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Lumière sur les compositrices romantiques françaises - 7/8

Mars 2023

« Compositrices », Bru Zane Label


« Après avoir écouté ces dix heures de musique, il ne sera plus possible d’évacuer les compositrices du champ de la programmation de concerts sous prétexte d’absence d’ouvrages valables ou consistants. »

(Alexandre Dratwicki, Palazzetto Bru Zane)


En 8 disques, 21 compositrices et plus de 160 pièces, l'ambition de ce coffret discographique publié par le Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française est donc de favoriser une redécouverte massive du répertoire des compositrices romantiques françaises. Pour saluer ce projet dont l'ampleur est à la mesure de la richesse de cette musique, ComposHer publiera tout au long du mois de mars des comptes-rendus de chacun des disques.

Bru Zane Label

Disque #7

Augusta Holmès Ludus pro patria (1888) : Interlude. La nuit et l’amour

Orchestre national du Capitole de Toulouse ; Leo Hussain, direction Louise Farrenc

Trio pour violon, violoncelle et piano no 2 (1844) : Andante. Allegro – Tema con variazioni – Finale. Allegro

Alexandre Pascal, violon ; Héloïse Luzzati, violoncelle ; Célia Oneto Bensaïd, piano Augusta Holmès

Contes divins (1893, texte d’Augusta Holmès) : Chemin du ciel Les Sept Ivresses (1882, textes d’Augusta Holmès) : L’amour - Le vin Jeanne Danglas Du cœur aux lèvres (1913, texte de Pierre d’Amor) L’Amour s’éveille (1911, texte de Pierre d’Amor)

Marthe Bracquemond Trois Mélodies (1922, textes de Judith Gautier) : Le cormoran - Au bord du lac Clémence de Grandval Le Bohémien (1865, texte de Michel Carré) Sacrifice (1885, texte de Sully Prudhomme) Marie-Foscarine Damaschino

À une femme (1889, texte de Victor Hugo) L’Enfant (1878, texte de Victor Hugo) J’ai dans mon cœur (1887, texte de Armand Silvestre) Madeleine Jaeger

La Chanson du rouet (1891, texte de Charles-Marie Leconte de Lisle) Les Étoiles mortelles (1891, texte de Charles-Marie Leconte de Lisle) Marthe Grumbach À Néré (1915, texte de Louis Morand) Madeleine Lemariey

Six Mélodies (1913, textes de Paul Verlaine) : Clair de lune - Heure exquise

Cyrille Dubois, ténor ; Tristan Raës, piano


Le coffret Compositrice se poursuit avec le disque 7 et ce dernier comprend comme ouverture le magnifique interlude La Nuit et l’Amour, de la versaillaise Augusta Holmès. Sous la baguette de David Reiland qui dirige l’Orchestre national de Metz Grand Est, on trouve toutes les nuances d’une fervente wagnérienne. Et pourtant, il n’y a pas plus français que cette œuvre, avec sa légèreté, ses traits de harpes, ses harmonies tantôt diaphanes tantôt puissantes. S’ensuit le Trio no 2 pour violon, violoncelle et piano de Louise Farrenc. Alexandre Pascal (violon), Héloïse Luzzati (violoncelle) et Célia Oneto Bensaid (piano) nous présentent une rare œuvre de cette compositrice, qui est bien différente de sa troisième symphonie (disque 3 du coffret). Si sa Symphonie est toute beethovenienne dans sa puissance, son Trio est beaucoup plus tendre. Les cordes discutent entre elles de façon gracieuse. Cette compositrice nous montre tout son art dans le deuxième mouvement, un splendide thème et variations.


Lorsque cette exquise parenthèse se ferme, nous retrouvons à nouveau Augusta Holmès, mais cette fois dans des mélodies interprétées par Cyrille Dubois (ténor) et Tristan Raës (piano), qui nous accompagneront jusqu’à la fin du disque. Mais l’égérie d’Henri Régnault n’est pas seulement musicienne, elle est aussi poétesse, puisqu’elle écrit ses propres textes. C’est ainsi que nous pouvons entendre sa prose autant que sa musique. Ce que l’on peut cependant regretter, c’est que ce ne sont que des parties de cycles mélodiques bien plus vastes. Des six mélodies du cycle des Contes divins, nous n’aurons que le Chemin du ciel, et des Sept Ivresses, seules celles de L’Amour et du Vin. Mais ces trois mélodies nous suffisent à dire que cette compositrice maîtrise son art et n’a rien à envier aux mélodistes de son temps. Le Chemin du ciel et L’Amour sont tous deux de petites douceurs. Il en va autrement du Vin, et de ses rythmes frénétiques.


