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Ouvrir l'horizon musical - Florilège #4

05 juin 2020


Pianiste américain originaire du Ghana, William Chapman Nyaho s’engage avec ce disque, comme il le fait depuis le début de sa carrière, pour faire entendre la voix des compositeurs et compositrices africain.e.s ou issu.e.s de la diaspora africaine. Cet album correspond aux deux premiers volumes de son Anthology of Piano Music of Africa and the African Diaspora, recueils de partitions en 5 volumes publiés par Oxford University Press. Outre la grande ressource musicale que cette anthologie représente, elle a aussi pour but de fournir un nouveau répertoire aux enseignant.e.s et étudiant.e.s en piano : dans cet album, on trouve ainsi essentiellement des pièces courtes et accessibles. On peut alors retrouver Florence Price dans deux pièces rythmées et pleines de vie, mais surtout découvrir Nkeiru Okoye et son mélancolique Dusk ou encore le très imagé Dancing Barefoot in the Rain, et se rapprocher du jazz avec Valerie Capers. Enfin, Eleanor Alberga clôture l’album avec If the Silver Bird Could Speak, pièce moderne et inventive. Le tout est servi par le piano tantôt sautillant et clair, tantôt sombre et mélancolique, mais toujours incarné, de William Chapman Nyaho. L’écoute de ce disque apporte ce mélange doux-amer qu’est la satisfaction de la découverte avec l’indignation de voir tant de noms encore inconnus … Ils et elles ne sont pourtant pas silencieux : c'est nous qui n'avons pas su les écouter.


Anthologie

Marie Humbert

Franz Liszt et Lili Boulanger : voilà un couple imaginaire qui n’avait jamais été associé au disque. C’est chose faite grâce à l’Ensemble Reflets… Et cela fonctionne plutôt bien ! Les harmonies complexes et les mélodies délicates de Boulanger répondent aux pièces les plus épurées de Liszt, l’ensemble instaurant une atmosphère contemplative. De la compositrice, on découvre donc deux diptyques, à commencer par D’un vieux jardin & D’un jardin clair : la pianiste Marie-Laure Boulanger - tiens donc - choisit de souligner le mystère qui nimbe ces deux pièces, avec un jeu très doux, auréolé de pédale. Le flûtiste Thierry Durand rejoint le piano dans une Pièce en fa# conçue comme une succession d’amples respirations des deux musiciens. Il est moins convaincant dans le Nocturne (que l’on entend plus souvent enregistré au violon) : la rondeur parfaite du son et la poésie des longues phrases impeccablement tenues ne compensent pas un manque de contrastes dans les nuances. Le disque s’achève sur le célèbre diptyque D’un matin de printemps & D’un soir triste, ici dans une version pour flûte, violoncelle et piano un peu décevante : le tempo presque statique atténue l’espièglerie de la flûte, et surtout, le son du violoncelle de Clara Strauss demeure un peu aigre, peut-être désavantagé par la prise de son. On apprécie tout de même le climat suspendu qui revient peu à peu, rappelant que cet album est avant tout une réflexion poétique…


Clara Leonardi

Après des collaborations avec Paul Simon ou Regina Spektor, l’ensemble yMusic revient avec un disque de pièces contemporaines presque intégralement dédié aux femmes compositrices. La structure travaillée de cet album d’une quarantaine de minutes s’ouvre et se clôt sur des œuvres de l’Américaine Gabriella Smith. D’entrée, la cohésion du groupe (composé d’un trio à cordes, d’une flûte, clarinette et trompette) est saisissante, et sert remarquablement le phrasé vocal et les effets de contraste de Tessellations et Maré. Chapeau à la flûtiste et occasionnellement chanteuse Alex Popp, au jeu aérien. La pièce qui donne son titre à l’album, Ecstatic Science de Missy Mazzoli, permet de découvrir toute la palette du sextuor, de variations harmoniques à des passages rythmiques. Bien que difficile d’exécution, la trilogie de Caroline Shaw, récipiendaire du Prix Pulitzer en 2013, souligne l’aisance et la fluidité avec lesquelles yMusic aborde le répertoire contemporain, y compris lorsqu’il prend des sonorités plus jazzy, comme dans la pièce de Paul Wancko, Thousandths. Pour mieux s’immerger dans l’album, un conseil : regarder les vidéos postées par yMusic sur son site, qui donnent un aperçu de l’énergie et de la force d’interprétation déployées par le sextuor.


