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Lieder de Lang, musique chorale lettone et sonate de Jeanne Barbillion - Florilège

29 mai 2021

Dans son premier récital pour le label Linn, la mezzo-soprano germano-écossaise Catriona Morison choisit de nous faire découvrir Josephine Lang (1815-1880), entre Grieg, Robert Schumann ou encore Brahms. La compositrice allemande s’inscrit en pleine tradition romantique, et laisse plus de 100 lieder - dont beaucoup n’ont pas encore été enregistrés - ainsi que de la musique chorale. Dès Scheideblick, première pièce présentée par Catriona Morison, on est sous le charme de son timbre chaleureux qui rend parfaitement justice à la musique de Lang. Ob ich manchmal dein gedenke suit dans un style similaire, mais plus étoffé : la voix explore une tessiture plus large et plus théâtrale, mais toujours subtile. Catriona Morison utilise peu son vibrato, préférant un son plus pur pour ces pièces à l’atmosphère mélancolique. Elle lui laisse plus de liberté dans le plus joyeux et vif Die Schwalben, qui révèle une autre facette de l’écriture de Josephine Lang. Le piano dialogue avec la voix, en interventions sautillées dans l’aigu ou bien en accompagnement harmonique dont s’échappent des éléments mélodiques. Gestern und Heute, dont c’est le premier enregistrement mondial, pousse la mezzo dans de longues phrases soutenues, auxquelles sa diction toujours précise et expressive donne tout leur sens. Exaltation dans Mignons Klage ou tendresse dans Abschied, nous passons d’une émotion à l’autre grâce au travail harmonique et mélodique de la compositrice, et aux riches couleurs de la chanteuse. Tant pour la superbe voix de Catriona Morison que pour la musique de Josephine Lang, ce disque est une très belle découverte.


Marie Humbert


C’est au travers d’un prisme nouveau que l’on découvre les œuvres orchestrales de Samantha Sack, Alexis Alrich et Katherine Saxon. Le Janacek Philharmonic Orchestra nous présente ainsi A Kiss in the Dark, de Samantha Sack, une œuvre splendide qui n’a pas son pareil pour apaiser et pourtant exciter la curiosité, sans cesse imprévisible mais dans une exquise attente. Si l’œuvre est courte, elle en reste néanmoins très réussie et c’est avec plaisir qu’on se plonge dans les œuvres suivantes. De suite après, Bell and Drum Tower d’Alexis Alrich est conçue toute en rythme, les instruments rangées comme pour appeler une bataille qui s’annonce épique. Dans un autre genre, mais apaisée autant que tourmentée, Nunatak, de Katherine Saxon clôt un parcours dans lequel on se plonge avec délice.


Gabriel Navaridas

Rétrospectives de radio, monographies ou création : Skani, le label officiel du Latvian Music Information Center, œuvre brillamment à la promotion de la musique lettone. En 2018, pour les cent ans de la république lettone, le State Choir Latvija et son directeur artistique Maris Sirmais ont fait appel à 77 compositeurs et compositrices pour enrichir le répertoire choral et écrire des pièces accessibles aux professionnels comme aux amateurs. L’album “Aeternum” est le résultat d’une sélection de 16 pièces, dont 3 écrites par des compositrices. Irina Mihailovska (1988) nous présente Uguns rituals, dont le texte issu du folklore letton décrit un rituel du feu lors du solstice d’été. Tantôt rythmée et populaire, tantôt contemplative, en large choeur ou à quelques solistes, la pièce est tissée de différentes atmosphères qui s'enchaînent avec fluidité. Maija Einfelde (1939) propose une oeuvre (Krasas (Colours)) nouvelle mais dans la continuité de sa longue carrière : l’harmonie dense, riche et complexe crée à la fois tension et lumière grâce à l’interprétation magistrale, précise et sans vibrato, du chœur. Enfin, Bieza migla zemi sedza (A Thick Fog Covered the Earth) s’ouvre sur un solo où la réverbération du lieu participe à la musique et crée comme une polyphonie. La compositrice Anna Kirse (1988) dessine un univers sombre dans cette œuvre puissante et évocative, grâce à de nombreuses tenues dissonantes et des mélismes dans un registre le plus souvent grave. La pièce s’achève comme elle a commencé, par quelques vocalises solistes et aériennes.


Marie Humbert



La longue Sonate synthétique de Jeanne Barbillion nous est offerte par Jan Michiels et Viviane Spanoghe dans un nouvel album de la maison Etcetera. Comme son nom l’indique, c’est une œuvre synthétique où les trois mouvements de la sonate sont réunis en un seul grand mouvement. Datant de 1930, elle présente à la fois un lyrisme post-romantique très marqué, mais aussi des accents modernes assumés. C’est pourtant dans les parties les plus chantantes que le piano et le violoncelle se marient le mieux, pour nous apporter une fraîcheur bienvenue au sein d’un album qui aurait vite fait d’être très scolaire.


Gabriel Navaridas




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