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Louise Farrenc et Laurence Equilbey en symbiose à la Seine Musicale

Dernière mise à jour : 12 nov.

30 septembre 2022



Insula Orchestra

Laurence Equilbey, direction


Pour ce concert de rentrée du 30 septembre 2022 à la Seine Musicale, les femmes sont à l’honneur et l’on s’en réjouit ! Laurence Equilbey, cheffe et directrice musicale d’Insula orchestra ouvre la saison avec ce programme militant : les Deux Ouvertures et la Deuxième Symphonie en Ré majeur op. 35 de Louise Farrenc sertissent le Concerto pour piano n°2 de Beethoven. Résident de la Seine Musicale, l’ensemble fondé par Laurence Equilbey enregistre la première intégrale sur instruments anciens de l’œuvre symphonique de Louise Farrenc et a déjà publié en 2021 les Symphonies n°1 et 2 (Warner).


Passée la joie d’entendre la musique de Louise Farrenc (1804-1875) sur scène et sur instruments d’époque avec l’Ouverture N°1 en mi mineur, dont les contrastes dramatiques forment une parfaite entrée en matière, nous nous concentrons sur sa Deuxième Symphonie. La symphonie et l’opéra sont les genres phares du monde classique, mais ils ont peu été choisis par les compositrices, car ils impliquent de convaincre et d’engager beaucoup de musiciens et d’hommes, pour être joués. Soutenue par son époux Aristide Farrenc, la compositrice a pu diffuser sa musique, et recevoir nombre d’éloges de ses contemporains.

Le charme mozartien du premier mouvement opère instantanément sur l’audience. Créée au Conservatoire de Paris en 1846, cette symphonie en quatre mouvements nous plonge avec délice au début du romantisme, où la compositrice souffle sur le genre un air nouveau : la fraîcheur de son écriture réside dans l’importance accordée aux pupitres des vents. En effet, à plusieurs reprises les flûtes terminent les phrases de l’orchestre, d’une manière quasi soliste. Flûtes, hautbois, clarinettes et cors sont employés de manière mélodique et sont associés en doublures tantôt traditionnelles (flûtes-violons) tantôt originales (flûtes-bassons). Précisons que la facture boisée des flûtes traversières anciennes et les cors naturels produisent un son particulièrement chaleureux, et que l’on pourrait voir cet attachement aux vents comme un hommage à l’époux de la compositrice, qui était son éditeur mais surtout un flûtiste et hautboïste de talent. Nous retrouvons les codes de l’ouverture opératique : une multitude de courts motifs contrastés voguent de pupitres en pupitres, laissant aux clarinettes la joie de répandre un doux halo réconfortant.


C’est en poursuivant sur une route dramatique (au sens théâtral) que s’ouvre le second mouvement Andante, dont l’introduction semble monter des tréfonds de la Terre : les cordes basses et les timbales seules entraînent l’orchestre en tuilage dans une écriture toujours très imagée, cette fois consolidée par une pédale aux cors. Les flûtes répondent aux violons dans une délicatesse magnifiée par l’authenticité des instruments anciens. Le Scherzo aux influences mendelssohniennes amène dans le mouvement rapide une tension, une mouvance et un suspens interprétés avec beaucoup de personnalité : l’orchestre devient une masse vivante organique et compacte, qui fait valser les motifs rythmiques tournoyants et obstinés. Nous sommes tentés de visualiser au premier abord une course d’insectes affolés, pendant un nettoyage de printemps. Puis l’agitation grossit dans l’orchestre, nous faisant changer d’échelle : les cors de chasse viennent enrichir les cors naturels et nous voilà immergés dans une scène de chasse rebondissante (grâce notamment aux accents toniques sur les temps faibles).


Le Finale impose un discours grandissant tout en valorisant les vents : l’association des timbres, des flûtes et des bassons, utilisée en question-réponses, rappelle le premier mouvement. Enfin, après avoir alterné écriture chambriste et écriture orchestrale, Louise Farrenc termine sa Deuxième Symphonie par une coda énergique et brillante, qui donne le ton à l’Ouverture n°2 en mib majeur, tout aussi riche d’intensités dramatiques et réjouissantes.


Nous retenons que le public était tout autant ravi de découvrir ce répertoire que séduit par cette musique romantique imagée et contrastée, qui annonce les prémices de la musique de chambre française.


Joséphine Laffaille




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