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Lumière sur les compositrices romantiques françaises - 8/8

Mars 2023

« Compositrices », Bru Zane Label


« Après avoir écouté ces dix heures de musique, il ne sera plus possible d’évacuer les compositrices du champ de la programmation de concerts sous prétexte d’absence d’ouvrages valables ou consistants. »

(Alexandre Dratwicki, Palazzetto Bru Zane)


En 8 disques, 21 compositrices et plus de 160 pièces, l'ambition de ce coffret discographique publié par le Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française est donc de favoriser une redécouverte massive du répertoire des compositrices romantiques françaises. Pour saluer ce projet dont l'ampleur est à la mesure de la richesse de cette musique, ComposHer publiera tout au long du mois de mars des comptes-rendus de chacun des disques.

Bru Zane Label

Disque #8

Augusta Holmès Andromède (1883)

Orchestre national du Capitole ; Leo Hussain, direction Hélène de Montgeroult

Sonate pour piano en fa mineur op. 5 no 2 (1811) : Allegro moderato con espressione – Aria con espressione – Agitato con fuoco Pauline Viardot

Douze Mélodies sur des poésies russes (1866) : L’orage (texte d’Alexandre Pouchkine) Géorgienne (texte d’Alexandre Pouchkine) Berceuse cosaque (texte de Mikhaïl Lermontov) Évocation (texte d’Alexandre Pouchkine) Les ombres de minuit (texte d’Afanassi Fet)

Aude Extrémo, mezzo-soprano ; Étienne Manchon, piano Clémence de Grandval

Andante et Intermezzo (1889) : Alexandre Pascal, violon ; Héloïse Luzzati, violoncelle ; Célia Oneto Bensaïd, piano Mel Bonis

Album pour les Tout-Petits (1913) : La toupie - Le petit mendiant - Marionnettes - Le baptême - Compliment à grand’maman - La machine à coudre - Gros chagrin - Colère - Goutte de pluie - Monsieur Vieuxbois - La clef des champs - Au temps jadis - Câlineries - Prière - Miaou ! Ronron ! - Madrigal - La puce - Le pâtre dans la montagne - Mireille au piano - Douce amie

Nathalia Milstein, piano


Les enfants sont à l’honneur sur ce huitième disque clôturant le coffret Compositrices du Palazzetto Bru Zane (2023). Un disque qui fait du bien : doux et réconfortant, ce recueil de musiques de scène et de salon traverse les registres du tragique au comique, et les effectifs de l’orchestre aux petites formations.


Poème symphonique, berceuses, Lieder, mélodies, sonates et autres courtes pièces pour piano nous accompagnent sur un vent de liberté, celle qu’offre aux femmes la musique dite “divertissante” en opposition aux symphonies, “réservées” aux hommes... Ainsi la diversité des genres et des traditions résonne avec de nombreuses influences européennes et même eurasiennes pour les mélodies accompagnées de Pauline Viardot.


Le poème symphonique Andromède d’Augusta Holmès, interprété par l’orchestre du Capitole de Toulouse sous la direction de Leo Hussain, ouvre le dernier CD du coffret, sur un ton de liberté. Le poème écrit par la compositrice elle-même, traduit la condition de la femme sacrifiée en pâture, mais libérée par le salut divin...

“L'Oracle a prononcé. La royale victime,

La blanche Andromèda, liée au roc amer

Par les cruelles mains des Nymphes de la mer

Est livrée en pâture au Monstre de l'abime.

Dans l'ombre, les flots noirs se dressent, furieux,

Et la vierge au cœur pur, mêlant son cri sauvage

Aux hurlements de Poséidon, roi de l'orage,

Pleure sa belle vie en maudissant les dieux. […]

Âme humaine, arrachée aux cieux que tu pleuras,

De ton humanité captive torturée,

Crois en la liberté ! tu seras délivrée ;

Crois en la Vie ! et, dans ta Norme, tu vivras.

Car loin du gouffre où gronde un ressac de désastres,

Loin du monstre Douleur, dévorateur du Jour,

La Poésie ailée et l'immortel Amour

T'emporteront vers les vrais dieux, parmi les astres !”

La liberté se traduit aussi par le choix instrumental. Écrit en un mouvement, le poème débute par une introduction aux cuivres rejoints par un tapis de cordes en trémolos, illustrant le verdict fatal de l’Oracle. Andromède, bien que condamnée, est représentée par un thème lyrique aux violons, à la fois gai et tragique. Ainsi, le sentiment de victoire est latent tout au long de la pièce. La palette de nuances des interprètes étoffe les nombreux contrastes ambiants.


Entre classicisme et romantisme, Hélène de Montgeroult, alors héritière de l’école française de piano, n’hésite pas à intégrer à son écriture perlée l’influence germanique d’un Beethoven, dans une France peu habituée à cette tradition. La musique d’outre-Rhin deviendra une référence qui s’étendra au cours du XIXème siècle à Paris. Nous relevons les contrastes de modes saisissants des passages en mineurs de l’aria con espressione de la Sonate pour piano n°8 de Montgeroult.


Pauline Viardot elle aussi aime s’inspirer de traditions étrangères à la France : dans ses mélodies, elle explore les folklores russes et caucasiens : L’orage, Géorgienne, Berceuse cosaque, Évocation, Les ombres de minuit. Ils donnent à ses mélodies un balancement appuyé sur le deuxième temps et un lyrisme lent et triste, qui nous inondent et nous séduisent grâce à la voix puissante de la mezzo-soprano Aude Extremo.


L’impressionnisme de Clémence de Grandval est théâtralisé dans l’Andante et Intermezzo pour violon, violoncelle et piano. Divertissante et enjouée, cette pièce au caractère dansant nous évoque à la fois les musiques de chambre de Saint-Saëns, Brahms et Louise Farrenc.


Enfin, coup de cœur pour l’Album pour les tout-petits de Mel Bonis interprété au piano par Nathalia Milstein, un régal de précision et de modernité, à travers ces vingt pièces courtes, ludiques et évocatrices dont la plupart durent entre 30 secondes et une minute. Cette modernité puise pourtant son écriture harmonique dans la tradition contrapuntique et classique, voire modale par endroit, avec un caractère enlevé, amusé et délicat. Chaque pièce dépeint un objet, une situation, un personnage ou un sentiment dans un temps précis et défini. La toupie, Le petit mendiant, Marionnettes, Compliment à Grand Maman, la machine à coudre, Gros chagrin, ou encore Goutte de pluie et La puce, voilà de pittoresques tableaux que l’on prend plaisir à réécouter sitôt terminés. L’album de Mel Bonis n’a rien à envier aux Scènes d’enfants de Schumann et pourrait devenir un classique du grand public à condition qu’il soit joué, enseigné et partagé au plus grand nombre. Dénué de niaiserie mais parsemé d’humour et d’espièglerie, cet album explore divers sentiments pour accompagner l’enfant dans l’exploration de ses sensations et de son instrument. Ainsi la colère, l’amour, l’émerveillement et même la spiritualité (charmante Prière laissée en suspens ; Au temps jadis empreint de modalité et de dissonance répétitive) ponctuent peu à peu la musique de Mel Bonis…


Joséphine Lafaille



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