Une Germaine Tailleferre nostalgique à la Salle Rossini

9 décembre 2018 - Salle Rossini
Mairie du 9ème arrondissement, Paris

Dans la grande salle Rossini, à l’intérieur de la mairie, les familles se pressent, un dimanche par mois, pour entendre les musiciens du Paris Mozart Orchestra, l’ensemble de Claire Gibault, donner de leur personne en proposant un récital de musique de chambre. Le concert est gratuit, l’ambiance de fin d’après-midi détendue, on sourira même lorsque des parents devront faire sortir de la salle un bébé visiblement trop ému par le timbre de la clarinette.

C’est un programme de musique française qu’ont voulu proposer le jeune clarinettiste Carjez Gerretsen, collaborateur régulier du Paris Mozart Orchestra, et le pianiste Pierre Chalmeau. Ils expliquent en effet à un public attentif les difficultés liées au répertoire de l’instrument. Rappelant que peu de pièces lui sont consacrées, ils soulignent que le répertoire français, particulièrement fourni, est donc tout indiqué. C’est donc entre Claude Debussy, Ernest Chausson, Camille Saint-Saëns et Francis Poulenc que l’Arabesque de Germaine Tailleferre devra se tailler une place.

Datée de 1973, cette très courte pièce enchante par ses sonorités néo-romantiques et son anachronie empreinte de nostalgie. La litanie que répète la clarinette, très simplement accompagnée par des accords au piano, est à la fois douce et insistante, et les sixtes sentimentales que déclame l’instrument sont parfaitement dessinées par Carjez Gerretsen. Sa douceur dans les pianos, notamment lors de la reprise du thème principal, contraste merveilleusement avec la brillance de ses aigus. Chaque phrase est musicalement parfaitement comprise, chaque section dirigée vers son point culminant de façon harmonieuse et subtile, et le musicien dispose d’une palette de couleurs suffisamment large pour mettre en valeur le relief de cette pièce très brève. On regrette simplement que le pianiste, mis en retrait par l’écriture, n’ait pas eu l’occasion de briller comme il l’a fait dans la Sonate de Poulenc, également au programme.

Cette Arabesque, magnifique mais trop courte, nous fait déplorer le peu de temps accordé aux compositrices lors de cet après-midi musical - trois minutes pour Tailleferre contre un quart d’heure pour Poulenc ! Mais le talent de Carjez Gerretsen aura, sans nul doute, convaincu le public enthousiaste de revenir le mois prochain, pour découvrir - plus en profondeur, on l’espère - la musique composée par d’autres femmes.

Clara Leonardi

© ComposHer 2018. Tous droits réservés. 

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