Mais où sont les femmes dans la musique classique ? Compte-rendu de table ronde

9 novembre 2019 - Cité Universitaire, Paris

À l’initiative de l’association La Glissade, une table ronde était organisée sur la place des femmes dans le secteur de la musique classique : interprètes, cheffes d’orchestres, compositrices…

Celle-ci était animée par la musicologue et médiatrice Camille Villanove. Pour représenter les compositrices, Edith Canat de Chizy et Florentine Mulsant. La pianiste Suzana Bartal faisait également part de son vécu et son expérience. Autres témoins de l’état des lieux actuels en France et à l’étranger, la journaliste Aliette de Laleu, ainsi que la musicologue Laure Marcel-Berlioz, qui présentait l’ouvrage Femmes compositrices, l’égalité en acte, paru cette année et édité récemment en format poche.

Cette séance fut l’occasion pour le public et les intervenantes d’échanger sur leurs expériences respectives, les réflexions entendues, leur sentiment sur l’évolution des regards sur les femmes, compositrices et interprètes, venant des hommes mais aussi des femmes elles-mêmes.

La première partie, consacrée aux compositrices, fut l’occasion de rappeler que de nombreuses compositrices, telles que Louise Farrenc, reconnues de leur vivant, furent effacées de l’histoire par les musicologues du XXe siècle. L’interview de la compositrice Sivan Eldar*, diffusée en début de séance, souligna également un point que confirmèrent les intervenantes : « les gens ont tendance à se rapprocher des gens qui leur ressemblent ». Dès lors, les décideurs, d’un même milieu social, d’une même origine ethnique, auront tendance à retenir les projets de personnes leur ressemblant. Sans volonté de sexisme ou de racisme, mais simplement parce que c’est plus rassurant, sans s’interroger sur ce comportement. 

 

Face à cette situation, des suggestions et solutions ont été soulevées. Les interprètes sont ainsi les acteurs fondamentaux d’une redécouverte des compositrices d’hier et d’aujourd’hui, ayant la plupart du temps une certaine liberté dans le choix des œuvres programmées. A cet égard, l’accessibilité des partitions reste un enjeu important et plus que jamais actuel, à l’heure d’IMSLP et des éditions numériques de partitions. Le numérique est également important pour influencer les programmateurs. L’avènement du streaming a ainsi rendu accessibles de nombreuses œuvres et compositrices, bien que le travail soit encore long. Grâce aux playlists, les moyens existent pour connaître les œuvres et en proposer davantage en concerts.

 

La curiosité fait aussi, de l’avis unanime des intervenantes, encore défaut : chez les programmateurs, les interprètes, mais aussi les professeurs de conservatoires, alors que leur place dans la découverte et la transmission du savoir est prépondérante. L’idée n’étant pas de remettre en cause l’enseignement des grands classiques, mais d’ouvrir le regard sur les musiques d’aujourd’hui et des siècles passés.

La deuxième table ronde, consacrée aux femmes interprètes, permit de constater qu’il était peut-être moins difficile d’être compositrice que cheffe d’orchestre aujourd’hui. Les problématiques sont plurielles et plus complexes qu’il ne peut y paraître. Les témoignages de Suzana Bartal, ainsi que des cheffes Lucie Leguay et Chloé Dufresne (dont des interviews furent également diffusées), furent évocatrices, illustrées par des réflexions, des remarques entendues, l’attention portée aux tenues vestimentaires davantage qu’aux qualités techniques… 

L’auto-censure des femmes joue également un rôle certain, bien que naturellement moins perceptible. La volonté d’avoir une vie de famille, le regard encore porté sur l’interprète/mère de famille devant gérer ses enfants, peuvent être également des freins au développement d’une carrière soliste, ou à l’accession d’un poste orchestral plus important. Une situation épineuse car le déni est aussi encore bien présent sur ces questions.

Les interprètes ont un rôle majeur à jouer pour véritablement changer les regards et les mentalités : les artistes présents sur les réseaux sociaux donnent la preuve qu’une vie de parent et d’interprète n’est pas incompatible. Julie Fuchs, très présente sur Instagram, en est une belle illustration, récente mère et à l’affiche des Indes galantes le mois dernier à l’Opéra de Paris (en compagnie de Sabine Devieilhe, elle-même enceinte).

S’il fallait résumer cette table-ronde en une phrase : la route est encore longue, mais les choses avancent.

Afin de clôturer cette soirée, un concert en deux parties était également organisé, avec une programmation totalement dédiée aux compositrices. L’ensemble vocal Egeria a ainsi interprété des œuvres médiévales, avant que le guitariste Iván Adriano ne présente ses travaux avec des compositrices actuelles.

 

*Toutes les interviews mentionnées sont à retrouver sur la chaîne Youtube de l’association La Glissade.
 


Amaury Quéreillahc

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