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Santa Ratniece - Vigilia del Mattino

Dernière mise à jour : août 19

5 mars 2021

Santa Ratniece :

Vigilia del Mattino

War Sum Up - Music. Manga. Machines

Fuoco celeste

Nada el layli

Choeur de la Radio lettone



L’excellent Choeur de la radio lettone (Latvian Radio Choir) met à l’honneur la compositrice lettone Santa Ratniece dans son dernier album « Vigila Del Mattino », sorti le 5 mars 2021.

L’album est centré autour de l’opéra contemporain WAR SUM UP. Music. Manga.Machines, composé en 2011, pour 12 voix et musique électronique. Trois pièces vocales conséquentes complètent l’album : Vigilia del Mattino pour harpe et choeur mixte (2017), Fuoco celeste pour violoncelle et choeur mixte (2011), et Nada el Layli (2015) pour kemençe, kanoun (instruments traditionnels respectivement turc et byzantin) et choeur mixte, sur un texte tiré du cantique des cantiques.

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La pièce centrale, l’opéra WAR SUM UP. Music. Manga.Machines, a été primée à de multiples reprises, et a été notamment jouée en France, au Théâtre de Caen, en novembre 2017. La compositrice lettone a collaboré avec deux autres compositeurs, à savoir l’association britannique de musique pop expérimentale The Irrepressibles, et le maître français de l'électronique Gilbert Nuno. L’album reprend des parties de l'opéra composées par Santa Ratniece, et y inclus des éléments électroniques créés par Nuno.

À l’occasion des représentations publiques de cet opéra-tragédie, la scénographie reposait sur un univers inspiré du théâtre Nô et des bandes-dessinées japonaises, les mangas. Les trois personnages principaux de l'œuvre, le Soldat, l’Espionne et le Guerrier, sont trois figures emblématiques de la guerre qui évoquent un monde où hommes, machines et électronique sont inextricablement mêlés.

L’opéra est composé de sept courtes pièces. La première fait la part belle à une voix de femme, proche et presqu’incantatoire, la mélodie empruntant par instants les mélismes des voix baroques ou la douceur propre à la prosodie grégorienne. Dans le second mouvement, sons électroniques, cordes et voix plus sourdes s’ajoutent à cette mélodie du fond des âges, qui s’assombrit, se tend, puis se relâche.

La tension demeure dans la troisième pièce : la voix humaine a disparu, et les cordes règnent, dans un univers étrange et mystérieux de crissements, bulles et craquements électroniques. Dutilleux (Tout un monde lointain) n’est pas très loin. Soudain, le relâchement : la paix revient dans le quatrième mouvement, c’est le chœur a capella qui rappelle que l’homme demeure, en maître de la machine. Dans un style quasi minimaliste, la compositrice lettone emprunte à Arvo Pärt de belles couleurs et agencements vocaux.

La cinquième pièce plonge l’auditeur dans un monde onirique. Soliste et cordes entament une danse majestueuse : on imagine bien le vol d’un oiseau rare, perdu dans une forêt chatoyante. Il vogue calmement à travers les lianes, dans le clair-obscur de ce bois centenaire. Dans la sixième pièce, l'électronique et le chœur se rappellent à nous. Les paroles scandées par le chœur se répètent et créent un effet d’écho : le bel oiseau voyageur poursuit son chemin, alors les êtres peuplant le bois magique s’animent peu à peu, et font entendre, au cœur de celui-ci, leurs voix et leurs chants. Le rêve se poursuit.

Enfin, pour clore l’opéra, la soliste et le choeur entament une dernière mélodie. De caractère presque religieux, la lamentation commune emprunte des couleurs d’Orient et d’Occident, et s’égrène en alternance entre la schola et le chantre. Le repos, et pourquoi pas la paix, pourraient-ils, in fine, triompher ?



Pierre Tiberghien



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