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Wild Blue Yonder

Dernière mise à jour : août 19

23 Avril 2021

Eleanor Alberga :

No man's land lullaby

The Wild Blue Yonder

Succubus Moon

Shining gate of Morpheus

Eleanor Alberga

Thomas Bowes

Richard Watkins

Ensemble Arcadiana

Oscar Perks

Andres Kaljuste

Hannah Sloane



Dans ce disque Navona qui présente le travail d’Eleanor Alberga, on trouve quatre grandes œuvres dont deux sont des enregistrements en live, mettant en avant toute la spontanéité des couleurs de la compositrice dans une performance entre elle-même et Thomas Bowes au violon.


No-Man’s-Land Lullaby, pour piano et violon, est l’une de ces prises directes. Dès les premières notes, on entend le piano et le violon dans une douce mélancolie qui nous berce et fait entendre les échos d’une mélodie dont on ne saurait identifier l’origine. Mais la pièce se transforme bien vite, faisant résonner les graves du piano pour donner une profondeur à la berceuse, que viennent doucement agrémenter les aigues. Le violon, de son côté, chante une longue mélopée mélancolique, planant sur le piano comme un voile. La pièce, si elle n’est pas totalement atonale, fait cependant intervenir des passages qui ne sont pas sans rappeler des œuvres beaucoup plus expérimentales. C’est un no-man’s-land, une terre vide, mais ce n’est pas une terre brûlée par la guerre, il s’agit plus d’une terre encore vierge, qui n’a pas connu les affres de l’humanité, et qui présente tous les possibles que l’on peut faire entendre avec un type de duo plutôt traditionnel.


Dans Shining Gate of Morpheus, il en va différemment. Le rêve est à portée de main. C’est l’ensemble Arcadiana qui effectue cet enregistrement. Faisant intervenir le quatuor à cordes et un cor, le début sonne comme un appel du lointain, avec des cordes où le bruit blanc des harmoniques se laisse entendre comme la venue d’un rêve. Puis vient le cor, qui sonne à la porte, annonçant la divinité protéiforme des rêves. Et c’est bien cette porte brillante vers un au-delà onirique qui est représentée. Le cor se marie exceptionnellement bien avec le quatuor, dans un effet quasi orchestral impressionnant pour un si petit ensemble. Mais le rêve, tout comme l’œuvre, est changeant, et on se laisse aller à d’autres contrées, passant tour à tour d’un rêve brillant à un rêve beaucoup plus apaisé, mais pour un temps seulement : la grandeur et l’oppression font aussi partie du monde des rêves.


Succubus Moon reste dans ce domaine nocturne, lieu de tous les possibles. Là aussi, on retrouve un petit ensemble, mais c’est désormais le hautbois qui prend place avec le quatuor à cordes. Dans un esprit beaucoup plus malin, le hautbois fait sonner des secondes biens plus angoissantes, présages d’aventures langoureuses autant que dangereuses. La voix chaude et pleine de l’instrument se marie à merveille avec les glissandos des cordes vibrantes du quatuor, pour donner une atmosphère rappelant ces tableaux étranges où prédomine le clair de lune sur un paysage où les ombres mystérieuses se mêlent pour donner des créatures fantasmagoriques. L’œuvre se poursuit avec des passages dignes d’un sabbat des sorcières, sonnant une danse folle et grinçante dans ce quintette original.


L’enregistrement live de The Wild Blue Yonder est, dans un certain sens, plus apaisé. On retrouve Alberga et Bowes dans un nouveau duo pour piano et violon. Mais celui-ci est beaucoup plus nerveux que le premier, beaucoup plus expérimental aussi, et laisse au violon et au piano une virtuosité entière, dans un discours à deux voix. Les musiciens ne cessent de parler, voire de vociférer ou de crier par moment, de murmurer et de chuchoter à d’autres. C’est cette pièce qui donne son nom à l’album. Si c’est la plus ancienne des quatre, elle est pourtant l’une des plus poussées, et on sent dans cette œuvre que les trois autres en découlent, par l’expressivité des modes de jeux, des contrastes, des idées mélodiques et harmoniques.



Gabriel Navaridas


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