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Ketty Nez - Double Images


Mai 2020


Ketty Nez :

Double Images

Sea-Changes

The Moon Returns

In Transit

Old Mother of Dzhaferberg

Five Moments


Ketty Nez, Katie Wolfe, Daniel Dona, Gergely Ittzés, Ivana Jasova, Lawrence Stomberg



Faussement populaire, faussement improvisée : la musique de Ketty Nez donne à l’auditeur l’étrange impression de s’embarquer dans un voyage vers un pays imaginaire.


Ses Double Images semblent juxtaposer un piano et un violon parfaitement indépendants : le premier plaque des accords selon des rythmes irréguliers, le second superposant à ces accords, parfois simultanément, parfois avec un léger décalage qui instaure l’illusion d’un dialogue, des interventions quasi-improvisées qui font la part belle aux doubles cordes et bourdons de cordes à vide. Si l’on ajoute à cela les titres énigmatiques des mouvements, on obtient un ensemble parfois méditatif (“Melt with the sun”) et parfois étrangement dansant (“I woke up and remembered”) qui ressemble à une musique tzigane, non pas telle qu’elle pourrait exister, mais telle que Ketty Nez l’a rêvée. La musique semble se déliter dans le mouvement final “You who told me”, alors que les phrases du violon semblent échouer dans des glissades, puis des trilles désemparés.


Les Sea changes, bien qu’écrits dans un style similaire, sont plus imagés : les trilles hésitants de l’alto évoquent bel et bien des chants d’oiseaux dans “A little bird”, les harmoniques le vent marin dans “A Ship of Sadness”. L’usage de nombreux effets (jeu sul ponticello pour l’alto, cordes pincées pour le piano) renforce encore la puissance de ces images. Si quelques imperfections techniques demeurent (les harmoniques pourraient résonner davantage, les trilles être plus nets), elles confèrent toujours à l’ensemble ce caractère très spontané, presque improvisé. Seule déception : on aimerait parfois que les deux musiciens dialoguent davantage, l’impression d’indépendance totale de leurs instruments finissant par nuire à l’unité de la phrase musicale.


Le caractère imagé est moins frappant dans The Moon Returns. Les effets exigés par l’oeuvre rendent la flûte pourtant très précise de Gergely Ittzés parfois stridente (ce que renforce encore une prise de son qui semble peu flatteuse), et là encore, le manque de dialogue avec le piano entrave cruellement à la conduite de la phrase. De la même manière, le discours est moins métaphorique, mais aussi plus décousu dans In Transit : alors que les progressions dynamiques étaient claires dans les premières pièces, il s’agit ici davantage d’une juxtaposition de paysages sonores, nettement caractérisés, mais sans rapport apparent les uns avec les autres.


Alors que Old Mother of Dzhaferbeg poursuit les références au folklore avec une mélodie de violon qui pourrait passer pour une véritable chanson populaire, Five Moments s’en éloigne : le style de Ketty Nez se fait plus abstrait, les dissonances plus appuyées (“Old Dance”), les motifs répétés plus mécaniques (“Da Domas”). Si le rythme de la danse revient par instants (“Daj Mene”), ce n’est jamais pour longtemps : l’écriture plus sombre de Ketty Nez donne du fil à retordre au violoncelliste Lawrence Stomberg, qui surmonte avec une certaine aisance les difficultés techniques - malgré une justesse parfois un peu approximative - jusqu’au grinçant “Duduk Kolos” qui conclut le disque. Quel dommage que la pièce finisse en queue de poisson ! On aurait aimé une conclusion plus brillante à ce disque vif et audacieux.



Clara Leonardi


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