Elena Schwarz, une baguette efficace

12 janvier 2019 - Philharmonie de Paris

A la Philharmonie, comme à la Salle Gaveau il y a quelques semaines, on entend quelques murmures de surprise lorsque c’est une cheffe qui monte sur scène. C’est cette fois Elena Schwarz qui s’apprête à diriger l’orchestre Pasdeloup pour un concert intitulé “Empereur”. La cheffe suisso-australienne avait fait parler d’elle l’été dernier : après plus de deux ans en tant que cheffe assistante de l’Orchestre Philharmonique de Radio France aux côtés de Mikko Franck, elle a été nommée auprès de Gustavo Dudamel à l’Orchestre Philharmonique de Los Angeles … sans même avoir candidaté !

Pour ce premier week-end thématique autour de Berlioz à la Philharmonie de Paris, c’est la Marche Troyenne qui ouvre le concert ; l’oeuvre est efficace, la gestuelle d’Elena Schwarz, sobre et efficace, guidant précisément l’orchestre dans cette démonstration de puissance de quelques minutes. Mais c’est la suite du concert que l’on attend surtout, ce concerto qui lui donne son titre : le Concerto pour Piano no. 5 de Beethoven, dit “Empereur”. Le premier grand tutti d’orchestre est digne et beethovenien : les contrastes entre les passages rythmiques et incisifs typiques du compositeurs, et les thèmes plus amples et chantés, sont très bien réalisés. Si Elena Schwarz est très attentive à laisser toute la place au pianiste Jonathan Gilad, on pourra regretter un petit manque de communication sur certains accords de l’orchestre qui anticipent légèrement le piano. Le deuxième mouvement permet à la cheffe de montrer une autre facette de Beethoven : sa direction ample donne beaucoup de rondeur au son, malgré des pianos un peu trop rares. Seuls quelques problèmes d’intonation et un manque de délicatesse dans les départs des vents sont à déplorer. On retrouve en revanche la majesté et l’allant Beethovenien dans le troisième mouvement, à l’issue duquel le public semble conquis par l’enthousiasme des musiciens.


Avant d’enchaîner sur l’autre monument de ce concert, l’Orchestre Pasdeloup nous présente une autre des Miniatures d’Elzbieta Sikora. C’est le cinquième et dernier mouvement du cycle qui est présenté aujourd’hui : avec un orchestre et une cheffe dynamiques, on est emporté par la vague de l’ostinato rythmique. Les vents dialoguent en entrées fracassantes, et leurs échanges maîtrisés de motifs thématiques témoignent d’une bonne compréhension de l’oeuvre. Ce choix de programme, très assumé par Elena Schwarz et l’orchestre Pasdeloup, surprend un peu entre les deux œuvres de Beethoven, et demande d’adapter rapidement son écoute à ce répertoire si différent. Mais la maîtrise de la pièce impressionne et le public de la Philharmonie se prend au jeu, applaudissant chaleureusement la compositrice présente dans la salle.

Enfin arrive le fameux ta-ta-ta-taaa de la Symphonie no. 5 en ut mineur de Beethoven. L’amour d’Elena Schwarz pour cette musique est palpable, et se dégage dans sa direction. L’orchestre s’exprime avec beaucoup de précision chez les cordes, très connectées à sa baguette et très dynamiques. On retrouve dans la Symphonie ce qu’on a observé dans le Concerto, à ceci près qu’en l’absence du pianiste, l’orchestre a bien du mal à jouer piano, et les contrastes sont moins marqués. En résulte une symphonie qui semble un peu longue, mais conquiert malgré tout le public grâce à une conclusion d’un brio tout beethovenien.

 

Le public semble ravi par les ardeurs de l’orchestre dans ce concert tissé d’oeuvres cultes. Mais ComposHer déplorera tout de même le temps trop court accordé à la talentueuse Elzbieta Sikora, qui offre une touche de fraîcheur et de modernité bienvenue dans un programme par ailleurs un peu convenu.

Marie Humbert

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