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Romantiques au piano ou à l'orchestre - Florilège

Dernière mise à jour : 2 juil.

11 juin 2022

Cela faisait plusieurs mois que David Kadouch postait sur ses réseaux sociaux ses performances de pièces de salon de Clara Schumann ou Fanny Mendelssohn, voici qu’il leur fait la part belle dans son nouveau disque pour le label Mirare : un somptueux récital de pièce de salon centré sur l’univers fictif du personnage d’Emma Bovary. Le disque présente plusieurs extraits de la fresque Das Jahr de Fanny Mendelssohn. Entre “Mai qui laisse entrevoir une mélodie lumineuse et allègre, “Septembre” qui dépeint les tourments d’une journée au bord d’un fleuve ou “Juin” dont la mélodie est poignante mais stoïque, David Kadouch déploie un toucher d’une légèreté et d’une précision formidable, et délivre ces petites pièces avec une élégance et une maîtrise rare. Dans des œuvres plus ambitieuses (Air russe varié de Louise Farrenc et Variations sur un thème de Robert Schumann de Clara Schumann), le pianiste se joue des difficultés de la partition et offre une lecture mélancolique mais naturelle, comme coulant de source. Finalement, c’est la magnifique Mélodie op. 4 n°2 de Fanny Mendelssohn qui vient conclure ce récital intelligemment construit. Un enregistrement à ne pas manquer !


Raphaël Godefroid

 

On retrouve du beau Fanny Mendelssohn dans cet album, mais on voit surtout ce qu’elle aurait éventuellement pu faire si sa famille l’avait laissé composer. En effet, les lieder ont été orchestrés par Tal-Haim Samnon, et non par elle. Mainacht, son Op. 9 no 6, est brillamment orchestré, sans que les reprises soient identiques, évitant ainsi la simple répétition. Son Gondollied, Op 1 est léger et aérien, avec une flûte tournoyante. On trouve dans ces lieder une grâce toute mendelssohnienne, avec une touche toute particulière. Dans Der Rosenkranz, Op. 9 no 3, on ressent cependant moins cette grâce, mais Chen Reiss fait ressortir tout aussi admirablement le chant de ce lieder qui ne manque pas d’élégance. Deux extraits de la Cantate Lobgesang nous sont aussi offerts, admirablement interprétés par le Jewish Chamber Orchestra de Munich. Quelques autres pièces toutes aussi belles nous sont offertes dans ce disque, à l’image de Hero und Leander, le Héro et Léandre de la compositrice, qui présente le couple d’amoureux antique sous un jour nouveau. En effet, l’orchestration - de Fanny Mendelssohn - en est dramatique, soulignant les talents de la compositrice pour l’orchestre autant que pour la mise en scène.

Gabriel Navaridas

 

Le Bach Choir, dirigé par David Hill, s’est engagé en mars 2020 dans un projet qui voit enfin le jour : relier l’ancien au nouveau, à travers cette immense inspiration qu’est la musique de Jean-Sébastien Bach. Il s’agit de 6 commandes, chacune en regard d’un choral extrait de La Passion selon saint Matthieu. Il ne s’agit évidemment pas de réécrire ou d’imiter, mais de s’interroger sur ce que nous inspire l'œuvre. Glow, de Charlotte Harding, répond au premier extrait : les tenues aigues du violoncelle, et les notes hautes battues au piano, installent une atmosphère aérienne et scintillante. La forme est en arc : on retrouve à la fin les nappes éthérées du chœur, après une partie centrale plus verticale et plus dramatique. La pièce Inner Phrases d’Héloïse Werner met en musique un poème de Rimbaud, avec une écriture très rythmique, parsemée de ponctuation de piano, percussions et violoncelle. L’œuvre est surprenante, tout à fait prenante, et non dénuée de poésie : mélodie lancinante du violoncelle, chuchotements du chœur, doux accords apaisants se mêlent au rythme imprévisible. Chez Carmen Ho, dont la pièce Easter Wings répond au choral « Be near me, O Lord, When Dying », on peut entendre le chant inquiet du hautbois et un chœur sombre et suppliant. Les harmonies sont dures, le piano implacable, et l’apaisement du solo final reste teinté d’angoisse. Si l’on ne perçoit pas toujours simplement le lien entre les pièces - toutes interprétées avec brio par l’ensemble des artistes -, et les extraits dont elles s’inspirent, les œuvres ont en commun une certaine dimension spirituelle, et les enchaînements sont fluides. Un très beau disque, et assurément de belles découvertes chorales !


Marie Humbert

 

La Sonate pour piano de Tara Guram est une œuvre très colorée, et pas uniquement par les titres de ses mouvements, « Blue Andante », « Green Sunny Day » et « Black Finale ». Les deux premiers mouvements, très brefs, offrent cependant des couleurs très brillantes, avec parfois un aspect jazz très typique des États-Unis, mêlé de touches qui rappellent parfois certaines pièces de Ligeti, comme son étude Arc-en-ciel. Le troisième mouvement, bien plus long, a un côté beaucoup plus larmoyant, avec ses balancements d’accords dans les graves et sa mélodie modale. Rough Trick de Carla Lucero commence comme une caresse, cependant la pièce s’accidente bien vite avant de laisser le silence envahir l’atmosphère créée. The Capture, en revanche, est beaucoup plus mélancolique, montrant une autre facette de la compositrice. Les accords se plongent dans les graves pendant que la mélodie s’active brillamment.


Gabriel Navaridas

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