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Sorties contemporaines - Florilège

19 février 2022

Avec Gris-Brume, sa nouvelle composition pour violoncelle et piano, Camille Pépin nous propose un duo tant rêveur qu’endiablé, incarné de manière très convaincante par Yan Levionnois et Guillaume Bellom. La pièce s’ouvre sur un tapis pianistique sombre, au-dessus duquel se superposent les longues harmoniques du violoncelle, ponctuées de pizzicati. Cette mystérieuse brume musicale s’étoffe au fur et à mesure, au travers de courts arpèges du violoncelle. Elle finit par se lever pour laisser place à un thème empreint d’une grande nostalgie, dont la richesse harmonique, renforcée par les nombreuses doubles cordes du violoncelle, apporte une belle intensité. La suite de la pièce alterne entre ces chants presque romantiques et un dialogue impétueux rythmé par des triolets donnant l’illusion d’une folle course entre les deux instruments. Grâce à l’énergie et à la fougue des derniers triolets, il nous semble bien qu’à la fin, la brume finit par se lever. Très imagé, très contrasté, ce duo est par ailleurs interprété avec une grande complicité de la part des artistes, complicité qui peut être tant écoutée qu’observée dans le clip vidéo de la pièce, également dirigé par Camille Pépin.


Noémie Bruère

 

Répertoire ambitieux, sans angles morts, et magnifiquement exécuté : l’ensemble vocal Singer Pur livre ici un album inspiré, panorama de l'œuvre chorale des compositrices d’hier et d’aujourd’hui. L’effectif est inhabituel : une soprano, 3 ténors, et 2 barytons. La couleur résultante est donc particulière, mais offre à la fois la richesse versatile des voix d’hommes et le timbre d’une soprano. Des trois madrigaux nichés au cœur de l’album, « Nel discostarsi il sole » de Cesarina Ricci de Tingoli est celui qui convainc le plus, malgré le côté un peu trop sage de l’interprétation qu’on peut aussi regretter dans ceux de Casulana et Aleotti. Dans le trio romantique Mendelssohn, Andrée, Schumann, c’est Ur drömliv I d’Andrée qui sort du lot avec son phrasé doux et chaleureux. Les arrangements de musiques traditionnelles, sacrées ou profanes, et autres folksongs sont d’ailleurs un grand point fort de l’album : Heyr Þú Oss Himnum Á (Thorvaldsdottir), arrangée d’un psaume islandais, est une merveille. On y trouve une atmosphère de prière qui répond parfaitement, à quelques siècles de distance, à la pièce d’Hildegarde de Bingen entendue juste avant. Wiegala, berceuse poignante de la compositrice juive Ilse Weber, est un autre exemple particulièrement réussi. Les deux arrangements de la coréenne Junghae Lee montrent l’aisance du groupe à se glisser dans ces différents univers populaires, du plus nostalgique au plus joyeux. Côté contemporaines, il reste à citer Joanne Metcalf dont Among Dark Whirlwinds, où les inspirations sacrées se mêlent aux couleurs modernes, ouvre l’album ; Eva Ugalde Alvarez, à l’écriture très imagée que Singer Pur parvient à rendre avec clarté et musicalité ; Kathryn Rose et son poétique et contemplatif Fall, Leaves, Fall ; Stanislava Stoytcheva et Katarina Pustinek Rakar, et leurs couleurs jazzy qui réussissent si bien à l’ensemble. Avec tant d’esthétiques, le fil rouge de l’album est la mélancolie qui teinte une grande partie des pièces, et le superbe travail de son, de variations des couleurs et des nuances, que réalise Singer Pur.

Marie Humbert

 

Dans ce nouvel album, l’ensemble Eight Strings and a Whistle présente plusieurs pièces de divers compositeur.rice.s contemporain.e.s, parmi lesquelles se trouvent 2 Journeys de la compositrice Pamela Sklar, composée pour flûte, alto et violoncelle. Les deux mouvements qui composent l’œuvre ont un caractère contemplatif et des harmonies parfois sombres et inquiétantes. L’écriture est principalement constituée de longues tenues confiées à chacun des instruments. De courts motifs se superposent à ces longues plages sonores et sont dans certains cas suivis de glissendi qui procurent une sensation de chute et de vertige. Par ce biais, la compositrice souhaite explorer le thème du voyage intérieur, comme le précise le titre du deuxième mouvement : « The Inward Journey ». Par la subtilité des nuances et une maîtrise parfaite du vibrato, les interprètes parviennent à créer une atmosphère planante dans laquelle la sensation de tempo s’efface complètement. Ils soulignent ainsi la grande continuité de l’écriture tout en opérant de subtils changements de couleurs et d’ambiances. Voilà qui correspond en tous points au projet de l’album, qui renvoie par son titre … and nothing remains the same… aux cycles de transformation qui définissent l’existence humaine.


Aurianne Bec

 

Dans son album « Transformation », la violoniste Lea Birringer s’empare du répertoire pour violon solo, et plus spécifiquement retrace son évolution depuis les sonates et partitas de J.S Bach. La par.ti.ta pour violon solo de la compositrice russe Lera Auerbach (1973- ) clôt le programme, en dix mouvements totalisant une vingtaine de minutes. Les partitas de Bach sont certes des suites de danses, mais elles sont surtout l’expression d’une virtuosité maximale : c’est bien cette caractéristique qu’Auerbach explore. La compositrice exige de son interprète énormément de réactivité pour passer d’un mode de jeu à un autre, d’un caractère à un autre. Elle sollicite abondamment les aigus, impressionnants de clarté chez Lea Birringer, tant dans les piano que les forte. La difficulté est de trouver la direction musicale à donner au sein de chaque mouvement, notamment les plus suspendus, et de donner une cohérence aux changements abrupts d’atmosphère. Lea Birringer y parvient en conservant un style de jeu quasiment sans vibrato, très précis, qui donne de la transparence à l’écriture. Elle fait également ressortir les éléments qui se répondent et le mélange subtil entre la voix propre d’Auerbach et ce qui s’inspire de Bach, qui disparaît progressivement au fil des mouvements.

Marie Humbert

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