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Héloïse Werner - Phrases : quelques mots de musique

25 juin 2022


Delphian

Héloïse Werner - Like Words, Unspecified Intentions, Confessional, Mixed Phrases

Héloïse Werner & Zoë Martlew - Syncopate Josephine Stephenson - Comme l'espoir/you might all disappear

Cheryl Frances-Hoad - Something More Than Mortal Nico Muhly - Benedicite Recitation

Georges Aperghis - Récitations 3, 8, 9, 11 Oliver Leith - yhyhyhyhyh Elaine Mitchener - whetdreem


Héloise Werner

Amy Harman (basson), Lawrence Power (violon, alto), Calum Huggan (percussion), Colin Alexander (violoncelle), Laura Snowden (guitare), Daniel Shao (flûte)


Anglais et français : l'existence simultanée dans ces deux langues, le rapport entre mots, phrases, langages, personnalité et musique est au cœur du travail d’Héloïse Werner, soprano et compositrice française installée à Londres. C’est autour de cette dualité qu’elle a conçu son premier album solo, Phrases.


Des superbes et poétiques Récitations de Georges Aperghis à l’étrange et dérangeant whetdreem - exploration bruitiste d’une nuit de sommeil - d’Elaine Mitchener, Werner nous présente ici une grande performance vocale et théâtrale. Like Words (Werner) est une ouverture mélodique et poétique pour voix et basson (Amy Harman). Dans les longs passages à l’unisson tout autant que lorsque la voix s’éloigne des mots pour se transformer en contrechant, le timbre chaleureux du basson se mêle superbement à la voix claire et riche d’Héloïse Werner. Comme l’espoir/you might all disappear (Josephine Stephenson) joint intimement le français et l’anglais dans une longue récitation accompagnée des arpèges de Laura Snowden à la guitare. Werner joue sur les accents pour créer une véritable confusion entre les deux langues, dans une interprétation particulièrement poétique et touchante. Syncopate (Werner-Martlew) et Unspecified Intentions (Werner) explorent, avec ou sans mots, une expression vocale de plus abstraite et rythmique. Something More Than Mortal (Cheryl Frances-Hoad) trouve son inspiration dans les lettres et la vie de la mathématicienne Ada Lovelace. Comme dans le reste de l’album, que le mode d’émission soit plutôt parlé ou chanté, et dans toute sa large tessiture, la diction d’Héloïse Werner est impeccable : on comprend chaque mot et chaque intention théâtrale, sans rien enlever à la beauté de la voix elle-même. Il ne faut pas rater Confessional (Werner), étrange mélange de récitation et de vocalisations qui créent un nouveau langage, où la soprano démontre toute sa virtuosité. Benedicite Recitation (Nico Muhly) nous fait entendre, dans un superbe duo avec la flûte de Daniel Shao, un aspect plus lyrique du talent de Werner, tandis qu’on plonge dans une transe abstraite avec yhyhyhyhyh (Oliver Leith). Enfin, Mixed Phrases (Werner) est comme une récapitulation de ce voyage vocal : musique de mots (en français avec Rimbaud cette fois) et de sons, à laquelle se mêlent le violon et l’alto (Lawrence Power), déconstruction et reconstruction du langage, tout participe à la construction d’une œuvre moderne et puissante. À travers toutes ces œuvres aussi inventives qu'expressives, Héloïse Werner montre un talent incontestable pour le théâtre et la poésie, et nous fait entendre une voix virtuose et versatile, au timbre riche et touchant. Tous les éléments pour un premier album solo très réussi !


Marie Humbert

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