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Strozzi, Farrenc, Chaminade et œuvres pour cor - Florilège

20 novembre 2021

On ne présente plus Barbara Strozzi qui est l’une des rares compositrices dont l’œuvre a fait l’objet de nombreux enregistrements bien que son apparition dans les programmes de concert soit encore trop rare. C’est à cette figure phare de la musique baroque italienne que l’ensemble Canto Fiorito dédie son premier album, La Voce sola, chez Brilliant Classics. Le titre souligne le fait que la quasi-totalité de l’œuvre de Strozzi est écrite pour voix seule et celle de la mezzo-soprano Renata Dubinskaité, qui fait ses débuts auprès de l’ensemble, relève pleinement le défi d’un disque solo. La double casquette d’interprète/chercheuse de la chanteuse donne à l’album une légitimité historique qui vient contraster avec d’autres enregistrements consacrés à la compositrice. L’ensemble voyage entre les huit opus qui constituent l’œuvre éditée de Strozzi, nous donnant à entendre autant des pièces maintenant célèbres comme le sublime Che si può fare tiré de l’opus 8 que des œuvres non éditées comme la Cantata a voce sola di diversi auttori qui est enregistrée pour la première fois. Dubinskaité nous livre une interprétation d’une grande intensité dramatique, particulièrement prégnante dans des œuvres chargées émotionnellement comme le déchirant Lagrime mie. La dramaturgie presque sensuelle dont fait preuve Dubinskaité est soutenue par des instrumentistes de talent qui n’hésitent pas à aller chercher des modes de jeu qui peuvent surprendre pour installer cette atmosphère qui oscille entre chaleur et douleur. On saluera au passage les talents de l’interprète qui tient la flûte à bec dont les nombreux soli viennent dialoguer avec la voix comme une seconde chanteuse et dont la sonorité si douce vient conférer une identité nouvelle au Che si può fare pourtant déjà maintes fois enregistré. L’interprétation si personnelle que nous livrent l’ensemble et la chanteuse ne pourrait être aussi réussie sans la grande qualité d’enregistrement qui nous permet de déguster toutes les subtilités de timbre des instruments.


Martin Barré

 

Daniele Orlando au violon et Linda di Carlo au piano nous proposent, dans ce disque labélisé Brilliant Classics, trois œuvres pour piano et violon de la compositrice française Louise Farrenc. Tout d’abord, les Variations concertantes sur une mélodie suisse, Op. 20 qui nous offrent, à défaut d’une mélodie typiquement helvète, un sujet de variation bien dans l’air du XIXe siècle. Tantôt brillante, tantôt de caractère, les différentes variations se succèdent, de l’introduction « Andante Maestoso » au finale « Vivace ». La Sonate no 1 en do mineur, Op. 37 est autrement plus sérieuse et grave, notamment dans le premier de ses trois mouvements « Largo-Allegro ». Les accents dramatiques de ce premier mouvement contrastent largement avec le « Poco Adagio » du deuxième mouvement, beaucoup plus lyrique. La Sonate no 2 en la majeur, Op. 39 est d’aspect beaucoup plus classique, et par beaucoup de points plus heureuse que la précédente sonate. On y trouve des thèmes beaucoup plus concis, et un accompagnement plus calme et léger. Le troisième mouvement, un « Adagio » aux aspects mozartiens est aussi la page la plus réussie de cette œuvre, mariant à ravir le violon au piano.

Gabriel Navaridas

 

L’américaine Lin Foulk Baird est la ComposHer des cornistes ! Elle recense sur son site internet les œuvres pour cor écrites par des femmes. Le disque s’inscrit dans ce projet. Elle y interprète avec la pianiste Martha Fischer neuf œuvres pour piano et cor, composées dans la seconde moitié du XXème siècle en France, Belgique ou Amérique du Nord. Les pièces sont variées, allant du romantisme à des écritures plus contemporaines (Pour le Cor d’Odette Gartenlaub et Four Elements d’Ann Callaway). Lin Foulk Baird fait preuve d’une belle maîtrise de son instrument, tant dans les pièces classiques que lorsque l’écriture est plus inventive. Son jeu est assuré, la plupart du temps précis. On peut simplement regretter un manque de rondeur dans les graves. L’enregistrement met moins en valeur le piano de Martha Fischer, très (trop ?) clair.


