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Mélodies galloises, airs par les Kapsber'girls, Concertino de Chaminade - Florilège

23 octobre 2021

Poésie et contemplation sont omniprésentes dans ce Taliesin’s songbook (en hommage à Taliesin, un mythique barde gallois) qui confronte aux mélodies des géniales Morfydd Owen et Grace Williams le langage d’autres compositrices plus méconnues. Chez Dilys Elwyn-Edwards (1918-2012), la voix se déploie sur des accords de piano assez minimalistes, et laisse transparaître une forme d’extase face à la nature. L’harmonie demeure à la fois sobre et lumineuse, soulignée par le toucher doux du pianiste Andrew Matthews-Owen. La voix de Rebecca Evans, puissante et hypnotique, est en revanche peut-être un peu trop chargée en vibrato pour bien comprendre la prononciation du gallois. Même sobriété dans The Loom, de Williams : une mélodie simple, presque naïve, mais belle, qui ne semble guère éloignée des airs du folklore gallois. Chez Morfydd Owen, la simplicité est à chercher du côté du piano (Slumber song of the Madonna, Gweddi y Pechadur), alors que la voix se déploie en une ample lamentation, sur un large ambitus. Chez Rhian Samuel (Yr Alarch, pour soprano solo), compositrice née en 1944, la voix esquisse des bribes de mélodies, rapidement interrompues par des exclamations plus rythmiques où les consonnes ont la part belle. Si la justesse de Rebecca Evans, Elin Manahan Thomas ou Natalya Romaniw faiblit par instants, leur diction habitée et la puissance de leur émission suffit à absorber l’auditeur dans cette musique qui mérite toute son attention.


Clara Leonardi

Le London Symphony Orchestra nous offre un rare disque de musique contemporaine avec Six Degrees of Separation. Sur des pièces de durées proches, ce sont cependant des univers très différents : six pièces, six compositeurs et compositrices, six tableaux uniques. Ceux qui retiennent notre attention toutefois sont ceux des compositrices Stef Conner et Emma-Kate Matthews. La première nous propose, avec Hymn to a head, un panorama portraitiste. D’inspiration minimaliste, la compositrice nous offre un portrait faisant la part belle aux cuivres, formant alternativement des accords majestueux et de longues plages harmoniques qui se perdent dans le silence. Véritable magicienne, elle se joue des cuivres et de leur timbre chaud. Le portrait se dessine doucement, faisant apparaître une mélodie qui se détache finalement de ces accords et de ces harmonies. C’est un tout autre tableau qui se forme avec Remote Overlap. On reste dans un univers où les vents ont la part belle, mais la compositrice fait aussi usage d’instruments percussifs, comme les cloches ou le piano, joué dans les extrêmes graves ou les extrêmes aigus. Emma-Kate Matthews est aussi architecte, et elle s’inspire de l’aspect tridimensionnel de son travail pour le mettre dans son œuvre musicale. On trouve ainsi une spatialisation instrumentale, avec les vents d’un côté et les percussions de l’autre, tout en jouant sur la double dimension de l’ambitus pianistique.

Gabriel Navaridas

Les Kapsber’girls, ensemble qui réunit deux chanteuses, une gambiste et une luthiste/guitariste, font leur grand retour avec un album entièrement dédié à la brunette, un genre léger de chanson d’amour en vogue aux XVIe et XVIIe siècles. C’est donc l’occasion de découvrir un répertoire totalement tombé dans l’oubli dont les compositeurs ou compositrices sont bien souvent anonymes. Mais parmi ces inconnu·e·s, des noms ressortent et notamment deux compositrices dont l’une, Élisabeth Jacquet de la Guerre, est maintenant bien célèbre. L’air Les rossignols, dès que le jour commence, tirée de sa tragédie en musique Céphale et Procris, est un véritable retour en enfance. Telle une comptine et simplement accompagné par un luth et une viole, l’air nous envoûte par son ornementation, ses tensions mélodiques et sa grande simplicité. Les voix s’éloignent des lyrismes opératiques pour se rapprocher d’une vocalité intime, presque susurrée. On déplore seulement les ajouts de chant de rossignol aux extrémités de l’air qui le teintent d’une touche légèrement kitsch. La seconde compositrice présente dans cet album est Julie Pinel qui, décédée de manière très précoce à 27 ans, n’a publié qu’un recueil de 31 airs, Nouveau recueil d’airs sérieux et à boire. Les deux airs enregistrés par les Kapsber’girls le sont donc pour la première fois et on ne peut que se réjouir que ce soit dans une si belle interprétation. Pourquoy le berger qui m’engage et Boccages frais, bien que pastoraux par leur destination, se distinguent par leur grand lyrisme accordé aux deux voix. Le premier de ces airs est également empreint d’une profonde dramaturgie que vient renforcer l’interprétation presque théâtrale des chanteuses. Bien qu’il s’agisse presque exclusivement de pièces inédites, les Kapsber’girls cassent les codes classiques par leur interprétation théâtrale à la vocalité populaire. Comme toujours avec le label Alpha, la qualité d’enregistrement est admirable et participe à la légitimité de ces œuvres méconnues.

Martin Barré

Parmi un florilège de compositeurs ayant composé pour la flûte, on retrouve Cécile Chaminade et son habituel Concertino pour flûte, op. 107. Ce disque de chez Warner présente des œuvres de toutes les époques, de Wolfgang Amadeus Mozart à Philippe Hersant. Pourtant, Cécile Chaminade fait encore figure d’exception, seule femme entre tous ces compositeurs. Pour cette fois, Emmanuel Pahud travaille avec François Leleux et l’Orchestre de chambre de Paris. Ici, la mélodie se pose agréablement sur l’orchestre dans une version qui ressort par sa concision. Emmanuel Pahud saisit toute l’émotion de cette mélodie française pour flûte, l’amenant à se démarquer d’un orchestre qui occupe un second plan avec brio, prenant parfois la première place pour répondre à la flûte. La flûte souligne avec élégance le caractère tendre puis gai, plaintif ou virevoltant du mouvement. On peut souligner la justesse d’Emmanuel Pahud, qui respecte excellemment l’écriture, mais qui aurait eu à certaines occasions la possibilité d’une interprétation plus libre. Même si ce n’est pas une version d’exception, cette interprétation du Concertino pour flûte n’en reste pas moins une excellente interprétation, juste mais sans rigueur.


Gabriel Navaridas

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