• ComposHer

Cordes en tous genres - Florilège #11

Mis à jour : oct. 13

25 septembre 2020


Un disque entièrement consacré aux œuvres de compositeurs exerçant dans l’État américain de l’Alabama ? C’est le projet un peu fou de l’Amernet String Quartet, qui a tout de même réussi à rassembler en deux disques les œuvres pour quatuor de quatorze compositeurs vivants, parmi lesquels… deux compositrices. L’œuvre qui ouvre le disque, le Bird Quartet de Cynthia Miller, captive parce qu’elle n’utilise pas le langage habituel des compositeurs qui cherchent à évoquer des oiseaux (les pépiements étant souvent représentés par des sonorités aigües et délicates). Le premier mouvement, “Herons in Winter”, frappe par ses harmonies puissantes et dissonantes et par une forme de violence ; le deuxième, “Singing in the branches”, est construit autour de batteries répétitives qui créent un rythme perpétuel qui évoque celui de la nature. Dans une ambiance plus mystérieuse, plus lugubre aussi, “The Hawk” (le faucon) développe là aussi un rythme répétitif dont les attaques nettes des musiciens font la saveur, qui devient peu à peu menaçant, et s’effondre finalement dans une conclusion abrupte. A l’opposé de cette agressivité, Ascension (Lawren Brianna Ware) est une sorte de longue méditation sentimentale qui joue sur la beauté du grain des cordes et sur les harmoniques qui se dégagent des accords - très justes - posés par le quatuor. La pièce se développe en une succession de longues tenues, de bribes de mélodies et d’accords mélancoliques, construisant une tension qui explose à plusieurs reprises en de brefs et fougueux sommets expressifs. Le voyage se termine en un mystérieux accord dans des aigus célestes, qui invite à la méditation…


Clara Leonardi

La production contemporaine laisse place à un large éventail de possibilité, et c’est cette palette de couleurs que nous présente le Trio Arté dans Riflessi Sonori. Parmi des œuvres aux esthétiques aussi diverses que le jazz, le post-modernisme ou le minimalisme, on trouve Ten de Valentina Casesa qui est peut-être la pièce la plus cosmopolite : on y entend des échos aussi variés que Gabriel Fauré, Ludwig van Beethoven, des inspirations post-romantiques autant que contemporaines, mais qu’on ne s’y trompe pas, il s’agit bien du style propre à Valentina Casesa. Si, au début, les harmonies du piano soutiennent avec force la ligne mélodique du violoncelle et du violon dont l’intensité dramatique croissante n’est pas sans rappeler quelque scène cinématographique qui aurait fini sous la plume de Michael Nyman, les trois instruments ont cependant une part égale dans le jeu musical et le piano trouve sa place dans la mélodie des deux instruments à cordes. Mais à la moitié de la pièce, rupture : deux salles, deux ambiances, et on trouve un style beaucoup plus romantique où viennent s’inscrire des échos de valses dans des couleurs qui n’auraient pas déplu à Piazzola. Valentina Casesa montre dans ce trio avec piano toute la qualité de sa plume et sa maîtrise de différents styles autant que de la recherche de couleurs originales.


Gabriel Navaridas

En ouverture de cet album réunissant par ailleurs Nico Muhly et Kile Smith, on trouve la compositrice américaine Reena Esmail et sa pièce When the guitar. Il s’agit d’une réécriture pour choeur et quatuor de guitares de sa propre composition When the violin, (initialement pour chœur et violoncelle ou violon), réalisée spécifiquement pour ce projet avec le chœur Conspirare. L’œuvre met en musique un texte du poète persan du XIVe siècle Hafez, traduite en anglais par Daniel Ladinsky et l’origine du texte perce à travers les influences culturelles et musicales que donne à entendre la pièce. Le résultat est en tout cas spirituel, superposant les sons pincés mais célestes des guitares du Los Angeles Guitar Quartet, assez discrètes dans les grands passages choraux, et de longs accords construits progressivement par les différentes voix, puis tenus dans toutes leurs dissonances. Conspirare se tire à merveille de ce mélange de styles qui semble presque improvisé, sans jamais faillir dans la musicalité et la justesse. On conseille la totalité de l’album, ne serait-ce que pour découvrir les sonorités si chantantes des ensembles de guitares.


Marie Humbert

Si on parle parfois de “feel good movie”, cet album est assurément de la “feel good music”. Basé dans la Silicon Valley en Californie, le chœur d’enfants (des jeunes filles uniquement) iSing présente ici son premier album : une célébration du chant choral, du sens de communauté, de solidarité et de force qu’il crée. Accords sucrés, rythmes dansants, ajout de percussions ou d’instruments à cordes, textes inspirants (“we will bring change through our voices”), unissons majestueux... de quoi créer l’émotion en toute simplicité, du céleste Ave Generosa du compositeur norvégien Ola Gjeilo à l’écriture entraînante de Sarah Quartel dans son Birds’ Lullaby. Cette dernière pièce, a cappella, répète une mélodie simple et joyeuse, qui s’étoffe d’un accompagnement légèrement swingué et d’une harmonie toujours touchante entre deux interludes rythmés. Karen Lindford ouvre sa pièce Here I Stand (qui donne son titre à l’album) avec quelques accords construits progressivement, aux délicieuses dissonances, avant de donner la place au texte (de l’activiste pakistanaise Malala Yousafzai) et à son message fort à travers quelques phrases à l’unisson avant le retour de l’harmonie, ce qui fait toujours son petit effet. Enfin, c’est le court hymne Grow Little Tree de la compositrice Andrea Ramsey qui conclut cet album qui aura présenté des chanteuses de 7 à 16 ans, à travers des pièces interprétées avec justesse et spontanéité.


Marie Humbert


#florilège #disques #critique #review

#choeur #trio #quatuor

44 vues