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Olga Neuwirth brille avec l'Orchestre National de Lyon

12 mars 2022


© Harald Hoffmann

Håkan Hardenberger | trompette Orchestre National de Lyon, dir. Nikolaj Szeps-Znaider


L’Auditorium de Lyon accueille, depuis 2021, une nouvelle compositrice en résidence : l’autrichienne Olga Neuwirth. C’est donc au cœur de cette institution que l’on découvre une perle : … Miramondo multiplo… , que l’on a pu entendre les 11 et 12 mars sur la scène de l’Orchestre National de Lyon. Le trompettiste soliste, Håkan Hardenberger, a interprété avec brio, et avec une très grande justesse, cette œuvre qui pourrait s’apparenter à un concerto et qu’il avait créée à Salzbourg en 2006.


En cinq mouvements, cette pièce s’inscrit dans la filiation de la Sinfonia de Berio, avec ses citations musicales. On retrouvera d’ailleurs ici des références à Gustav Mahler, Georg Friedrich Haendel ou même Igor Stravinsky. Cependant, il s’agit davantage de clins d’œil, des citations remodelées dans le style de la compositrice. L’œuvre démarre sur les chapeaux de roues, avec un début grandiose : Håkan Hardenberger, à la petite trompette, couvre les nappes polytonales de l’orchestre, où les cordes et les percussions règnent en maîtres, ces dernières étant particulièrement présentes dans toute la pièce. La mélodie est légère, mais angoissante, et les cuivres sonnent sourds comme le grondement du tonnerre. C’est alors que le trompettiste prend la grande trompette, jouant une mélodie typiquement américaine, dans la lignée de celles d’Amy Beach et de Florence Price. Dans le deuxième mouvement - le plus doux -, la trompette, avec sourdine, joue avec l’orchestre sur des harmonies diaphanes et pourtant très colorées. Deux paramètres d’écriture prédominent dans cette partie : d’une part le travail sur le timbre, qu’il s’agisse de celui de la trompette ou de celui de l’orchestre, et d’autre part la rhétorique entre la trompette et l’orchestre qui est poussée jusqu’à la fusion entre les deux. Dans le troisième, le wah-wah de la trompette se mêle aux percussions, qui offrent elles aussi des timbres surprenants, comme celui du gong frappé par des baguettes de triangle. C’est au quatrième mouvement « Aria della pace », qu’apparaît la citation la plus reconnaissable, l’aria « Lascia ch'io pianga » de Haendel, réemployé par la compositrice, dont le style touche même les reprises d’autres œuvres. La petite trompette revient dans le final et referme l’œuvre comme elle a commencé… Mais à un degré supérieur. Une spirale montante s’est établie dans cette œuvre d’Olga Neuwirth, où la difficulté du jeu de la trompette se mêle à une écriture complexe de l’orchestre. On notera que l’œuvre, qui date de 2006, a été ovationnée par le public, preuve qu’elle mérite son succès - qui ne faiblit pas depuis plus de quinze ans.


Gabriel Navaridas




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