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Ruth Gipps, Orchestral works (Vol. 2)

Dernière mise à jour : il y a 5 jours

14 octobre 2022


Chandos

Ruth Gipps

Chanticleer Overture, Op. 28

Concerto pour hautbois, Op. 20 (Hautbois Juliana Koch)

Death on the Pale Horse, Op. 25

Symphonie No. 3, Op. 57 BBC Philharmonic Orchestra, dir. Rumon Gamba



Dans ce disque, la compositrice Ruth Gipps (1921–1999) apporte la preuve, s’il en était besoin, que les hommes n’ont pas le monopole de la composition de musique épique. Elle n’a rien à envier dans ce domaine à John Williams ou Hans Zimmer pour transporter l’auditeur·ice dans une aventure pleine de danger, de suspense et de courage. Les deux poèmes symphoniques, le concerto et la symphonie qui composent ce disque offrent un bel aperçu de l'œuvre de la compositrice et donnent envie d’en découvrir encore davantage.


Composée en 1944, la Chanticleer Ouverture (Op. 28) évoque l’espoir qu’enfin cesse la violence qui s’est abattue sur l’Angleterre. Les premières minutes de musique peignent, à l’aide de vents énigmatiques, un paysage apocalyptique, qui laisse peu à peu place à une musique dansante et pleine de vie, portée par le thème des violons. Les bois du BBC Philharmonic Orchestra, expressifs et chaleureux, sont particulièrement mis en valeur. La baguette de Rumon Gamba parvient habilement à guider l’orchestre à travers les nombreuses variations de couleurs et de tempo.


Le premier enregistrement du Concerto pour Hautbois (Op. 20), est la pièce maîtresse de la première partie du disque. Ruth Gipps, qui était pianiste et hautboïste, offre ici à son instrument une magnifique déclaration d’amour, qui a toute sa place dans le répertoire de chaque hautboïste. Pour jouer cette œuvre exigeante, le BBC Philharmonic est accompagné par Juliana Koch, hautbois solo du London Symphony Orchestra. Elle déploie dans cet enregistrement une palette de jeu qui vaut à elle seule l’écoute. Rien ne semble difficile à cette immense interprète qui s’amuse de chaque exigence de la partition : virtuosité, tessiture, tenue de phrases interminables…. Son son rond et lumineux, bien servi par la prise de son, et sa rigueur technique subjuguent tout au long de la pièce. Dans l’ « Allegro moderato » du premier mouvement, le hautbois solo oscille entre le dialogue joyeux que lui proposent les cordes et des tonalités plus inquiétantes. Jusqu’à la fin du mouvement, le suspense persiste quant au vainqueur de cet affrontement – il faudra écouter le disque pour le découvrir. Une écriture subtile et mouvante permet cet équilibre. Le second mouvement « Andante » est dominé par la nostalgie du hautbois solo. La liberté et l’aisance du jeu de Juliana Koch font parfois oublier qu’il s’agit d’un concerto et non d’une déambulation, voire d’une improvisation soliste. Pour clore ce réjouissant concerto, le hautbois entraîne enfin l’orchestre dans une danse joyeuse et virtuose durant l’ « Allegro vivace » du final.

Le poème symphonique Death on the Pale Horse (Op 25) est la pièce la plus sombre du disque. Ruth Gipps y déploie une orchestration très riche, aux accents parfois malhériens, qui fait notamment la part belle aux cuivres. Aux solos déchirants de vents répondent des thèmes de cordes qui semblent tenter de réanimer le pauvre mort sur son cheval blanc. Cette répartition des tâches dans l’écriture est récurrente dans œuvres de la compositrice présentées ici. Ramon Gamba maîtrise totalement la progression de la tension dramatique tout au long de la pièce.


La Symphonie n°3 (Op 57) clôt ce disque dense. Le premier mouvement, « Moderato » est placé sous le signe de l’épopée, de l’aventure dramatique. Ruth Gipps y fait habilement s’enchaîner des passages épiques - où l’orchestre au complet semble faire face à un grave danger - et de joyeuses et tranquilles prises de paroles individuelles (superbes solos de violon et de cor notamment). Ce tourbillon d’émotions est réalisé avec beaucoup de finesse : on passe d’une couleur à l’autre de manière évidente, comme un bon roman d’aventure fait se succéder scènes de batailles et d’amour. Le second mouvement, « Thème et variations », déploie tout le talent d’orchestratrice de Ruth Gipps. Dans le surprenant « scherzo » qui suit, après une introduction orchestrale virtuose, un déchirant trio de cordes offre une pause de douceur bien méritée. Enfin, la symphonie se clôt par un « Finale » qui, s’il traîne parfois en longueur, permet à la compositrice d’apporter une fin apaisée au tableau bâti dans les premiers mouvements. Peu à peu, la colère et la passion virtuoses cèdent la place à des chants solistes - magnifique violoncelle, basson touchant… Les dernières minutes, particulièrement réussies, nous font quitter l'œuvre ébloui·e·s.


On ne peut que remercier Ramon Gamba et le BBC Philharmonic Orchestra pour cet enregistrement qui fait (re)découvrir une compositrice passionnante !


Marguerite Clanché






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