• ComposHer

Textes, hymnes et discours musicaux - Florilège #15



La jeune et talentueuse compositrice anglaise Rhiannon Randle dévoile un O Nata Lux sobre et équilibré. Tout en teintes de Turner, aux nuées ténébreuses succèdent les teintes crépusculaires, et finalement, aux supplications des fidèles répondent les premières lueurs du jour : nettes, vives et libératrices.

L’approche syllabique et la simplicité rythmique employées par la compositrice contemporaine rend la part belle à ce bel hymne de la Transfiguration (XIIème). Des harmonies fines naissent de phrasés adroits, et concluent des lignes souvent nées d’unissons. Le verbe s’est fait cher, l’humanité est sauve. On perçoit le monde en écho (redemptor saeculi).

Alors que la pièce débute dans des teintes plus ternes, les demandes des fidèles, relayées par l’emploi du style fugué et l’alternance des quatre voix, se font de plus en plus pressantes. Si dans un premier temps, ces demandes paraissent sans issue, la seconde partie de la pièce laisse entrevoir qu’un espoir demeure. Les harmonies, plus chaudes et colorées, s'immiscent et transpercent le brouillard ambiant installé en première partie. O nata lux de lumine, Lumière née de la lumière, c’est bel est bien, d’un premier souffle au dernier, dans une riche palette d’harmonies, ce que nous offre à contempler cette belle version contemporaine a capella de l’hymne millénaire, par les Zurich Chamber Singers.



Pierre Tiberghien

C’est une pièce d’Henriette Renié, inspirée de la nouvelle Le cœur révélateur d’Edgar Allan Poe, qui ouvre le dernier disque de la harpiste allemande Julia Wacker. Un disque réussi, qui alterne des lectures de textes de l’auteur et des pièces de musique française et suisse relativement méconnues. Entre le style de la compositrice et celui de l’écrivain, le lien est évident, tant l’écriture de la Ballade fantastique est narrative et riche en symboles. Renié use de très nombreux effets pour varier les sonorités explorées : les harmoniques contribuent à instaurer une atmosphère mystérieuse dans la première section de la pièce, lente et quasi improvisée, alors que la section suivante, allegro, fait la part belle aux cordes étouffées qui laissent poindre une sensation d’angoisse. Si l’écriture se fait par instants plus délicate, avec des arpèges scintillants qui émergent dans les aigus de la harpe, cela ne dure jamais longtemps : les graves de l’instrument sont privilégiés par Renié, et les rares thèmes chantés qui émergent parfois n’en sont que plus sombres. L’inquiétant motif de sicilienne, abondamment répété, est souligné par Wacker, notamment lorsqu’il vient interrompre les quelques forte lumineux de l'œuvre, qui font figure d’épiphanies. Seul (petit) bémol : le rubato généreux de l’interprète vient parfois brouiller les rythmes syncopés développés par la compositrice, que l’on aimerait mieux percevoir. Cela n’occulte en rien la richesse de son jeu imagé, qui sert à la perfection une pièce pleine de rebondissements.


Clara Leonardi

En 2020, l'album des musiciens australiens David Berlin (violoncelle) et Benjamin Martin (piano) met en avant un programme de sonates françaises écrites au XIXe siècle (de Chopin, Farrenc et Saint-Saens) et une pièce de virtuosité. Parmi ces œuvres la sonate de Louise Farrenc est une véritable pépite. En effet, elle est l’œuvre de l’une des plus brillante compositrice française du XIXe siècle. Pianiste reconnue par ses pairs, Louise Farrenc s’illustre d’abord au piano avant de se consacrer à la musique de chambre. Il semble ainsi aisé de comprendre pourquoi la sonate témoigne d’une grande maturité compositionnelle.

L’œuvre, qui serait dédiée à Charles Lebouc, se compose de trois mouvements (Allegro moderato, Andante sostenuto, Finale allegro). Le premier mouvement possède plusieurs traits de virtuosité (des ornements au violoncelle ou encore les grands mouvements de notes entre les deux mains pour le pianiste). Avant-gardiste, ce premier mouvement a la particularité de présenter une cadence au violoncelle avant la réexposition. D’allure assez enjouée, ce mouvement est interprété avec conviction par David Bertin et Benjamin Martin ou les deux musiciens dialoguent avec perfection.

Le deuxième mouvement est beaucoup plus sombre (la tessiture étant plus grave et l’ambitus resserré par phrase musicale) au début avant de s’éclaircir par la suite mais toujours de manière progressive. Dans ce mouvement, David Bertin arrive à bien maîtriser les notes répétées, mettant sans doute à profit son expérience de musicien d’orchestre pour une pièce de musique de chambre.

Le dernier mouvement est quant à lui allant et plein d’entrain, ce qui demande lors des brefs passages virtuoses (sauts de cordes au violoncelle) ou des échanges d'instruments au sein d’une même phrase musicale, une grande écoute musicale des deux partenaires.

En tout cas, cet album consacré à la musique française montre que celle-ci est saluée, jouée, appréciée et parfois réhabilitée bien plus vite à l’autre bout de la terre que dans son propre pays. On ne peut que se réjouir de cette nouvelle parution discographique.


Charles-Marie Hulot

La compositrice britannique Errollyn Wallen, née au Belize en 1958, est une pionnière. Première femme femme noire a être jouée aux BBC Proms (en 1998), sa musique ne connaît pas de barrières : de la musique classique contemporaine à la pop, en passant par le jazz, les frontières sont fines. Son œuvre est très riche, mais on la connaît assez peu de ce côté de la Manche. Dans cet EP, nous découvrons quelques-unes de ses pièces chorales. Peace on Earth, dont elle a composé le texte et la musique, présente une écriture vocale assez simple entre interventions solistes et unissons du chœur, le tout se superposant à l’ostinato scintillant de l’orgue. On se laisse emporter dans cette transe émouvante qui ne s’interdit pas les dissonances et harmonies inattendues. See that I am God, toujours avec orgue, est plus surprenante. Créée en 2014 pour commémorer les 20 ans d’ordination de femmes dans l’Eglise anglicane, la pièce célèbre les mystères et l’exaltation de la foi à travers les superpositions dissonantes de voix, l’exploration des registres graves de l’orgue, et les exclamations de joie chorales. La plus belle découverte de cet EP, c’est Pace : le chœur, a cappella cette fois, explore toutes les sonorités de ce mot dans une tapisserie sonore dont s’échappent des solos cristallins. Presque sans interruption, comme une longue expiration, la pièce développe de nombreuses couleurs chorales, dans une atmosphère suspendue. Le Choir of King’s College, Cambridge, dirigé par Stephen Cleobury, rend un magnifique hommage à la musique d’Errollyn Wallen avec une interprétation sans faille.


Marie Humbert


#florilège #disques #critique #review

#harpe #violoncelle #choeur #musiquecontemporaine #sonate #compositrice

20 vues