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Quatuors de Neuwirth et Tailleferre à Lyon

23 mai 2022


Julien Malait, Julie Oddou (violons) Claire Hélène Rignol (alto) Pierre Cordier (violoncelle)


L’Auditorium de Lyon a fait de nets progrès dans l’inclusivité des compositrices. Lundi 23 mai avait lieu un concert de musique de chambre, plus exactement des quatuors, présentés par 4 musicien·ne·s de l'Orchestre National de Lyon. Pour l’occasion, deux compositrices sur les trois musiciens du programme : Olga Neuwirth et Germaine Tailleferre. Le programme a donc commencé avec le Quatuor à cordes en sol mineur de Germaine Tailleferre. Malgré la présentation de Julie Oddou, violoniste, expliquant que la compositrice souhaitait faire de la musique légère et gaie, le quatuor ne l’est pas tant que cela. Composé pendant la Grande Guerre, il comporte notamment de belles mélodies dans le premier mouvement, « Modéré », et la compositrice met un point d’honneur à ce que ce ne soit pas uniquement le premier violon et le violoncelle qui les possèdent puisque le second violon et l’alto ne sont pas en reste. Le second mouvement, un « Intermède », est grave et tourmenté, sous les archets des membres du quatuor. Le violoncelle joue justement ses pizzicati de façon très aérienne, allégeant un peu ce mouvement. Enfin, dans le troisième mouvement, on retrouve une Germaine Tailleferre très martiale, jouant sur les dissonances dans un final noté « Vif ». C’est un quatuor qui répond parfaitement à celui de Claude Debussy, joué à la fin du concert.


Mais il ne faut pas oublier le quatuor d’Olga Neuwirth, Settori, composée en 1999, que l’on pourrait traduire en français par « sections ». En effet, Settori est une reprise de sections de son premier quatuor. L’œuvre se veut illustratrice des fonds marins de la Baie de San Francisco, où la compositrice a grandi. Julie Oddou fait d’ailleurs un excellent travail de présentation quant à la composition de ce merveilleux quatuor. Elle explique ainsi au public que les trilles, trémolos, glissandos, col legno et autres pizz « Bartók » permettent à la compositrice de transcrire musicalement les souvenirs maritimes. Et ce quatuor est une bonne porte d’entrée dans l’œuvre de la compositrice, puisqu’il présente, comme beaucoup des œuvres de Neuwirth, des harmonies qui ont la capacité d’être à la fois flottantes et tendues. Ce quatuor est très justement réalisé par les membres du quatuor, et en effet les col legno, jeu cognant le bois de l’archet, en fibre de carbone pour l’occasion, contre les cordes des instruments, instaurent des bulles de rêves dans un univers où l’angoisse et l’oppression représentent très bien l’immensité des fonds aquatiques. On peut même entendre des chants marins, de baleines ou autres cétacés, joués par des glissandi, au violoncelle notamment.


C’est un beau concert qui nous a permis d’admirer le quatuor de Germaine Tailleferre, trop peu souvent joué, et de découvrir la pièce d’Olga Neuwirth, qui mériterait aussi d’être plus fréquemment interprétée.


Gabriel Navaridas




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