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Trésors oubliés - Maier, Schumann, Beach, Boulanger et Pejacevic par le Trio W


Novembre 2020


Amanda Rontgen-Maier - Sonate pour violon en si mineur

Clara Schumann - 3 Romances, Op. 22: No. 1

Amy Beach - Romance en la majeur, Op. 23

Lili Boulanger - D'un matin de printemps (version violon-piano) Nocture (version pour violoncelle et piano)

Dora Pejačević - Trio en do majeur, Op. 29


Katharina Wimmer, violon

Stefan Welsch, violoncelle

Ingrid Wendel, piano


Si aucune des oeuvres présentées par Katharina Wimmer (violon), Stefan Welsch (violoncelle) et Ingrid Wendel (piano) dans “Unerhörte Schätze” (trésors oubliés) n’en est à son premier enregistrement, ceux-ci ne courent pas les rues pour autant. Les mélomanes aguerri.e.s auront sans doute déjà entendu la Romance de Clara Schumann, ou le Nocturne de Lili Boulanger, mais peut-être pas la Sonate pour violon d’Amanda Rontgen-Maier, ou le Trio en do majeur de Dora Pejacevic qui sont les deux pièces de résistance de cet album. Les disques présentant les œuvres de compositrices restent rares, et on ne peut que saluer celui-ci : programmation diverse, cinq compositrices entre romantisme et post-romantisme, et une passion pour le répertoire qu’on perçoit aisément dans l’enregistrement.

La sonate d’Amanda Rontgen-Maier, composée en 1873, répond aux codes de l’époque dans sa construction et son style. Mais la violoniste virtuose qu’était Rontgen-Maier écrit une œuvre pleine de contrastes, entre grands thèmes lyriques, chants mélancoliques et moments enlevés. Katharina Wimmer joue de cette liberté dans ses choix de variations de tempo et de jeu d’archet, le piano d’Ingrid Wendel s’adaptant aux différents caractères exprimés. Une belle interprétation, mais qui laisse parfois un peu sur sa faim : le violon est juste et précis, mais la prise de son ne lui facilite pas la tâche tant il semble capté d’un peu loin et manque en conséquence de profondeur de son, sans compter le léger déséquilibre avec le piano. La première des 3 Romances, op. 22 est une œuvre qu’on ne se lasse pas d’écouter. Les musiciennes y montrent le beau duo qu’elles forment : elles dialoguent, se répondent avec complicité. Même constat dans la délicate Romance en la majeur d’Amy Beach, où les aigus tendres et suspendus côtoient les envolées flamboyantes, que soutient avec subtilité un piano qui sans cesse s’adapte aux élans du violon. Le changement d’atmosphère créé par D’un matin de printemps de Lili Boulanger est radical, mais joue son rôle en redonnant du souffle à l’album. Là encore, les pizzicati de Katharina Wimmer se placent à la perfection sur le jeu sautillant d’Ingrid Wendel. Enfin, le Nocturne permet à Stefan Welsch de s’exprimer au violoncelle, et d’explorer en quelques minutes les arpèges glissants et les harmonies changeantes de Lili Boulanger.

C’est Dora Pejacevic qui clôt l’album avec son Trio avec piano (1910). Souvent considérée comme la première compositrice croate voire, à tort, comme la seule, elle est en tout cas celle dont nous avons, aujourd’hui, la plus vaste connaissance. Son Trio avec piano est un très bel exemple de sa musique : inspirée, lyrique, exaltée. L’écriture est dense, le violon et le violoncelle semblent presque à l’unisson et s’échangent en réalité leurs motifs avec une grande fluidité. Le piano n’est pas en reste, et mène la danse pendant le surprenant “Scherzo”. Pejačević y développe de nombreuses idées, ses inspirations populaires ressortant dans certains thèmes et dans les passages les plus rythmés, entrecoupés d’explorations harmoniques poétiques. Les instruments ne sont jamais cantonnés à un rôle ou un autre longtemps : solos, dialogues, jusqu’aux trois instruments intriqués, tout ce que peut offrir cette formation apparaît sans que soit rompue l’unité musicale pour autant. Le superbe troisième mouvement (“Lento”) introduit des thèmes aux accents bien plus tragiques, et une tension traduite par un son soutenu des cordes et l’implacabilité du piano. Les trois instrumentistes ne ménagent pas leurs efforts pour exprimer toutes les émotions complexes que ce trio éveille. L’Allegro risoluto du “Finale” capitalise sur les différentes atmosphères créées depuis le début de la pièce et offre une conclusion exaltée à cette grande œuvre, qui méritait bien un nouvel enregistrement de cette qualité.


Marie Humbert



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