Le disque s’ouvre sur la très belle sonate de Jane Vignery, intense, pleine d'émotions et riche dans l’écriture, tant dans la partie de cor que de piano. L’interprétation de Lin Foulk Baird y est particulièrement convaincante, avec des aigus d’une grande clarté et un sens profond du phrasé, qui fait pardonner quelques accros. Le second temps fort du disque est l’œuvre éponyme Four Elements d’Ann Callaway. Quatre courtes pièces sont autant d’évocations des quatre éléments (vent, eau, terre et feu), au cours desquelles la compositrice utilise avec malice les multiples possibilités sonores du cor comme du piano. Si toutes les œuvres du disque n’ont pas le même intérêt, les mélodies proposées par les interprètes sont autant de pièces à ajouter au répertoire des cornistes confirmés.

Le disque apporte donc un souffle rafraîchissant au répertoire des cornistes, et une belle mise en valeur de l’instrument. Pari réussi pour Lin Foulk Baird !

Marguerite Clanché

 

Quarant(ain)e est le second album issu de la fructueuse collaboration entre la violoncelliste Oihana Aristizabal Puga et la pianiste Lineke Lever, qui depuis 2015 ont formulé une ambition originale : illustrer par la musique des périodes et leurs contextes historiques et intellectuels. C’est ainsi qu’elles ont mis en exergue dans l'album "la lecture, sur Suzanne Manet" (2020, TRPTK), la vie et l'héritage de Suzanne Manet, pianiste néerlandaise et épouse d'Edouard Manet, par l'interprétation de morceaux et la lecture de textes témoignant de sa sphère d'influence et sources d'inspiration.


Cette fois-ci ce sont les anniversaires concomitants des deux membres du duo qui inspirent un album discrètement biographique. Rappelant à travers deux poèmes lus et chantés les origines basque et hollandaise des musiciennes, son fil conducteur est l’âge des compositeurs.rices au moment de l’écriture des pièces : quarante ans.


Parmi des morceaux de Respighi, Saint-Saëns, et Franck Bridge, une part belle est faite par le duo aux œuvres de Cécile Chaminade. Quatre chansons (Ma première lettre, L’amour captif, Chanson triste, et Mots d’amour) de l’illustre compositrice y sont jouées, dans un arrangement pour violoncelle et piano. Toutefois, un usage très (trop ?) parcimonieux du vibrato au violoncelle fait regretter le texte de Rosmonde Gérard pensé pour Mezzo-Soprano. Le jeu de Lineke Lever au piano est quant à lui sans aspérités, un peu noyé au montage par les choix techniques de la production, qui peinent à faire ressortir les dialogues entre les deux instruments.


On se pose la question suivante : doit-on vraiment jouer les œuvres de compositrices pour violoncelle avec un tel jeu réprimé, enfantin et naïf ? L’exaltation Chaminadienne ne trouverait-elle pas mieux sa place dans un jeu plus large, plus proche de la voix humaine ? Toutefois, peut-être que mes appréhensions face à cette interprétation méritent d’être réfutées par la réhabilitation d’un goût louable pour le minuscule, la candeur, et le désir d’une voix plus intime, confinée, et qui dépasserait en humanité et en vérité toutes ces voix tonnantes et masculines qui assènent les notes et ne laissent plus de place à la mélodie…Toutefois, en deçà de ces considérations, l’impression qui ressort à l’écoute est que le duo n’arrive pas à investir pleinement ces mélodies de Chaminade, que l’on souhaite entendre dans d’autres enregistrements au plus vite !


Félix Wolfram

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