Alice Lacoue-Labarthe

Compositrice reconnue de son temps par des pairs tels que Schumann et Berlioz, Louise Farrenc fut au XXe siècle réduite par certaines éditions Larousse (Dictionnaire et Dictionnaire de la musique) à un « professeur de piano » ou une pianiste laissant de « nombreuses pages pour son instrument ». Si ses symphonies sont davantage jouées aujourd’hui, sa musique pour piano, un catalogue riche d’une cinquantaine d’opus, mérite d’être redécouverte au même titre que le reste de son œuvre. La variation semble avoir été la forme préférée de Louise Farrenc (pas moins de 13 œuvres), et cet album nous en offre un aperçu au travers de quatre thèmes variés.


Farrenc trouva notamment l’inspiration dans les opéras de son temps : Bellini, Rossini, ou encore Donizetti ici avec un air varié d’Anna Bolena. Intitulée Variations brillantes, l’œuvre porte bien son nom : enjouée, drôle et d’une énergie folle, elle enchaîne les difficultés techniques avec un brio et densité qui donnent le tournis. Plus de dix minutes ébouriffantes servies avec bonheur par Biliana Tzinlikova. Par contraste, l’Air russe varié est plus calme, recueilli, et montre un autre aspect de la personnalité musicale de Louise Farrenc. Robustes, dramatiques, héroïques : les Variations sur un thème de Comte Gallenberg donnent un aperçu de l’écriture symphonique de la compositrice. L’œuvre a été en effet aussi composée pour piano et orchestre, ce qui s’en ressent dans son ampleur beethovenienne. Enfin, de nouvelles variations brillantes, cette fois basées sur un thème du trop méconnu George Onslow, clôturent en légèreté cet album. Si son parti pris thématique peut lasser, il n’en constitue pas moins un éclairage original sur l’œuvre pianistique de Louise Farrenc.


Amaury Quéreillahc

Alors que les ensembles vocaux et chœurs professionnels se multiplient, la création contemporaine chorale trouve de nombreuses opportunités. Le Saint-Louis Chamber Chorus, dirigé par Philip Barnes, présente ainsi dans cet album 10 pièces commissionnées par l’ensemble au fil des années. Une porte d’entrée parmi tant d’autres vers le répertoire choral contemporain, riche de compositeurs et compositrices tels qu’Ēriks Ešenvalds, dont le style chaleureux et inventif ne peut laisser indifférent, ou encore Judith Bingham : plus mystérieuse et angoissante, mêlée de minimalisme jusque dans le titre, sa pièce Ceaselessly Weaving your Name est frappante. Clare Maclean gagne assurément à être connue : sa musique est subtile, émouvante et évocatrice. Mais la plus grande découverte de cet album, c’est Melissa Dunphy : ses œuvres mêlent sujets d’actualité, densité harmonique et inspirations de polyphonie baroque. Dans la Suite Remembrance présentée dans cet album, le mouvement “If I can Stop One Heart from Breaking” est poignant et d’une incroyable poésie, au cœur d’une pièce inspirant une vague d’émotions diverses et intenses. Si l’on peut regretter que les voix aiguës manquent parfois de légèreté, le Saint-Louis Chamber Chorus incarne à merveille le répertoire qu’il défend au long du disque : précision rythmique, unité d’émotion et de caractère… autant de qualités nécessaire à ce genre musical.


Marie Humbert



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