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Sentiments et réjouissances - Florilège #13

Dernière mise à jour : août 19



Novembre est là et les habituels albums de noël font leur apparitions dans les labels britanniques. On ne parle pas de quelques festifs classiques parfois trop entendus : outre-manche, la tradition est bien ancrée, et est le terrain de nombreuses écritures et réécritures qui enrichissent chaque année le répertoire choral. “A Ceremony of Carols”, qui s’articule autour de la pièce du même nom de Britten, présente ainsi un mélange de nouveau et d’ancien, de Michael Praetorius à Dobrinka Tabakova. C’est avec le superbe Drop down, ye heavens, from above de Judith Weir que The Choir of Queen’s College (Oxford), dirigé par Owen Rees, ouvre l’album. Quelques accords frissonnants, une atmosphère tout à la fois recueillie et pleine d’espoir, pour poser le cadre d’un album réussi. Good-will to men, and peace on Earth (Tabakova) se veut populaire et joyeuse, et l’effet est réussi grâce aux claquements de mains qui ponctuent une mélodie fluide qui laisse toute la place au texte. La pièce O virga ac diadema d’Hildegard von Bingen est interprétée avec toute la pureté céleste du plain chant, sans arrangement harmonique. On revient au contemporain avec Cecilia McDowall et son Now may we singen jubilatoire, évocateur (les pédales de voix de basses font leur effet), brillant … C’est officiel, Noël n’est plus loin !



Marie Humbert

Stelle Lucenti présente un panel d’œuvres de stars de la période baroque. Parmi Claudio Monteverdi, Diego Ortiz, Jacopo Peri, on trouve Barbara Strozzi. Et si ce n’est qu’un air (« Lagrime mie ») de la cantate Diporti di Euterpe qui nous est présenté, Mike Fentross (luth), Emma Huijsser (harpe), Paulina Van Laarhoven (viole) et Claron McFadden (soprano) nous présentent une pièce plein de douceur et de mélancolie. Le continuo de luth, de harpe et de viole répond à une Euterpe éplorée, dont les larmes ne font pourtant pas trembler la voix. Mais les larmes sont présentes, dès le début, avec les intervalles de seconde mineure tantôt descendant tantôt ascendant tandis que les ornements dessinent à eux seuls les chevrotements de la tristesse, alors que le texte est superbement rendu en musique. En dépit de la longueur de l’aria, qui est le plus imposant de l’album (9’36), on se laisse facilement transporter par ce chef d’œuvre vocal.


Gabriel Navaridas

En première mondiale, Aude Pivot et Laurent Martin jouent dans cet album le chef d'œuvre oublié qu'est la Sonate dramatique "Titus et Bérénice" de Rita Strohl (1898). Cette œuvre, géniale et torturée, revit grâce à une interprétation très engagée qui pousse le violoncelle dans ses retranchements dans le registre et les nuances qu'il est capable d'exprimer, révélant ainsi la rare complexité mélodique de l’œuvre, et permettant, comme Rita Strohl le souhaitait, une véritable construction narrative : en effet, cette sonate, en rupture avec les canons musicaux de son époque, a l'ambition de retracer en tableaux les moments cruciaux de la plus subtile des tragédies raciniennes. Ainsi chaque note est investie d'une énergie éperdue, qui libère enfin l'émotion puissante que l'oubli de cette œuvre a trop longtemps réduit au silence. La profondeur et la force des couleurs créées sont remarquables pour cet effectif, l'interprétation ne s'épargne aucune prise de risque, et réussit à trouver les sons libérés et exaltés, ou alors écrasés et déchirants en parfaite résonance avec l'ambition musicale de l'œuvre. L'enregistrement en complément de la mélodie "Solitude", cantilène admirable composée par Rita Strohl lors de ses études de piano, comporte divers éléments réemployés dans la Grande sonate dramatique montrant en partie la genèse de l'œuvre. La juxtaposition avec la Seconde sonate pour violoncelle et piano de George Onslow, d'un romantisme plus conventionnel, permet à l'auditeur de mieux comprendre la rupture représentée par l'œuvre de Rita Strohl par rapport au contexte musical dont elle est issue. Isolée en Bretagne après de brillantes études au conservatoire, la compositrice a bâti ses propres registres d'expression, et inventé une modernité singulière qui se distingue nettement du debussysme naissant, caractérisée par une construction mélodique très spontanée, proche du flux de pensée, qui s'allie à une maîtrise parfaite des moyens du néoromantisme. Originale, lyrique, éclectique et géniale autant dans sa maîtrise harmonique que dans son talent mélodique, la sonate dramatique de Rita Strohl est un véritable chef d'œuvre ! A ré-écouter d’urgence !


Félix Wolfram

La plus grande maîtrise des interprètes de cette deuxième version de la Grande sonate dramatique, Edgar Moreau et David Kadouch, fait parfois passer l'émotion au second plan mais permet de mieux apprécier la structure, et le développement de l'œuvre. Le talent des deux jeunes solistes apporte une clarté et une fraîcheur à cette sonate, interprétée avec beaucoup de précision. Cette interprétation plus rigoureuse met en avant l'écriture de Rita Strohl, avec une plus grande place accordée au piano, qui participe de

manière plus équilibrée à la dynamique que dans l'enregistrement d’Aude Pivot et Laurent Martin. On redécouvre ainsi une complexité rythmique et harmonique qui montrent le talent et l'inventivité de Strohl. La juxtaposition avec la Sonate de Francis Poulenc (peut-être plus adaptée au jeu d'Edgar Moreau), toujours un peu canaille et laissant étrangement entendre certaines influences communes, est un excellent choix pour mettre ces deux œuvres en valeur, Poulenc étant adepte des mêmes

approches éclectiques que Rita Strohl, en préservant son indépendance par rapport aux courants dominants, tout en arrivant à des conclusions esthétiques différentes dans l’élaboration de son registre musical. L’humour de Poulenc complète ainsi parfaitement, à l’écoute, la sincérité lyrique de Rita Strohl, et donne envie de réécouter le disque dès qu’il se termine.


Félix Wolfram


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