De Jeanne Danglas, on sait bien peu de choses : toulousaine d’abord, puis parisienne, morte à l’âge de 44 ans seulement, elle laisse derrière elle un œuvre méconnu. Du Cœur aux lèvres et L’Amour s’éveille - qu’on a par ailleurs déjà entendu dans sa version orchestrale dans le disque 4 - sont deux mélodies valsées sur des poèmes de Pierre d’Amor qui nous donnent un petit aperçu du talent de cette compositrice. Si la première, d’une mélodie fin-de-siècle claire et soutenue par le piano, nous fait figure d’une photo sépia d’époque, la seconde est plus mélancolique. Ce sont ensuite des mélodies de Marthe Bracquemond. Là encore, une coupe est faite : sur les trois mélodies de ce petit cycle, nous n’en aurons que deux, Le Gros rat n’est pas d’actualité dans ce coffret. Mais il nous reste Le Cormoran et Au bord du lac, sur des poèmes de Judith Gauthier, farouche ennemie d’Augusta Holmès. Le Cormoran pourrait bien avoir sa place dans le Bestiaire de Poulenc ou les Histoires naturelles de Ravel : le traitement vocal, la texture pianistique, la fracture de la métrique, avec cette mélodie, Marthe Bracquemond se pose en égale. Mais si la première mélodie se traîne à l’image de ce grand oiseau, la seconde est plus vive et légère, teintée cependant d’inquiétude.


Si Clémence de Grandval était connue à l’époque surtout pour ses opéras et son célèbre Mazeppa, on connaît maintenant d’elle sa musique de chambre. Et c’est pourtant deux mélodies qui nous sont données à écouter ici : Le Bohémien, sur des paroles du célèbre librettiste Michel Carré, et Sacrifice, écrit par Sully Prudhomme. Le Bohémien offre tous les éclats de rire des troubadours d’antan, se contentant de peu et offrant à ceux qui sont dans le besoin. À l’inverse, Sacrifice contient toutes les larmes d’un amour impossible. Marie-Foscarine Damaschino a pris, de son temps, un pseudonyme masculin, comme beaucoup d’artistes féminines : Mario Foscarina. Prolifique dans les domaines de la musique de chambre, de la musique pianistique et de la musique vocale, ce sont trois mélodies sur des poèmes de Victor Hugo (À une femme et L’Enfant) et d’Armand Sylvestre (J’ai dans mon cœur) que l’on nous offre. Marie Damaschino offre son piano et sa voix à merveille aux vers du premier poète, dans la première mélancolique mélodie, tout comme dans la patriotique deuxième. On sent cependant que la troisième n’a pas la qualité des vers des deux précédentes, mais la compositrice en fait une mélodie balançant entre la bluette et la tristesse.


Madeleine Jaeger, compositrice moins réputée que pianiste (elle a tout de même créé la Bourrée fantasque de Chabrier), morte trop jeune à l’âge de 37 ans, a choisi de mettre en musique les vers de Leconte de Lisle dans La Chanson du rouet et Les Étoiles mortelles. Dans un mouvement de tournoiement que le piano sait si bien exprimer, la première mélodie se termine bien vite, tandis que la seconde est une ballade qui se termine brillamment. Une seule mélodie de Marthe Grumbach, compositrice dont on sait, une fois encore, bien peu de choses. À Néré portraiture pourtant une bien belle image, aux harmonies doucereuses.


Enfin, Madeleine Lemariey et deux de ses Six mélodies sur des poèmes de Paul Verlaine : Clair de lune et Heure exquise. Le défaut des deux poème est malheureusement d’avoir aussi été choisie par d’autres compositeurs et compositrices, et donc d’être déjà connu sous une autre mélodie. Il faut donc déconstruire ce que l’on a appris pour pouvoir savourer cette version. Le piano de Clair de lune n’est là qu’un très léger accompagnement, posant un simple voile harmonique sur une mélodie douce et peu véloce, mais aux nuances présentes. La deuxième mélodie commence, à la manière de Voiles de Claude Debussy, sur une gamme par ton, rendant un univers fantasmagorique et nocturne, qui s’éclaircit petit à petit pour finir par une harmonie claire et touchante.


En somme, dans ce septième disque, ouvert par de l’orchestral et de la musique de chambre, c’est très principalement de la mélodie française que l’on découvre, domaine que les compositrices maîtrisent et conçoivent avec art, mais tenu principalement par Pauline Viardot, dont nous découvrirons d’autres mélodies dans le disque suivant, entre des œuvres orchestrales et de musique de chambre.


Gabriel Navaridas



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