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XXe en folie : Maurice, Bösmans, Spain-Dunk et Maconchy - Florilège

12 juin 2021

Les orchestres de la BBC poursuivent leur mission de redécouverte du répertoire britannique. Au programme de ce disque, des œuvres concertantes pour clarinette. L’occasion d’entendre Susan Spain-Dunk (1880-1962), malheureusement si peu enregistrée, avec sa Cantilena for Clarinet and Orchestra, op. 51 (1931) dont c’est le premier enregistrement mondial. Entre deux grands élans orchestraux, la clarinette de Peter Cigleris s’élève avec une touchante mélancolie toute anglaise. La compositrice joue avec brio sur les différentes couleurs de l’orchestre, tantôt pour permettre à la clarinette de s’exprimer, tantôt pour l’interrompre avec drame. Le Concertino for Clarinet and String Orchestra d’Elizabeth Maconchy, écrit en 1945, est résolument plus moderne. Son premier mouvement, “Allegro”, est incisif et rythmé. L’atmosphère y est sombre, la clarinette inquiète. Le travail des différents motifs, avec un côté répétitif, tient en haleine, et le tempo plus lent du deuxième mouvement permet de pousser cette tension encore plus loin. Les pupitres de cordes du BBC National Orchestra of Wales ont un son soutenu, uni, et engagé sous la baguette de Ben Palmer. Malgré des instants contemplatifs, l’inquiétude persiste dans les trilles de la clarinette et les mélismes des cordes. Le 3ème mouvement, qui aurait peut-être mérité un tempo un peu plus allant, se fait plus espiègle mais guère plus serein. Elizabeth Maconchy joue à nouveau sur les rythmes, déstabilise l’auditeur qui ne sait pas sur quel pied danser, jusqu’à ce qu’une fin énergique interrompe les moments d’introspection de la clarinette.

Marie Humbert

Ars prod nous offre, dans un album qui mêle le piano et le saxophone, un aperçu des Tableaux de Provence de la compositrice Paule Maurice, avec Marko Hilpo au piano et Joonatan Rautiola au saxophone alto. Cette œuvre en cinq parties nous présente tout autant de tableaux parmi lesquels la "Farandole des jeunes filles" (Tableau I), qui, avec son air frais, rappelle les pièces méridionales de compositeurs du sud de la France. La "Chanson pour ma mie" (Tableau II) est beaucoup plus tendre, avec ses arpèges ascendants. "La Bohémienne" (Tableau III) nous offre un tableau beaucoup plus oriental, avec ses accents tziganes, tandis que "Des alycamps l’âme soupire" (Tableau IV) rappelle la tendresse du deuxième tableau. Le dernier tableau, "Le Cabridan", avec ses guirlandes de doubles croches au saxophone, est dans la droite ligne du Vol du bourdon de Rimski-Korsakov ou du Moustique de Chaminade. Ce sont en tout cinq tableaux aux allures champêtres, pastorales, comme l’indique le titre, qui nous font séjourner dans le sud de la France pour un instant bien éphémère mais néanmoins très agréable.


Gabriel Navaridas

Formé en 2016, le quatuor Belinfante a choisi son nom en hommage à Frieda Belinfante, violoncelliste, l’une des premières cheffes d’orchestre professionnelles en Europe, et par ailleurs résistante aux Pays-bas pendant la 2nde Guerre Mondiale. Elle a aussi été la compagne de la compositrice de ce disque, Henriette Bösmans (1895-1952), qui lui a d’ailleurs dédié son deuxième concerto. Autant dire que, avec ou sans volonté politique de la part des artistes, cet enregistrement est l’occasion de se plonger dans la vie de ces deux pionnières, et de se rappeler ce que ces femmes, aujourd’hui oubliées, ont apporté à l’histoire musicale du 20ème siècle. La quatuor de Bösmans, composé en 1927, est fluide, lumineux, impressionniste. Les musicien·ne·s se saisissent de son écriture rythmée et savent faire ressortir avec subtilité les motifs mélodiques alors que ceux-ci sont travaillés d’instrument en instrument. L’équilibre entre les quatre instruments est très bien dosé, les voix intermédiaires donnant une couleur chaleureuse au son de l’ensemble. Le jeu d’Olivia Scheepers au violon, souvent soliste dans le deuxième mouvement, est tout à la fois serein et émouvant ; la poésie de ses phrasés se transmet ainsi aux autres instrumentistes lorsque la mélodie leur parvient. Le troisième mouvement rompt avec l’atmosphère aérienne du deuxième en exigeant d’emblée du quatuor une plus grande virtuosité, puis une grande justesse dans le parcours harmonique qui suit. L’œuvre s'achève avec éclat, et on en redemande.


Marie Humbert


Deux compositrices font partie de ce deuxième volume de la série "Sustain" du label Navona : Karen Tarlow et Sarah Wallin Huff. La première nous présente une Toccata prestidigita pour piano. Le terme de prestidigita est très approprié à cette pièce où la vigueur est toujours présente, même dans les moments de tendresse. C’est Randall Hodgkinson qui nous interprète cette toccata, et réussit à rendre cette pièce intelligible tout autant qu’émouvante avec son jeu preste et une interprétation attentive. L’œuvre de Sarah Wallin Huff est aussi une pièce pour piano : The Reluctant Carnie. Avec un aspect beaucoup plus swing au début, elle est bientôt entrecoupée par des airs bien plus romantiques qui contrastent avec la partie précédente. Mais la mélodie en rythmes pointés reste présente tout au long du morceau, comme une berceuse dont on changerait, pour l’agrémenter, les harmonies.


Gabriel Navaridas




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