Trios romantiques pour les Après-Midi Musicaux du PMO

17 mars 2019
Salle Rossini, Mairie du 9ème arrondissement

Avec un programme entièrement consacré au répertoire pour trio avec piano et deux des trois pièces composées par des femmes, on peut bien parler de pari réussi pour cet Après-Midi Musical du Paris Mozart Orchestra à la Mairie du 9ème arrondissement. Car la Salle Rossini est pleine à craquer ! Comme à chaque fois, la directrice artistique et cheffe du PMO Claire Gibault présente le concert : en parlant de Fanny Mendelssohn, elle dit “ça m’ennuie de dire la soeur de Félix. J’aimerais mieux qu’elle existent sans qu’on les qualifie ainsi”. Et on est bien d’accord !

Concernant l’interprétation elle-même, on ne peut qu’être ravi. Sabine Vatin (piano), Eric Lacrouts (violon) et Cyrille Lacrouts (violoncelle) sont irréprochables, et montrent une unité qui donne toute sa richesse à la musique de chambre. Le Finale du Trio en ré mineur, op. 11 de Fanny Mendelssohn s’ouvre sur un piano tout en simplicité, avec un discours énoncé très clairement. Le violoncelle et le violon entrent dans cette atmosphère et lui donnent progressivement une énergie supplémentaire, bien qu’on puisse regretter un petit manque de direction dans leurs premières interventions. Le dialogue entre les deux instruments est particulièrement touchant, tandis que le thème de violon à la fin du mouvement, avant la conclusion, est empli d’une émotion palpable. Si le son du violon est parfois un peu crispé, on sera en revanche ému par la justesse impeccable et le superbe son du violoncelle de Cyrille Lacrouts.

Vient le tour de Clara Schumann : le premier mouvement de ce Trio en sol mineur (op. 17), un Allegro Moderato, s’inscrit au cœur d’une musique romantique portée par des contrastes et émotions successives. Les instruments sont tantôt charmeurs, tantôt implacables. Le violon présente seul le motif mélodique récurrent de ce mouvement, et la partition est ensuite construite d’un souffle, dans un grand entremêlement des trois instruments, sans qu’on sache où ce motif nous emmène : les passages à l’écriture verticale, appuis rythmiques et marquants, servent en fait à relancer le discours. Dans cette écriture tout en transitions, on pourrait alors craindre une utilisation abusive du ralenti, un essoufflement, une perte d’unité. Il n’en n’est rien : les transitions et les contrastes sont menés avec beaucoup de musicalité, avec des rubato attendus mais bien dosés, sans jamais perdre en direction. Les vibratos du violon et du violoncelle sont remarquablement homogènes, tandis que le piano est toujours bien dosé entre des passages où il laisse la place au dialogue des cordes et ceux où il prend pleinement la parole.

 

Pourtant, chez ComposHer, nous sommes déçues : on aurait adoré entendre l’intégralité des trios de Fanny Mendelssohn et Clara Schumann, mais en arrivant dans la salle, programme en main, on comprend qu’il n’y aura qu’un mouvement de chaque. Brahms a droit en revanche à son trio complet, c’est à dire quatre mouvements pour une trentaine de minutes de musique. Isoler un mouvement d’une œuvre plus large pose plusieurs problèmes : on prive alors l’auditeur de la vision d’ensemble, de toutes les facettes de l’œuvre, mais aussi de son unité. Si cette nécessité peut se comprendre pour des raisons pratiques (trois trios complets, c’était sans doute trop long pour ce format), on peut regretter que l’accent soit mis sur Brahms. Son Trio en si majeur, op. 8 est une merveille, et n’a plus rien à prouver. En concluant leur concert par cette pièce, les artistes offrent à Brahms une nouvelle opportunité de montrer tout son talent de compositeur, à travers des mouvements et des modes d’écriture variés. A contrario, en n’exposant que le premier mouvement du Trio en sol mineur de Clara Schumann et le finale du Trio en ré mineur de Fanny Mendelssohn, on ne fait pas honneur aux deux œuvres complètes que ce sont : on néglige l’écriture élégante et énergique du Scherzo de Clara Schumann, le brillant de son finale, ou encore le romantisme et la mélancolie du chant de Fanny Mendelssohn.


En somme, c’est une démonstration de musique de chambre, magnifiée ensuite par un splendide Brahms, que les musiciens nous présentent. L’intention est bonne, et on se réjouit d’entendre ces deux grandes compositrices aux côtés de géants du répertoire sans disparité : Fanny Mendelssohn et Clara Schumann sont interprétées avec autant de finesse que Brahms. On regrette d’autant plus de ne pas en avoir plus entendu !

Marie Humbert

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