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Martha von Castelberg - Songs & Motets


Mars 2020


Martha von Castelberg :

Songs

Motets




Estelle Poscio, Äneas Humm, Susannah Haberfeld, Remy Burnens (chant), Judit Polgar (piano)

Larynx Vokalensemble - Jakob Pilgram (direction)



En ligne et sur les plateformes de streaming, on ne trouve que cet album, et très peu d’information sur la compositrice qu’il défend : Martha von Castelberg (1892-1971), compositrice suisse. C’est ici le Larynx Vokalensemble, choeur de chambre suisse engagé dans la redécouverte du répertoire de son pays, qui entreprend de faire entendre la musique chorale de Martha von Castelberg.


La musique sacrée est toujours délicate à aborder : comment aller au cœur de la spiritualité, du texte, de l’inspiration créatrice quand on n’est pas soi-même croyant ? Finalement, tout cela importe peu : fervente, Martha von Castelberg l’était, et il n’est pas besoin de l’être soi-même pour être profondément touché par ses motets. Le texte et la construction harmonique sont au cœur de l’écriture, mélange de psalmodie et d’harmonies riches. Les chanteurs et chanteuses incarnent le texte sans mise en avant personnelle, leurs timbres se mêlant avec sensibilité et pureté. Un seul souffle, une grande unité, et un travail manifeste sur l’équilibre et l’harmonisation des voyelles permettent au chœur de s’exprimer avec intensité et émotion, mais d’une seule voix. Au sein du Salve Regina qui ouvre l’album, on peut entendre une certaine agitation dans les passages en polyphonie rythmique, de la tension dans les accords forte, un recueillement plus intérieur lorsque l’harmonie s’apaise et que les voix s’alignent, autant de caractères qui se suivent sans rompre l’unité. On frissonne particulièrement à l’écoute des mesures d’ouverture d’O bone Jesu dont les accords se construisent voix par voix, méthode que la compositrice emploie à de nombreuses reprises, notamment dans le De Profundis. Ce motet, plus sombre, aux accords plus dissonants, porte les clameurs poignantes des chanteurs et chanteuses : l’entrée en matière est calme, mais les aigus tenus, purs et intenses des sopranos mènent un crescendo tout en tension. La pièce s’achève dans un ton grave et recueilli qui donne une plus grande importance aux voix d’hommes. L’Ave Maria, dernier des motets présentés ici, fait entendre les pupitres plus individuellement, en vocalises et entrées successives. A l’image des pièces précédentes, ferveur, recueillement, imploration se succèdent jusqu’à l’Amen final, dont la dernière consonne résonne avant de s’effacer.


On peut alors entrer dans un autre pan de la création de Martha von Castelberg : la mélodie. Quatre solistes se partagent la petite vingtaine de pièces qui constituent la plus grande partie de cet album. Dans l’ensemble, certaines des mélodies de Martha von Castelberg présentent le défaut d’être très semblables dans leur staticité, malgré les modulation harmoniques du plus grand intérêt et la beauté du texte et des voix qui les incarnent. Le choix des tempi en est en partie responsable, mais les mélodies chantées par Susannah Haberfeld (mezzo-soprano) et Äneas Humm (baryton) notamment souffrent surtout d’une écriture figée, sans variation rythmique dans le chant ni au piano. Malgré cela, Susannah Haberfeld est particulièrement touchante dans les harmonies changeantes et mélancoliques de O trübe, même si on pourrait regretter un timbre un peu forcé dans les forte. Äneas Humm (baryton) propose un beau dialogue avec la pianiste Judit Polgar dans la dernière pièce de l’album, Requiem. Son timbre égal et un soupçon de voix mixte font merveille dans Gegen die Traurigkeit. La soprano Estelle Poschio hérite de mélodies plus vivantes, souvent grâce à l’écriture du piano : moins discret bien que toujours délicat, il permet un mouvement vers l’avant plus fluide. Dans Canzun deTgina, Estelle Poschio chante avec beaucoup de naturel dans le timbre mais aussi un superbe contrôle des nuances avec quelques attaques aiguës pianissimo d’une pure poésie. Ich entblätterte dich oscille entre passages agités et retours au calme, et la soprano y est très touchante malgré quelques notes medium un peu écrasées. Enfin, on aura particulièrement apprécié le ténor Remy Burnens : des aigus touchants, une appréciation de chaque consonne et de chaque voyelle, un timbre très naturel notamment dans le grave de sa tessiture… autant d’éléments qui permettent d’apprécier l’audace harmonique et la belle écriture pour la voix de Martha von Castelberg. On retiendra entre autres Allas stei las, Wielde Biene ou encore Wandern.


Du chœur à la mélodie, et que ce soit en latin, en allemand ou en italien, Martha von Castelberg place le texte au chœur de son écriture. Sa ferveur, son travail harmonique et le naturel de son langage sont défendus avec engagement par les artistes de ce disque, qui donnent assurément envie d’en entendre plus.


Marie Humbert


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