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It's a girl! - Trios avec piano

Juillet 2021

Louise Farrenc

Trio avec flûte no. 4 (arr.)

Mel Bonis

Soir et Matin, op. 76

Amy Beach

Trio avec piano

Sophie-Carmen Eckhardt Gramatté

A Little Piece of Music

Julia Frances Smith

Trio Cornwell


Thomas Albertus Irnberger (violon)

David Geringas (violoncelle)

Barbara Moser (piano)



“It’s a girl!”. C’est sous ce nom relativement évocateur et dont le choix nous laisse songeur·euses que sont regroupées cinq œuvres pour violon, violoncelle et piano. Ce sont des œuvres de musique de chambre fournies, variées, surprenantes, réunissant le romantisme du 19ème siècle et les harmonies satiriques presque dissonantes si caractéristiques de la première moitié du 20ème siècle. On ne pourrait par ailleurs commencer cette critique sans un mot sur le titre du disque. Nous sommes les premier·es ravi·es de voir des compositrices mises à l’honneur dans des disques d’une telle variété et d’une telle qualité. Cependant, catégoriser les œuvres écrites par des femmes par une expression qui nous renvoie à la maternité contribue à stigmatiser ces œuvres et de masquer l’immense diversité de la musique écrite par les compositrices.


Le disque débute par un arrangement convaincant du Trio pour flûte no.4 de Louise Farrenc, composé entre 1854 et 1856. Dans le premier mouvement, qui a tout d’une épopée, on suit facilement les virevoltes du piano et des cordes, entrecoupées de thèmes plus chantés, plus profonds, qui font ressortir le son du violoncelle. Le violon et le violoncelle dialoguent avec des phrases virtuoses, en parfaite coordination. On regrette seulement le petit manque d’attention sur les notes courtes et répétées, que l’on aimerait plus articulées, un peu plus inspirées. Ce brillant premier mouvement fait ensuite place à un « Andante » au rythme un peu chaloupé, à l’écriture qui semble plus minimaliste. Cette apparente simplicité est renforcée par le jeu presque éthéré et les nuances minimales du violon dans le premier thème. On remarque alors quelques désaccords entre le jeu quelque peu détimbré du violon et le thème très vibré du violoncelle dans le passage central. Le scherzo qui suit s'apparente à une course endiablée dans laquelle dialoguent violon et violoncelle, au-dessus du piano qui assure un rythme enlevé mais toujours stable. Très vite, on découvre le final, dont la ligne mélodique est plus difficile à suivre. Là encore, on retrouve une sorte de décalage entre les croches articulées et les thèmes vibrés du violoncelle, et les notes moins définies et plus détachées du violon. Le trio se finit brillamment sur une série d’accords à l’unisson entre les trois instruments.


Soir et Matin de Mel Bonis arrivent alors comme une transition entre ces pièces plus formelles, mais aussi entre le 19ème siècle et le 20ème siècle. Paru en 1907, l'opus 76 réunit deux pièces : Soir d’abord, un « Andante Cantabile », qui nous apparaît comme un rêve inquiet, qui par moments s'apaise, s'assombrit, ou reste en suspens. L’attention portée à chaque intervalle par les musicien·nes permet de faire rejaillir subtilement les harmonies. On retrouve malgré cela le petit déséquilibre de timbre entre le violon et le violoncelle, qui limite la chaleur du thème initial et les contrastes de nuances. Matin, Le second mouvement « Andantino », débute par des guirlandes du piano et un thème conjoint du violon et violoncelle. L’effet fondu et mystérieux, particulièrement bien réussi, contribue à donner un aspect très aérien. On apprécie de nouveau l’attention portée aux différents intervalles qui contribue à faire ressortir les légères dissonances de la pièce.


Le Trio avec piano d’Amy Beach, composé juste avant la seconde guerre mondiale (1938), fait particulièrement ressortir l’énergie des trois musicien·nes. Après un thème introductif du violoncelle, rapidement rejoint par le violon, on retrouve un lyrisme sur lequel le violoniste et la violoncelliste s’accordent parfaitement. Les thèmes à l’unisson, renforcés par les accords du piano, constituent un magnifique moment de communication fougueuse entre les musicien·nes. La passion du second mouvement, « Lento espressivo » est exemplifiée par les dialogues mélodiques entre le violon et le violoncelle. On apprécie d’autant plus les brefs passages presque pas vibrés dans la partie rapide du Lento. Les notes rapides y sont articulées, précises et brillantes. Les croches du piano à la fin du mouvement, très douces mais marquées, nous amènent à l’ « Allegro con brio ». La partie fournie du piano dans le troisième mouvement crée un bouillonnement, un foisonnement qui n’empêche pas les cordes d’émerger. La brève cadence des cordes, presque satirique, amène la coda finale qui met la virtuosité du violon à l’honneur.


A Little piece of music de Sophie-Carmen Eckhardt-Gramatté, compositrice russe du 20ème siècle (1899-1974) introduit un contraste frappant avec le trio précédent. On y retrouve quelque peu les disparités de timbre et de définition des notes entre violon et violoncelle, dans un esprit plus léger, plus dansant. Le deuxième thème, au rythme lentement chaloupé, est plus difficile à suivre, malgré les motifs répétés au violon, puis au piano. La pièce se termine par un retour éthéré du motif principal, qui nous laisse quelque peu en suspens.


Ce sera donc de nouveau un contraste marquant que l’on remarquera en écoutant le premier mouvement du Trio Cornwell de la compositrice américaine Julia Frances Smith (1905-1989). Le son presque rauque des accords du début nous rappellent l’harmonie fougueuse qui se dégageait des musicien·nes dans le trio d’Amy Beach. Le style, plus moderne, devient bien humoristique avec les pizzicati du violoncelle et les ponctuations du piano. Cette ambiance satirique, que l’on retrouve à la fin du mouvement, est cependant entrecoupée d’un passage central plutôt épique, alternant entre mélodies tonales et surprises harmoniques ! Cet humour dans l’inventivité harmonique se retrouve dans les transitions entre les variations du second mouvement. Les dialogues entre le violon et le violoncelle, tantôt enfantins, tantôt grandiloquents, renforcent la note moqueuse pressentie au début du trio. Le final débute par un thème ponctué des glissendi du violon et des pizzicati du violoncelle sur lequel se greffe une mélodie plus grinçante. Les changements de rythme contribuent à faire de cet « Allegro quasi rondo » une danse facétieuse follement emballée qui nous convainc entièrement, pour conclure un disque qui trouve lui aussi sa réussite dans la diversité.


Noémie Bruère


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