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Percussions et mélodies contemporaine - Florilège

26 juin 2021

Après un premier volume où l’on pouvait entendre entre autres des œuvres de Rebecca Clarke, le ténor James Gilchrist et le pianiste Nathan Williamson enregistrent pour le label Somm un volume 2 riche en découvertes. On peut en effet y entendre le premier enregistrement mondial des 3 Donne Songs de Elizabeth Maconchy (1907-1994). Composé en 1964, alors que le talent et le succès de la compositrice ne sont plus à prouver, le cycle est constitué de trois pièces dont le style est bien unifié malgré les atmosphères différentes. Le texte y joue un rôle primordial, et le sujet spirituel voire religieux est en fait l’occasion d’explorer les émotions les plus profondes. L’écriture vocale et pianistique est dramatique, affirmée, que la voix s’exprime en lamentations mélancoliques sur un piano discret mais essentiel harmoniquement (No. 1, “A Hymn to God the Father”) ou qu’elle se fasse plus rythmique et virtuose (No. 3, “The Sun Rising”). Harmonie et mélodie se font particulièrement intenses et torturées dans le No. 2, “A Hymn to Christ”. Doreen Carwithen (1922-2003), au contraire de Maconchy, s’est peu à peu arrêtée de composer malgré quelques succès, tant il lui était difficile de faire publier ses œuvres. Les artistes ont ici aussi choisi des œuvres jamais enregistrées, toutes écrites avant 1952. La Serenade repose sur une écriture fluide et délicate au piano et une mélodie touchante et naturelle, toujours en mouvement. Si James Gilchrist est émouvant dans son interprétation subtile de “Noon” ou “Echo (Seven Sweet Notes)”, ce sont aussi les textures mélancoliques et impressionnistes du piano que l’on retient. “The Ride-by-Nights”, avec son rythme soutenu (et un style un peu plus conventionnel), pose quelques difficultés vocales au ténor dans les aigus, mais on ne peut qu’apprécier la musique des mots dont on comprend chaque syllabe et chaque inflexion grâce à une diction très claire. On retrouve une atmosphère plus mélancolique dans Clear had the Day Been, pièce à laquelle l’harmonie inventive, presque jazzy, et le placement souvent haut de la voix, confèrent une touchante fragilité. Slow spring est d’une exquise poésie, avec le rythme balançant du piano, qu’on reconnaît désormais comme caractéristique de la compositrice. Enfin, Echo (Who Called?) révèle une écriture pianistique chatoyante et riche, qui invite à découvrir le reste de la musique de Doreen Carwithen.

Marie Humbert


Ekstasis de Linda Buckley est une œuvre alliant électronique, enregistrements et percussions. Si tout est fait grâce aux percussions, le mixage électroacoustique qui en ressort offre une palette de sons aux couleurs translucides. Entre percussions pure et longues plages harmoniques que l’on croirait faites par des bols chantants tibétains, Ekstasis pousse à s’imaginer un univers fantasmagorique, onirique, aux couleurs tantôt chatoyantes, tantôt opalescentes. Les percussions s’allient aux enregistrements, créant des atmosphères planantes, parfois rehaussées de passages rythmés, mais qui présentent toujours un aspect éthéré, proprement extatique. C’est une prouesse que nous offre la compositrice dans cette pièce mêlant les deux types de jeux bien différents que sont le frottement et le cognement, tout en travaillant la technique de l’électronique, ce qui a pour effet de brouiller les frontières pour faire simplement apparaître des textures sonores qui envoûtent l’auditeur.


Gabriel Navaridas


Dans ce deuxième volume de Pioneers of percussion, deux compositrices nous exposent leurs œuvres : Nicole Lizée avec The Filthy Fifteen et Rebecca Dale avec Can’t Sleep. La première, référence aux quinze premiers titres censurés par la Parents Music Resource Center, nous offre une œuvre syncrétique, où les différentes œuvres censurées sont reprises, modifiées, altérées sous les mains expertes de Joby Burgess, mélangé à des sons de xylophones et diverses percussions résonnantes. La seconde œuvre, Can’t Sleep, est bien différente. Elle se rapproche plus du minimalisme répétitif et de ce que ferait un John Adams. Les percussions, en deux strates rythmiques différentes, nous entraînent dans un univers beaucoup moins matérialiste. D’abord avec un simple marimba, puis mêlant xylophone et bol chantant, on retrouve des harmonies longues et pleines qui se métamorphosent doucement. De quoi clore un double disque très équitable, autant en termes de représentativité que de styles musicaux.


Gabriel Navaridas





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