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Ombres - Laetitia Grimaldi & Ammiel Bushakevitz

Janvier 2022


Mélodies de Mel Bonis, Cécile Chaminade, Armande de Polignac, Juliette Folville, Pauline Viardot, Marguerite Béclard d'Harcourt, Hélène-Frédérique de Faye-Jozin, Gabrielle Ferrari, Augusta Holmès.



Laetitia Grimaldi (soprano)

Ammiel Bushakevitz (alto)


« Et voici l’Heure triste et voici l’Heure douce » (Le Jardin du Roi, Armande de Polignac)...


On se prête à imaginer que le choix de la première mélodie de Mel Bonis, « Invocation », qui ouvre OMBRES, Women composers of la Belle époque par la soprano Laurence Grimaldi et la pianiste Ammiel Bushakevitz n’est pas du tout un hasard : « Souvenez-vous ! Belles étoiles, /D’un soir où vous brilliez sans voiles / Dans la splendeur du firmament. Souviens-toi ! Source cristalline, / Qui descendais de la colline / Avec un tendre bruissement Souvenez-vous ! Souvenez-vous ! Belles étoiles. »

Ces quelques vers pourraient à eux seuls résumer l’ensemble de l’opus !


Ce disque, parfaitement agencé et interprété de bout en bout avec une grande justesse, peut être compris comme un disque du souvenir : celui de compositrices de la fin du XIXè siècle et du début XXè siècle en France, artistes célèbres puis oubliées. Cependant, point de nostalgie ici, au contraire, l’ensemble du disque baigne dans une lumière radieuse. Toutes les mélodies proposées, choisies dans le répertoire de neuf compositrices sont aussi de « Belles étoiles » ! On se prend à se questionner à chacune d’elles : quelle ombre a donc recouvert ces chef-d’oeuvres ?


Mais l’ensemble est aussi parfaitement agencé, comme un récital. Le disque n’est pas simplement fait de découvertes juxtaposées, mais nous offre une approche sensible de mélodies qui ont toutes à voir avec l’ombre, l’ombre de l’oubli ou l’ombre du soleil, la nuit, la nuit de l’été ou encore la nuit éternelle. Un véritable chemin qui débute par l’invocation, la prière, le lyrisme et la sérénité que dévoile l’univers de Mel Bonis. C’est un monde plus léger que l’on retrouve dans les mélodies de Cécile Chaminade, dont la musique mêle habilement le langage moderne et populaire. Les trois mélodies d’Armande de Polignac nous plongent dans la tension, l’ombre et le drame intimiste comme des échos symbolistes de Tristan et Isolde.


La mélodie de Juliette Folville vient apporter la lumière, avant les quatre compositions de Pauline Viardot, pleines pleines de mélancolie et de sensualité dont la célèbre chanson « Haï Lui ». Avant les mélodies d’Augusta Holmès qui clôturent le disque, les artistes proposent également trois oeuvres de compositrices très peu enregistrées, Frédérique de Faye-Jozin, Marguerite Béclard d’Harcourt et la « Chanson d’exil » de Gabrielle Ferrari, qui nous révèle une musique aux accents inoubliables.


Les derniers vers d’Augusta Holmès dans sa mélodie À Trianon , « Goûtons ensemble l’heure exquise / Car l’Amour vous a conquise / Et c’est la fin du jour ! » sont une invitation à goûter de nouveau toutes les mélodies du disque ! Pour profiter à nouveau d’un duo entre voix et piano qui s’équilibre à merveille, de la diction parfaite de Laetitia Grimaldi et du piano Ammiel Bushakevitz, tout en douceur et lumière.



Jérôme Thiébaux

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