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Resonances - Ingrid Arauco

02 octobre 2021

Ingrid Arauco

Sonate pour deux pianos

Sonate pour piano

Quatuor à cordes no. 3

Resonances


Charles Abramovic, Marcantonio Barone (pianos)

Ying Quartet


Quatre œuvres structurent cet album paru aux éditions Albany et dont la dernière donne son nom à l’ensemble. C’est un petit album qui ne paye pas de mine, au premier abord. Pas de tableau connu, pas d’image léchée, un simple portrait de la compositrice, à la photographie un peu passée, dont le grain pourrait faire penser aux images des années 80. Pourtant, c’est tout un monde qui nous apparaît dès lors qu’on cherche à aller plus loin, avec une musique intimiste, toute en douceur. Ingrid Arauco, compositrice contemporaine états-unienne, glisse dans sa musique toutes les couleurs que son portrait oublie.


« Resonances » s’ouvre sur une Sonate pour deux pianos, articulée en trois mouvements, et dont le premier est un Prélude qui se donne des airs traditionnels. Le dialogue entre les deux pianos se fait par contraste sous les doigts de Charles Abramovic et Marcantonio Barone. Les dissonances acidulées se projettent en bulles que les accords, arpégés ou répétés, viennent percer doucement, mettant fin à de petits mondes irisés. Le Prélude a toute la douce énergie d’un moteur ronronnant pour débuter cette sonate, et, même s’il peut avoir des moments de tendresse, il peut aussi rugir et ne s’en laisse pas montrer. Le deuxième mouvement, Reflection, est plus calme, plus serein. Plus mélancolique aussi, dans ses premières notes. Il sonne comme un souvenir d’une douce mélopée enfantine, avant de se complexifier en un tissu plus dense, où chaque note trouve son image, inversée comme dans un miroir, ou identique, comme sur une photographie. Mais ce mouvement n’est pas pour autant simpliste, sa profondeur et sa densité viennent avec le temps. Le troisième mouvement, Réjouissance, est comme un diptyque à lui seul. S’il commence comme une sorte de perpetuum mobile, dont le tournoiement ne cesse qu’avec un repos suspensif des deux pianos, il se termine dans un dialogue beaucoup plus éthéré, où le silence et la résonance prennent beaucoup plus de place, mais sans que le tissu musical ne s’allège trop pour autant.


Si la Sonate pour deux pianos fait inévitablement penser à la musique française du début du XXe siècle, il en va différemment de la Sonate pour piano. En quatre mouvements, le premier noté Risoluto est sobre, dénué de tout ornement inutile. Avec ses grands accords plaqués, il prend des airs de cathédrale sonore. C’est un premier mouvement très lithographique, mais dont les détails peuvent s’observer à la loupe, et qui a toujours quelque chose à faire découvrir. Le second mouvement est un Scherzo, dans la lignée de ce qui a pu être fait aux XIXe et XXe siècle, vif et bref, mais où Marcantonio Barone sait insérer des nuances avant d’enchaîner avec le troisième mouvement, Largo ed espressivo. Ingrid Arauco offre là une œuvre aérienne, faisant penser à ce que serait une Cathédrale engloutie contemporaine. Le piano oscille entre la profondeur de ses accords graves et les aigus chatoyants, tout en prenant en compte un medium chaleureux pour nous donner ce qui pourrait être le mouvement le plus réussi de cette sonate. Le quatrième mouvement, Allegro con spirito, ne manque pas d’esprit et de répartie, mais il possède un ton grinçant qui contraste beaucoup avec le mouvement précédent.


Ingrid Arauco signe aussi dans cet album son troisième Quatuor, en quatre mouvements d’aspects très variés, interprété par le Ying Quartet. Le premier, noté « Con energia », n’a pourtant pas la vigueur à laquelle on pourrait s’attendre. En revanche, le mouvement qui suit, noté « Adagio » a une langueur très britannique, où chaque voix chante, dans un véritable dialogue à quatre. On note cependant la vigueur du « Scherzo », bien plus énervé que celui de la Sonate. Le dernier mouvement, « Fantasia, Thème et Variations », équivaut à lui seul aux autres mouvements et, en comparaison, est un peu trop monotone, déséquilibrant un quatuor jusque-là plutôt réussi.


Enfin, le dernier morceau, Resonance, est une grande fresque très complexe, où l’influence de Ligeti peut très nettement se faire jour. Notre pianiste Charles Abramovic ne manque pas une interprétation réussie d’une œuvre complexe, qui mérite d’être réécoutée pour être appréciée à sa juste valeur.


Gabriel Navaridas


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