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Souffle, chant et expression - Florilège

29 janvier 2021


The Voices of Air est un disque comme on en voit peu, offert par la tromboniste JoDee Davis. Avec 4 œuvres pour trombone et piano commissionnées pour ce disque, auxquelles s’ajoutent 3 pièces pour trio de trombones, c’est un nouvel univers sonore pour les habitué.e.s des symphonies, sonates pour piano ou quatuors à cordes. En 4 mouvements, The Voices of Air de la compositrice Victoria Bond explore le souffle et les nombreuses sonorités du trombones : le jeu joyeux du presque jazzy “Airplay” semble familier, entre piano rythmique et trombone triomphant ;“Floating on Air” est un grand moment de poésie, aérien et éthéré, où le piano de Dan Velicer peint un scintillant tapis de notes minimaliste sur lequel vient se poser un trombone mélancolique. “Breath” et “Breathless”, 1er et 4e mouvements, se répondent dans leurs atmosphères interrogative d’une part, inquiète et haletante d’autre part. Autre compositrice, autre style : dans Legacy, Jennifer Higdon fait chanter le trombone et opte pour un accompagnement au piano moins volubile, qui s’attache à faire ressortir les harmonies ou à opposer de léger contrechants au trombone. La pièce n’est pas sans moments de virtuosité, et l’intensité musicale se joue dans le timbre du trombone, ses longues phrases et ses vocalises. On ne peut que conseiller de découvrir le reste de l'œuvre imagée de Higdon, du Concerto pour alto… aux Trumpet songs.


Marie Humbert

Deux trios arméniens, un trio argentin : le programme du Trio de l’Île, qui allie la musique de Chebotaryan à celle de son compatriote Babadjanian et aux plus classiques Quatre Saisons de Buenos Aires de Piazzolla, pourrait sembler décousu. C’est sans compter la vigueur impressionnante, la tension constante, qu’entretiennent les trois musiciens tout au long de cet album riche en couleurs.

En une petite dizaine de minutes, le Trio de la compositrice Gayané Chebotaryan juxtapose un nombre impressionnant d’atmosphères distinctes : à une introduction en pizzicati rythmée, à mi-chemin entre danse et parade militaire, succède une section plus mélancolique, où le violon semble improviser arpèges et ornementations sur une mélopée sentimentale, section qui explose à son tour dans une cadence de cordes théâtrale, qui est l’occasion d’admirer les graves clairs et doux du violoncelle. Si les trois instrumentistes vont chercher, dans les passages les plus sombres, des nuances piano très intérieures, ils évitent à tout prix de perdre la tension du timbre et ne laissent jamais s’essouffler le vibrato. Le résultat ? Des thèmes chantés envoûtants, qui marient le violon exalté d’Uliana Drugova au violoncelle désespéré de Dominique Beauséjour-Ostiguy. Si le piano de Patil Harboryan peut sembler par instants un peu trop percussif, il apporte une assise rythmique inébranlable et se joue des accents avec une réelle espièglerie. Seul regret : un léger déséquilibre dans la prise de son, qui semble parfois reléguer le violon à l’arrière-plan. Ce petit bémol n’altère toutefois en rien la valeur de cet enregistrement, à ce jour le plus abouti du Trio de Chebotaryan.


Clara Leonardi

Avec ce nouvel album au titre on ne peut plus mystérieux, Paul Hillier renoue avec la musique sacrée et notamment celle d’Arvo Pärt. Avec son chœur Ars Nova Copenhagen, le chef nous propose un programme mêlant la musique du compositeur estonien à des chants toscans du XIIIe siècle issus du recueil Laudario di Cortona mais également à celle de deux compositrices, Caroline Shaw et Julia Wolfe. Le recueillement et la méditation règnent sur cet album qui est un appel à la tranquillité et au calme. and the swallow de Caroline Shaw, basé sur un extrait du Psaume 84, ouvre l’album et installe ce climat profond et spirituel qui l’habite. La plénitude domine cette courte pièce, l’écoute est simple, on ne peut que se laisser bercer par les douces harmonies. Shaw, qui connaît bien l’écriture pour chœur, joue sur les différents modes d’émission du son. De la bouche fermée au tremolo, le chœur passe par tous les modes pour nous élever. L’athéisme semble bien difficile après coup ! La pièce de Julia Wolfe, Guard my Tongue, basée cette fois sur le Psaume 34, est plus développée. D’emblée un ostinato sur les mots du titre est installé. Les voix évoluent autour de lui dans de longues tenues provoquant des dissonances piquantes. S’installe alors une atmosphère de rituel, l’ostinato s’étire, les voix s’entrechoquent et la transe nous saisit, la musique pourrait s’éterniser à l’infini, on est pris dans ses rouages ; entré dans le cercle, on ne peut plus en sortir. L’ostinato s’intensifie jusqu’à en devenir insupportable et tout d’un coup le silence règne pour laisser place à un nouvel élément répété, plus contrapuntique et qui laisse moins de place à un nouvel état de transe. L’ambiance est finalement assez inquiétante, les voix émergent de toute part, on est noyé sous la vocalité. À travers ce mouvement perpétuel le verbe est éclaté, les mots perdent de leur sens, seule règne la musique. Ces deux pièces aux personnalités si fortes sont sublimées par l’interprétation exceptionnelle du chœur et la qualité de l’enregistrement qui nous permet d’être absorbé et hypnotisé par ces voix au timbre si doux.


Martin Barré



Nous avons découvert fin novembre le nouveau disque de la soprano Katharine Dain, qui compile des pièces pour voix et piano de compositeur.rice.s du XXème siècle. Au fil des différentes œuvres, nous avons pu apprécier la clarté et l’articulation de la voix soliste, qui conserve une chaleur et une émotion très spéciales, dans un répertoire souvent sombre et minimaliste. Katharine Dain a notamment inclus dans ce disque au titre évocateur plusieurs pièces de Claire Delbos, violoniste et compositrice française du début du siècle dernier, et de Kaaija Saariaho, compositrice contemporaine finlandaise.

Regards vers l’infini débute et termine par deux pièces de Saariaho, très imagées, très aériennes. Dans “Parfum de l’instant”, extraite des Quatre Instants, on remarque la ligne mélodique assez contenue de la voix, superposée aux envolées aériennes du piano, dont les multiples intervalles augmentés créent une atmosphère mystérieuse et éthérée. Le vibrato léger des notes longues se marie avec le caractère tempétueux du piano, dans une harmonie surprenante mais tout en finesse. Nous retrouvons cette complémentarité dans Il pleut, qui clôture ce disque. Une pièce marquée par les gammes chromatiques descendantes, égrenées par le piano. Les parties chantées sont plutôt brèves, contenues, comme de douces ponctuations contemplatives au-dessus de ces gouttes de pluie, légères et incessantes.

On est donc ravi.e de découvrir plus en profondeur, dans les pièces de Claire Delbos, toute l’étendue de la texture vocale de Katharine Dain. Les deux œuvres proposées sont extraites de L’âme en bourgeon, huit poèmes de Cécile Sauvage qui sont mis en musique par la compositrice. Dans le premier, “Dors, la chanteuse récite chaque phrase sur une note unique. Les changements de vibrato et la prononciation douce mais marquée donnent une véritable direction à la partie chantée. “Ai-je pu t’appeler de l’ombre” est structuré comme un dialogue un peu décousu, sombre, mais qui nous laisse apprécier des lignes mélodiques plus longues et la diversité de registres de la voix de Katharine Dahl.


Noémie Bruère


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