1985) aux tableaux plus contemplatifs de Butterfly Within de Mara Helmuth (née en 1957), en passant par les nuances chatoyantes des Watercolors d’Alla Elana Cohen. Le son généreux, chaud et fort de Goodman porte une interprétation théâtrale, joueuse et dynamique, renforcée par des partenaires au piano et violoncelle qui apportent une touche de convivialité à l’ensemble. La conclusion virtuose de l’album, qui se clôt sur les envolées rythmiques de Flight 710 to Cabo San Luca, de Jennifer Jolley (née en 1981), montre l’intelligence de l’interprétation des musicien.ne.s. Cependant, le disque souffre d’un léger essoufflement en son milieu, et peut décourager les oreilles non exercées à l’écoute des sonorités de la flûte contemporaine.


Alice Lacoue-Labarthe

Après un premier album remarqué consacré intégralement à Ann Southam, le duo de percussionnistes Taktus aborde de nouveau le répertoire de la canadienne et des extraits de ses fameuses Glass houses. Un recueil pour piano seul, sans doute l’œuvre la plus connue de cette compositrice, qui se rattache au mouvement minimaliste. Le duo a ici choisi de mettre ces pièces en parallèle avec un grand nom de la musique minimaliste, l’Américain Philip Glass (ce qui explique la double référence du titre de l’album). Si cette musicienne canadienne ne peut être rattachée uniquement à ce courant à l’écoute d’autres de ses œuvres, bien différentes dans leur structure, ses Glass houses constituent sans doute une très belle porte d’entrée à son univers musical. Ces pièces ont été ingénieusement adaptées ici pour deux marimbas, instruments que l’on retrouve chez d’autres minimalistes tels que Steve Reich. Une transcription ingénieuse qui fait ressortir la beauté des pièces choisies : bien qu’abstraites, elles dévoilent un monde coloré, brillant, particulièrement évocateur. Ces « maisons de glace » semblent prendre vie, taillées et réfléchissantes, jouant avec la lumière, servies par la finesse et l’intelligence du jeu de Greg Harrison et Jonny Smith. Aux maisons chatoyantes répondent les études plus méditatives et intériorisées de Philip Glass, là encore transcrites, pour à peine une heure d’un album équilibré, riche et captivant.


Amaury Quéreillahc

Navona Records, comme les autres labels de PARMA Recordings, propose des albums riches, de qualité, et surtout divers : on y retrouve de nombreuses compositrices contemporaines dans des programmations mixtes qui offrent une belle place à la création. Dans cet album par le Trio Casals sont ainsi présentées cinq compositrices. L’album s’ouvre sur Earth Rise (Diane Jones) : l’oeuvre tantôt rythmée et dansante, tantôt contemplative, laisse un sentiment de plénitude que la délicatesse minimaliste du piano et le son rond des longs accords et des mélodies du violoncelle ne suffisent à expliquer. Sans transition, Los ritmos para tres (Edna Alejandra Longoria) captive par la diversité des techniques (pizz, percussion …) et son cheminement mélodique et rythmique, malgré l’angoisse souvent typique de ce style atonal. Glacier Blue (Christina Rusnak), pour violoncelle solo, permet d’apprécier à sa juste valeur le talent d’Ovidiu Marinescu : le violoncelle raconte une histoire à lui seul, et on est emportés par le danger, la beauté et l’immensité du paysage décrit par la compositrice. Faraway Star (Joanna Estelle) est poignant dans sa simplicité et la mélancolie de son thème principal. Dans Grisailles Vaporeuses, Eliane Aberdam, avec une écriture riche et diverse, évoque en une succession d’images et de motifs les paysages de la Nouvelle Angleterre.


Marie Humbert

On ne s’attend guère à trouver au milieu d’un disque que les musiciens de l’ensemble baroque Arte dei Suonatori consacrent au quatuor avec piano en Pologne pareille curiosité : la Fantaisie en fa majeur de Maria Szymanowska est une délicieuse promenade pour piano seul à travers l’étendue des talents d’instrumentiste de la compositrice. Après une introduction très cadentielle, à l’écriture plutôt classique, cette pièce est en effet l’occasion pour elle de mettre en exergue toutes les potentialités spectaculaires de son clavier. Une énergie débridée dans les morceaux de virtuosité, et un rubato parfois exacerbé dans les passages les plus romantiques sont les outils de Katarzyna Drogosz pour faire valoir les subtilités de cette écriture, qui rappelle par instants celle des Ballades de Chopin. Est-ce une volonté de se rapprocher d’un style d’époque ? On pourrait parfois regretter le jeu un peu sec, voire froid, de Drogosz dans les passages les plus solennels. Mais que cela ne décourage pas d’explorer l’abondante œuvre de Szymanowska, une musique de salon pleine de charme, qui s’étend de Nocturnes sentimentaux à des Mazurkas plus humoristiques ! Et de passer quelques minutes sur le reste de ce bel album, notamment sur une version impeccable du Quatuor avec piano n°1 de Mozart...


Clara Leonardi


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