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Lumière sur les compositrices romantiques françaises - 4/8

Dernière mise à jour : 24 mars 2023

Mars 2023

« Compositrices », Bru Zane Label


« Après avoir écouté ces dix heures de musique, il ne sera plus possible d’évacuer les compositrices du champ de la programmation de concerts sous prétexte d’absence d’ouvrages valables ou consistants. »

(Alexandre Dratwicki, Palazzetto Bru Zane)


En 8 disques, 21 compositrices et plus de 160 pièces, l'ambition de ce coffret discographique publié par le Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française est donc de favoriser une redécouverte massive du répertoire des compositrices romantiques françaises. Pour saluer ce projet dont l'ampleur est à la mesure de la richesse de cette musique, ComposHer publiera tout au long du mois de mars des comptes-rendus de chacun des disques.

Bru Zane Label

Disque #4

Cécile Chaminade Callirhoé, suite de ballet (1887) : I. Prélude – II. Pas des écharpes – III. Scherzettino – IV. Pas des cymbales

Orchestre national de Metz ; David Reiland, direction Virginie Morel

Huit Études mélodiques (1857) : Introduction – La calma – La disperata – La berceuse – L’incertezza – Barcarole – Romanza – Le papillon

Marie Vermeulin, piano Mel Bonis

Vers le pur amour (sans date, édité sous le titre « Songe », texte de Maurice Bouchor)

Un soir (1908, texte d’Anne Osmont) Viens (1888, texte d’Édouard Guinand) Viola (1914, texte de Maurice Bouchor)

Immortelle tendresse (1910, texte d’André Godard) Invocation (1887, texte d’Édouard Guinand) Élégie sur le mode antique (1918, texte de Georges Rivollet)

Yann Beuron, ténor ; David Zobel, piano Jeanne Danglas

L’Amour s’éveille (1911) Les Siècles ; François-Xavier Roth, direction Pauline Viardot

Sonatine pour violon (1873) : I. Adagio – II. Scherzo – III. Allegro Anna Egholm, violon ; Frank Braley, piano



C’est un Orchestre national de Metz en grande forme sous la direction toujours sensible et intelligente de David Reiland qui ouvre l’opus 4 de l’anthologie. Si les enregistrements des extraits du ballet Callirhoé de Cécile Chaminade sont nombreux au piano, il est enfin disponible au disque la Suite de ballet de Callirhoé dans sa version orchestrale. C’est bien ce ballet qui a valu à la compositrice une notoriété importante en son début de carrière. La pièce est alors reprise dans maints théâtres - sauf à Paris qui méprise la compositrice. Les premières notes du « Prélude » nous emmènent immédiatement dans un monde d’une immense poésie, et l’orchestration est d’une subtilité confondante comme tout le reste de la suite. On y décèle ce qui sera un marqueur du « style Chaminade » tout au long de sa carrière internationale : une mélodie à ligne claire, évidente qui prend l’auditeur·rice par l’oreille pour ne plus la/le lâcher. Le « Scherzettino » qui suit est tout de légèreté romantique, à l’opposé du « Pas des Cymbales », final énergique de la suite qui met en valeur les solistes de l’orchestre. La suite compte aussi en son centre une pièce significative du répertoire : le « Pas des écharpes », succès de Cécile Chaminade, sa mélodie la plus enregistrée, que l’on peut enfin savourer à l’orchestre dans sa version originale.


C’est encore un orchestre au meilleur de sa forme, Les Siècles, sous la direction toujours brillante de François-Xavier Roth que l’on retrouve dans la pièce d’une compositrice mystérieuse, Jeanne Danglas. Jeanne Danglas serait le pseudonyme de Rosalie Crabos (1871-1915), une compositrice dont la presse de la fin du 19ème siècle ne fait jamais mention, mais dont le catalogue est conséquent. L’amour s’éveille est une valse brillante, aux harmonie suaves et à la mélodie chantante qui illustre le goût d’une Belle époque qui aime se divertir sans voir les drames futurs arriver.


Comme Cécile Chaminade, Pauline Viardot est une immense mélodiste. Tout chante dans cette Sonatine sous le violon tour à tour lyrique, chaleureux ou espiègle d’Anna Egholm et le piano aux sonorités subtiles de Frank Braley. C’est par une grande vocalise aux accents lyriques et nostalgiques que s’ouvre la pièce dans l’ « Adagio » initial. Le « Scherzo » qui suit porte bien son nom de badinerie. La valse est là, sans être là, comme en écho lointain d'une danse à la mode, si présente dans la musique que Pauline Viardot aborde avec délicatesse. Le piano et le violon se jouent là des rythmes et des atmosphères pour mieux nous divertir. Le dernier mouvement est le plus long et le plus proche d'une musique ‘sérieuse’. C’est encore la danse qui forme le refrain de ce rondeau. La virtuosité n’en est pas absente mais on y retrouve aussi une belle mélodie lyrique. Cette dernière donnera envie à coup sûr à l’auditeur⋅rice de revenir avec gourmandise régulièrement vers cette Sonatine aux accents inimitables.


Les destins de Virginie Morel et Louise Farrenc se sont probablement croisés. Anton Reicha fut le professeur de ces deux grandes virtuoses du piano. Et Virginie Morel dédie ses Huit Études mélodiques à sa collègue en 1857. L’étude est un genre en soi au 19ème siècle. La compositrice sort cependant du cadre habituel ici en proposant véritablement un cycle qui s’ouvre par une « Introduction » avant les sept pièces suivantes, conférant à l’oeuvre un sens nouveau. Le terme « mélodique » conforte ce principe d’une étude qui dépasse la simple mise en oeuvre de redoutables difficultés pianistiques pour devenir un suite de pièces de concert. Marie Vermeulin défend comme à son habitude ces pièces avec un panel de sonorités et des sensibilités toujours justes, donnant à chacune des Études mélodiques une couleur et une atmosphère différentes. L’opus de Virginie Morel alterne les pièces à la virtuosité digitale explicitées comme « La disperata » ou encore « Le papillon », la pièce finale très virtuose. « La berceuse « , « Barcarolle » et surtout « Romanza » sont des pièces dans lesquelles se mêlent habilement une virtuosité cachée et un développement mélodique fait pour ravir l’auditeur⋅trice. Ce n’est que justice que de pouvoir enfin découvrir ce merveilleux cycle dont Ernest Reyer vantait le mérite à sa parution.

Il faut des artistes lyriques d’exception pour aborder le répertoire des mélodies de Mel Bonis. Tel est le cas ici avec les interprétations toutes en couleurs, sublimes, de Yann Beuron, accompagné avec grande finesse par David Zobel. Chaque mélodie est un monde en soi et exige une vocalité unique. Mel Bonis porte ici très haut l’art de la composition de la mélodie française. Chacune et chacun pourra choisir sa mélodie préférée dans la proposition des deux artistes, toutes évoquant l’amour sous de nombreuses facettes. Pour nous, « Viola », « Un soir » ou encore « Élégie sur le mode antique ». À vous de choisir !


Jérôme Thiébaux




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